La loi 101 au cégep? Une fausse bonne idée!

«Nous sommes prêts à mettre en œuvre, dans l’ensemble des collèges du réseau public, y compris dans les cégeps anglophones, un déploiement intensif d’activités éducatives et culturelles faisant la promotion du français, mettant en lumière des œuvres et des artistes québécois», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Nous sommes prêts à mettre en œuvre, dans l’ensemble des collèges du réseau public, y compris dans les cégeps anglophones, un déploiement intensif d’activités éducatives et culturelles faisant la promotion du français, mettant en lumière des œuvres et des artistes québécois», écrit l'auteur.

En ce qui concerne les enjeux de vitalité du français, en particulier à Montréal, plusieurs personnes ont proposé d’étendre au niveau collégial les dispositions de la Charte de la langue française sur la langue d’enseignement. Même si cette proposition est discutable, on ne peut que se réjouir de la prise de conscience et de cette volonté de réagir pour assurer l’avenir de la langue française au Québec. Car les constats sont bien là et demandent une réaction vigoureuse.

Cependant, une question demeure : que faire pour intervenir de manière judicieuse et efficace ? Il peut être tentant de proposer des solutions simples à des problèmes complexes. L’application de la « loi 101 » au cégep se rangerait assurément parmi ce type d’approches. Cela reviendrait également à dire que les cégeps font partie du problème. Or, ce n’est pas le cas. En revanche, ils font partie de la solution : l’ensemble des cégeps, y compris les cégeps anglophones, souhaitent exprimer leur volonté ferme de contribuer à l’effort collectif pour assurer la vitalité du français au Québec.

Rappelons d’ailleurs que les collèges anglophones contribuent pleinement à la société québécoise et jouent un rôle important dans l’acquisition de compétences langagières en français au sein des communautés d’expression anglaise. Ils participent à l’accessibilité à l’enseignement supérieur, à la vitalité de ces communautés, mais aussi à l’édification d’une culture du dialogue. Rappelons également que les cégeps figurent parmi les pierres angulaires de la francisation des personnes immigrantes dans les régions du Québec et favorisent leur intégration citoyenne, en français, à la société québécoise. Le réseau collégial ne fait assurément pas partie des menaces au rayonnement de la culture québécoise et à la vitalité de la langue officielle du Québec !

Faux sentiment de sécurité

Souvenons-nous, par ailleurs, qu’en cohérence avec la vision de la Charte de la langue française, l’action gouvernementale doit aborder plusieurs fronts pour porter ses fruits, notamment ceux de la langue du travail, de la langue de l’administration publique et de la langue du commerce et de l’affichage. Cette charte, malgré les attaques qui l’ont affaiblie, a généré au fil des années un faux sentiment de sécurité au sein de la population québécoise. Pour plusieurs, le chapitre le plus révolutionnaire ou radical de cette loi est celui consacré à la langue de l’éducation préscolaire et de l’enseignement primaire et secondaire. Loin de nous l’idée de remettre en question cette mesure et sa pertinence encore aujourd’hui. Cependant, est-ce en élargissant la contrainte aux jeunes adultes qui font le choix de l’enseignement supérieur qu’on réglera le problème ? Et quel serait l’effet réel d’une telle contrainte sur la vitalité du français ? Ne serait-ce pas une autre façon de créer un faux sentiment de sécurité linguistique en évitant l’enjeu fondamental de la langue de travail et des exigences démesurées que ressent une partie de la jeunesse québécoise ?

Il faut plutôt agir pour assurer à la langue française au Québec le statut incontesté de langue commune et en assurer le prestige face à l’anglais, pour en faire le facteur de cohésion sociale permettant de bâtir des ponts et d’établir un dialogue interculturel dans une société fière de sa diversité. Pour ce faire, il faut intervenir sur une multitude de fronts, mais principalement sur la langue de travail et la culture. Si le désir d’étudier en anglais chez des jeunes est motivé par des considérations liées au marché du travail, de plus en plus exigeant à cet égard, il faut se rappeler que la langue est l’une des clés qui permettent de participer à cette culture unique que le Québec a développée au cours des siècles. Ainsi, au lieu de rassurer superficiellement les Québécoises et les Québécois en mettant en œuvre des dispositions qui ne nourriront jamais leur ambition et leur fierté de se définir comme peuple francophone, il faut redonner à l’ensemble de la population le goût de cette langue et de cette culture.

