Les campements à Montréal, ou le refus d’être invisible

La police  procédait lundi  à l’expulsion  des campeurs au boisé  Steinberg,  dans Hochelaga-Maisonneuve,  à Montréal.
Jacques Nadeau Le Devoir La police procédait lundi à l’expulsion des campeurs au boisé Steinberg, dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Les campements sont certainement un moyen efficace d’attirer l’attention sur l’itinérance et la nécessité de trouver des solutions durables. Alors que le ministère des Transports du Québec remettait un avis, lundi, demandant aux campeurs de quitter le boisé situé dans Hochelaga-Maisonneuve où ils avaient élu domicile, nous n’avons toujours pas vu de plan cohérent de la part de nos élus pour résoudre le problème.

La mairesse Valérie Plante a déclaré qu’il y avait assez de lits pour accueillir tout le monde. Mais notre équipe sur le terrain le constate tous les jours : un lit en soi n’est pas suffisant. La solution n’est pas simplement de déplacer ces personnes d’un endroit temporaire à un autre lieu, tout aussi précaire.

Il est clair que l’augmentation des camps de fortune à Montréal reflète la grave pénurie de logements abordables. L’actuelle offre de services par la Ville et par le ministère de la Santé en matière de services adaptés aux personnes en situation d’itinérance n’est ni suffisante ni assez diversifiée pour répondre à la demande.

Il manque présentement deux éléments clés pour éviter la propagation des campements urbains : une variété de services d’accueil et d’accompagnement qui permettent aux personnes sans-abri de se reloger rapidement et de façon permanente, et la volonté politique de mettre fin à la crise du logement.

L’urgence n’est pas la seule réponse

Au cours de la dernière année, les organismes d’aide aux personnes en situation d’itinérance, dont la Mission Old Brewery, ont pris des mesures rapides pour protéger leur clientèle. Nous avons tous essayé de garder une longueur d’avance sur la pandémie, en adaptant notre réponse à l’évolution de la situation. Cependant, les réponses d’urgence actuelles ne permettent pas de traiter le problème de manière durable.

Même si des lieux comme l’Hôtel Place Dupuis sont efficaces pour sortir les gens de la rue pour la nuit, ils ne répondent pas aux besoins à long terme des personnes sans-abri. Dans certains milieux temporaires, elles doivent quitter les lieux au matin et ne peuvent y recevoir les services psychosociaux qui leur permettraient de sortir de leur situation d’urgence.

Trop souvent, en raison des limitations budgétaires imposées par les gouvernements aux organismes du milieu, les initiatives rapidement mises de l’avant par la Ville et le ministère de la Santé, particulièrement en hiver, réussissent seulement à ancrer les personnes sans-abri dans le cercle vicieux de l’itinérance chronique.

Il faut dire aussi que l’offre de service d’urgence en itinérance dans les lieux temporaires est peu variée. Ces lieux accueillent rarement les couples, les familles et les animaux de compagnie. Les restrictions sur l’entreposage des objets personnels, ainsi que les heures strictes, ont également dissuadé des personnes de rester dans ces établissements.

Les campements, quant à eux, deviennent donc l’unique option pouvant préserver les intérêts immédiats de ces personnes qui y trouveront un sentiment d’autonomie, d’intimité et une communauté, sans pour autant avoir des services d’accompagnement.

Mission impossible

On peut penser que les individus « décident » de vivre dans un campement, mais est-ce que ce ne sont pas plutôt nos choix collectifs qui forcent cette prise de décision ? Dans cette optique, les campements deviennent donc un lieu pour manifester leur indépendance, une forme de protestation ou un refus de rester invisible.

L’autre lacune est le manque de logements abordables avec soutien. La très grande majorité des personnes en situation d’itinérance reçoivent de 650 à 1000 $ par mois sous forme de prestations de l’aide sociale.

Un loyer moyen à Montréal varie de 650 à 1000 $. Sans subvention de loyer, il est extrêmement difficile pour des prestataires de l’aide sociale de trouver un logement. Le gouvernement du Québec a annoncé 400 nouvelles subventions de loyer dans son dernier budget. C’est trop peu quand on sait que nous avons à Montréal au-delà de 4000 personnes en situation d’itinérance.

Les solutions

Nous pouvons et devons faire mieux. Il faut jumeler les services d’urgence comme les hôtels temporaires avec des services d’intervention et d’accompagnement disponibles en tout temps. Les initiatives de relogement rapide, comme l’Équipe mobile urgence logements dirigée par la Mission Old Brewery en partenariat avec Cap St-Barnabé, Projet Logement Montréal et le CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, sont des exemples du mariage entre les services d’urgence (accès à un lit, de la nourriture, des vêtements, une douche, etc.) et les services-conseils en logement.

Ces programmes permettent d’aller à la rencontre des personnes sans-abri là où elles se trouvent et de travailler avec elles pour dénicher des options de logement adéquates.

Les solutions destinées aux personnes sans-abri doivent donc tendre vers la stabilité du logement et la réintégration dans la communauté. L’objectif est de produire des accès plus rapides et plus efficaces vers un logement permanent.

