Le baccalauréat en alternance travail-études, une solution à la pénurie de profs

Il est important d’expliquer pourquoi le modèle de la maîtrise qualifiante au secondaire peut difficilement s’appliquer au préscolaire / primaire.
Photo: Associated Press Il est important d’expliquer pourquoi le modèle de la maîtrise qualifiante au secondaire peut difficilement s’appliquer au préscolaire / primaire.

La Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal annonçait récemment son intention de mettre en place, dès l’automne 2021, une maîtrise qualifiante en éducation préscolaire et en enseignement primaire, en partie calquée sur le modèle de la maîtrise qualifiante au secondaire, afin de répondre à la pénurie de personnel enseignant qui sévit présentement au préscolaire et au primaire.

Malgré l’absence d’agrément de la part du Comité d’agrément des programmes de formation à l’enseignement (CAPFE), ce nouveau programme a reçu le feu vert du ministre de l’Éducation, M. Jean-François Roberge, qui y voit une solution pour mettre rapidement « des profs dans les classes » de nos écoles primaires. Une approche toutefois jugée « réductrice » par bien des observateurs du milieu de l’éducation, à commencer par la Fédération autonome de l’enseignement.

Il est important d’expliquer pourquoi le modèle de la maîtrise qualifiante au secondaire peut difficilement s’appliquer au préscolaire / primaire. Au secondaire, les personnes enseignantes qui se qualifient par le biais de la maîtrise sont des spécialistes qui détiennent généralement un baccalauréat disciplinaire et se destinent à l’enseignement de cette discipline, qu’il s’agisse de la science et de la technologie, des mathématiques, du français, etc. Dans ce contexte, une maîtrise qui ne vise qu’à développer les aspects didactiques et pédagogiques liés à cette discipline joue pleinement son rôle de formation.

Mais au préscolaire et au primaire, les personnes enseignantes sont des généralistes qui doivent être en mesure d’enseigner toutes les matières. Ainsi, une personne qui détiendrait déjà un baccalauréat en mathématiques ou en français devrait tout de même recevoir une formation didactique approfondie pour l’enseignement de toutes les autres matières scolaires, en plus des éléments de pédagogie, de psychologie, de développement de l’enfant et de gestion de classe propres au préscolaire et au primaire. Au baccalauréat, un tel programme qualifiant requiert la réussite de 120 crédits universitaires, soit le double de ce que propose la maîtrise de l’Université de Montréal. Pour plusieurs, le compte n’y est pas.

Nouveau cheminement

La Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM est évidemment très sensible aux problèmes de recrutement que vivent les centres de services scolaires (CSS) à travers le Québec, et c’est pourquoi le programme de 1er cycle en éducation préscolaire et en enseignement primaire (EPEP) de l’UQAM a lancé dès l’automne 2020 un nouveau cheminement à temps partiel qui vise justement à former de manière rigoureuse et approfondie des personnes qui occupent déjà un emploi en enseignement au préscolaire ou au primaire et qui cherchent à obtenir le brevet d’enseignement.

Ce nouveau cheminement, qui favorise la conciliation travail-études-famille, propose aux personnes intéressées des cours de soir et de fin de semaine, qui les mèneront à obtenir en six années les 120 crédits requis par le CAPFE et la Direction de la formation et de la titularisation du personnel scolaire (DFTPS) du ministère de l’Éducation pour l’obtention du brevet d’enseignement.

Parallèlement à la mise en place de ce nouveau cheminement à temps partiel, l’UQAM cherche à reconnaître les expériences valables et variées de ces nouvelles personnes étudiantes au préscolaire et au primaire, ainsi que leurs formations disciplinaires antérieures. C’est pourquoi la Faculté des sciences de l’éducation s’affaire à mettre en place un processus de reconnaissance des acquis de l’expérience unique au Québec qui permettra à des personnes inscrites au baccalauréat en EPEP de démontrer les compétences et les connaissances qu’elles possèdent déjà et ainsi avancer plus rapidement dans leur formation.

Enfin, la Faculté des sciences de l’éducation et le programme en EPEP de l’UQAM négocient présentement avec de nombreux CSS de la grande région de Montréal des ententes bipartites qui faciliteront encore davantage les études des personnes enseignantes non légalement qualifiées qui œuvrent déjà au sein de nos écoles. En aménageant les horaires de ces personnes et en facilitant le placement en stage pour répondre aux exigences du programme, les CSS et l’UQAM espèrent créer des cohortes étudiantes de type « alternance travail-études » qui pourront progresser dans les meilleures conditions possibles afin de décrocher le brevet qui leur permettra de s’inscrire officiellement au sein de la profession enseignante, et ce, sans sacrifier la variété ni l’intensité de la formation.

Un problème criant

La pénurie de personnel enseignant dans les écoles primaires est un problème criant, et il est impératif que tous les acteurs du milieu — CSS, universités et ministère de l’Éducation — travaillent de concert afin d’y trouver des solutions.

Notre cheminement à temps partiel vient bonifier grandement l’offre de programmes de formation à l’enseignement en ouvrant la porte à de nouveaux types de personnes candidates admissibles (enseignantes et enseignants non légalement qualifiés, personnes en changement de carrière, etc.).

En ce sens, nous croyons pouvoir jouer un rôle important pour résorber la pénurie actuelle de personnes enseignantes. En somme, notre expérience démontre qu’il est possible de répondre aux enjeux et aux besoins relatifs à la pénurie de personnes enseignantes, tout en demeurant respectueux des acquis en formation initiale et des besoins du milieu.

 

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4 commentaires
  • Gilles Roy - Abonné 8 mai 2021 07 h 36

    Prière de corriger la coquille

    On dit bien Jean Bélanger et Henri, pas Jean Belangeret et Henri. L’erreur est également reproduite sur l’application web du journal.

  • Guy Archambault - Abonné 8 mai 2021 08 h 25

    Une autre voie économique et rapide

    La formation reçue au DEC en Techniques de services de garde (TSG) prépare adéquatement les diplômé(e)s à enseigner au premier cycle du primaire. Une année supplémentaire de formation en didactique et pédagogie des contenus enseignés à la maternelle et aux deux premières années du premaire suffirait amplement pour rendre ces diplômé(e)s compétentes à enseigner à ces niveaux.

    Pas besoin d'un bac en enseignement et encore moins d'une maîtrise ou d'un doctorat en histoire sur l'origine de l'écriture ou des mathématiques pour enseigner l'écriture réfléchie et automatique des 26 lettres de l'alphabet. Ou à reconnaître des diphtongues et des mots. Ou à lire des phrases accompagnées d'images. Ou à intégrer et automatiser les quatre opérations mathématiques des tables de multiplication. Sans compter que cela serait très, très, très économique sur le plan budgétaire de la formation des maîtres.


    Guy Archambault abonné

  • Yves Corbeil - Inscrit 8 mai 2021 08 h 39

    Et le besoin des enfants dans ce projet où est-il

    Est-ce que le seul besoin pour les enfants c'est d'avoir quelqu'un qui occupe la chaise et le bureau en avant à chaque jour peut-importe qui. Ou est-ce un peu juste un peu plus large que cela leur besoin.

  • Yves Corbeil - Inscrit 8 mai 2021 10 h 52

    Et le besoins des enfants

    Je l'ai relu plusieurs fois et rien, sauf assurer que le bureau du devant de la classe soit occupé sans sacrifier la «variété».