Pour Serge Bouchard

Serge Bouchard, anthropologue, animateur et auteur, lors du Salon du livre de Montréal 2017 à la Place Bonaventure
Photo: Lëa-Kim Châteauneuf Creative Commons Serge Bouchard, anthropologue, animateur et auteur, lors du Salon du livre de Montréal 2017 à la Place Bonaventure

En soirée

On roule sur la 148.

Ma blonde me dit mets donc la radio

Oh non ça va être encore des émissions de petits comiques

Ou bedon des musiques insupportables commentées par des annonceurs débiles.

Je pitonne

Et puis wow

Sa voix

Oui…

Yes… je l’avais oublié lui…

À chaque fois que se produit cette heureuse surprise je l’avais oubliée.

Sa voix grave

Exceptionnelle

Elle parle cette fois-ci de camionneurs.

Chaque phrase me mord l’esprit.

Chacune de ses paroles est imprévisible.

Elle ne dit jamais ce que je m’attends qu’elle va dire.

Chacune de ses phrases me fait avancer dans ma compréhension de la vie.

Chacune de ses phrases s’adresse toujours à mon intelligence

Confortablement

Pour la faire travailler bien sûr

Mais surtout pour la faire rêver.

On arrive au chalet

On arrête l’auto

Un peu déçus de ne pas avoir continué à écouter cette voix radiophonique incomparable.

À chaque fois que j’entre à la maison je ne sais pas comment me reploguer sur la radio.

C’est un deuil.

Un coït interrompu.

Et sa voix d’anthropologue continue à dorloter mon inconscient sans que je m’en aperçoive.

Jusqu’à ce que je m’endorme.

Une autre fois

Sur une autre route en pleine forêt

Je suis seul.

Je n’aime pas la température qu’il fait dehors.

Il neige démesurément.

Je mets la radio.

Je pitonne.

La même voix.

C’est vrai c’est son heure.

Je l’oublie tout le temps.

C’est sa série à propos des personnages méconnus.

Des remarquables oubliés

Comme un pied de nez à cette culture de la célébrité

Qui m’empoisonne.

C’est une reprise.

Yes je la connais celle-là.

C’est la vie de la première femme médecin du Québec

Madame Irma Levasseur.

Une biographie passionnante berce mes oreilles

Racontée d’une manière brillante

Avec un point de vue toujours aussi éblouissant.

J’arrive à la maison.

Mais cette fois-ci je reste dans l’auto.

Devant la maison

Malgré la neige et le froid

J’écoute jusqu’au bout cette intelligence exceptionnelle

Qui me raconte

Avec humilité

Ce morceau d’humanité.

Oui ce soir je vais me coucher moins niaiseux.

On dirait que cette voix est faite pour moi.

Qu’elle s’adresse à moi.

Qu’elle sait que j’ai besoin de méditer en conduisant ma voiture.

Et non de m’esclaffer avec des petits comiques qui rient pour rien

Sur des insignifiances.

Cette fois-ci ils sont deux

Deux voix

Jean-Philippe Pleau Serge Bouchard.

Elles parlent de la mort et de Vladimir Jankélévitch

« Ce qui est vrai du mystère de la mort… n’est pas moins vrai du mystère de l’amour… »

Ça tombe bien depuis plusieurs années je fréquente le philosophe

Du Je ne sais quoi et le Presque rien.

On revient d’un magnifique séjour au lac Champlain

Cette voix grave creusante

D’une culture impressionnante

Mais jamais écrasante

Toujours respectueuse

De son public

Me berce.

J’aime la modestie de ce grand penseur

Nous sommes heureux ma blonde et moi

D’avoir passé un week-end extraordinaire en amoureux

Et pour clore le tout,

Cette voix grave s’impose

Comme un grand calme sur l’agitation des choses.

Cette voix fait partie de cette grande vacance de l’esprit

Que je viens de vivre.

Salut

Serge Bouchard !

À plusieurs occasions, la plupart du temps dans mon auto,

Dans toutes sortes de circonstances

À chaque fois que je vous écoute

La plupart du temps au hasard de mes trajets

Vous me faites du bien.

Vous êtes irremplaçable.

Heureusement il y a vos livres

Et puis vos émissions on pourra les réécouter

À la radio ou en balados.

Le bonheur se reproduira.

Vos paroles ne vieilliront jamais.

Ou plutôt oui elles vieilliront

Comme le bon vin

Et sauront avec les années

Nous éclairer encore plus

Dans nos cheminements.

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