Un investissement massif dans le logement abordable, notamment par le biais des programmes de subvention de loyer, est absolument requis. Les meilleurs services d’accompagnement vont échouer sans une augmentation marquée de logements pour cette clientèle extrêmement vulnérable.

La responsabilité des gouvernements

L’augmentation des campements est un symbole tragique du manque de volonté politique à assurer un niveau de vie minimum aux citoyens les plus vulnérables.

La solution n’est pas de les pénaliser. Il s’agit au contraire de leur offrir de meilleures options qu’ils peuvent contribuer à façonner.

Enfin, le logement est un droit de la personne et les trois ordres de gouvernement devraient le reconnaître et agir sans tarder pour le mettre en œuvre.

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6 commentaires
  • Ginette Couture - Abonnée 8 mai 2021 08 h 37

    Campements démontés

    La solution n’est pas de les pénaliser. Il s’agit au contraire de leur offrir de meilleures options qu’ils peuvent contribuer à façonner.

    La semaine passée j'écrivais un commentaire concernant l'itinérance: je mentionnais qu'en Belgique et en Allemagne on avait installé de minimaisons et de petites roulottes dans les terrains vagues, ou même à l'extrémité de nos si grands stationnements afin de donner à ces personnes en itinérance un lieu pour dormir et recevoir des soins, puisqu'on saura où les retrouver. Je mentionnais que le peuple Gitan, à travers les siècles a pu se déplacer et ou demeurer en place à l'orée des villes. Je ne comprends pas pourquoi on n'a pas songé à ces solutions, tout de même moins couteuses que les souffrances et les maladies nées de l'itinérance. Respecter le choix des individus et leur permettre de choisir entre deux maux ou une petite cabine de survie en milieu urbain. Gérald Tremblay, écrivain de Saint-Léandre de Matane.

  • Ginette Couture - Abonnée 8 mai 2021 08 h 53

    Solution aux campement des itinérants


    Pour faire suite au commentaire de Gérald Tremblay sur les campements improvisés et que la ville démonte sans apporter de vraies solution, voici deux sites qui expliquent la manière de construire à peu de frais et soulager les itinérants. On pourrait ainsi les mettre à contribution, ce qui leur donnerait la fierté d'agir pour améliorer leurs conditions de vie. G.
    @kerterre.org
    @Alexis Benitez

  • Cyril Dionne - Abonné 8 mai 2021 09 h 04

    « Plus une société a besoin de services, plus elle est imparfaite, précaire et exposée à périr » Guy-René Plour

    Avant de débuter, merci aux gens de la Mission Old Brewer.

    Ceci dit, la gentrification de la ville de Montréal est une des raisons principales de ces campements de fortune que l’on voit pousser un peu partout. Cette boboïsation où les transformations de quartiers populaires dues à l'arrivée de catégories sociales plus riches qui changent les habitations en les rendant hors de prix et ils imposent leurs styles de vie à ceux qui étaient là bien avant eux. En fait, ceux qui prêchent la pureté écologique, pistes cyclables et bicyclette incluses, sont les premiers à lever le nez sur ces gens défavorisés. Est-ce que vous reconnaissez une certaine mairesse dans ces propos?

    Il n’y pas de solution immédiate et encore moins à moyen terme ou long terme. La plus facile pour les dépossédés, seraient de quitter ces lieux métropolitains afin de refaire leur vie dans des endroits où la dignité humaine et la qualité de vie existe pour tout le monde comme en région. Les villes sont devenues au fil des ans, des endroits à proscrire pour les classes moyennes et pauvres.

    La grande majorité des personnes en situation d’itinérance souffrent de problèmes mentaux. Cela, on ne le mentionne pas très souvent et ce sont les raisons véritables du pourquoi qu’ils se retrouvent dans une situation de précarité peu enviable. Jumeler les services d’urgence comme les hôtels temporaires avec des services d’intervention et d’accompagnement disponibles en tout temps n’est qu’un diachylon sur une plaie grande ouverte dans la situation présente. On pelte le problème tout simplement en avant.

  • Hélène Lecours - Abonnée 8 mai 2021 10 h 01

    Tout cela

    Tout cela irait beaucoup mieux si on acceptait de payer quelques postes permanents pour soutenir la vie en logement de ces "clientèles".

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 8 mai 2021 12 h 40

    Ces soucis sont de l'art


    Chronique sur le voile islamique : 150 commentaires;

    Lettre d'opinion sur les SDF et le logement social : zéro commentaire.

    Conclusion : pour susciter de l'empathie dans la Belle province, nos itinérants auraient intérêt à embrasser une religion aux préceptes ostentatoires

    • Marc Therrien - Abonné 8 mai 2021 14 h 41

      Je pense plutôt en paraphrasant François Legault que si les itinérants s’exposaient avec des symboles religieux ostentatoires, ils pourraient susciter cette crainte rassembleuse de l’envahissement dont il faudrait mettre le bon peuple à l’abri.

      Marc Therrien