Dans cette revalorisation du statut du français au Québec à travers sa culture, les cégeps peuvent être des acteurs clés. Lieux d’apprentissage, mais aussi de diffusion de la culture, les cégeps peuvent contribuer encore plus à ce rôle de diffuseurs de la culture québécoise. Nous proposons qu’une vaste campagne de diffusion de la culture québécoise soit mise en place, contribuant ainsi au renforcement du puissant symbole d’appartenance commune que représente la langue française. Nous sommes prêts à mettre en œuvre, dans l’ensemble des collèges du réseau public, y compris dans les cégeps anglophones, un déploiement intensif d’activités éducatives et culturelles faisant la promotion du français, mettant en lumière des œuvres et des artistes québécois. Cette approche aurait pour effet de repositionner la langue française comme l’expression d’une culture unique au monde, une culture vivante, attirante, ouverte.

Souhaitons que ce débat fondamental pour l’avenir du Québec ne se limite pas à l’adoption de solutions simplistes, en occultant des questions auxquelles nous devons collectivement répondre pour agir de manière durable. Nous avons grand besoin d’une approche rassembleuse et mobilisatrice autour de notre langue commune, véritable socle de notre culture et de notre identité.

18 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 16 avril 2021 02 h 04

    Ouais! Et encore ouais!

    Le niveau collégial actuel n'est pas un niveau "supérieur" du système de l'éducation comme tel qui prépare réellement à des études universitaires - et ce qu'importe le champs d'études. En fait, il ne s'agit que la continuation du niveau secondaire en remplacement de la 11 année scientifique ou de la 11 année classique de l'époque. Ces niveaux antérieurs étaient eux-mêmes classés par groupes, soit A-B-C-D selon la "force scolaire" des étudiants. D'ailleurs, ces derniers niveaux étaient précédés des 8e, 9e et 10e années dans les mêmes champs, saut la 9e qui se voulait terminale pour les moins bons qui étaient classés "8e générale et 9e générale" - un parchemin était accordé pour la 9e... Certains dirons que ce n'était pas une 9e année (ce qui fait féménin), mais un grade de 9e, du secondaire 2... Mais bon, disons pour que tous comprennent une 9e année. Oups! j'oubliais pour les filles, c'était une scolarité qui se faisait généralement pour MTL dans les écoles du primaire supérieur... Les supposés moins "doués" se ramassaient dans les cours de métiers (généralement après une 7e année), et ce pendant une ou deux années selon le métier et le pourcentage d'heures en études hors métier (mathématiques, français, etc.). Et les plus forts - mais pas suddisamment pour les branches classiques, scientifiques, générales - se ramassaient en "scolarisation commerciale"...

    En fait, il faudrait simplement ramener les cours collégiaux en deux secteurs. L'un qui serait retourné entièrement au niveau des écoles secondaires - pour les branches "humaines", et l'autre qui serait augmenté par tous les métiers uniquement dans les milieux collégiaux (les bâtises) - qui se nommeraient alors "écoles techniques". À l'époque du Rapport Parent, c'était cela qui était fortement recommandé de faire... Malheureusement, pratiquement tout a été mis à la poubelle... Avec en final le désastre éducatif d'aujourd'hui.

  • Bernard Tremblay - Abonné 16 avril 2021 07 h 51

    Rapport Parent

    Monsieur Pelletier, je vous invite à relire le rapport Parent. Visiblement, vous n'avez pas compris sa recommandation phare: la création des cégeps. D'ailleurs Guy Rocher, dernier survivant de la commission Parent, rappelle régulièrement que les cégeps sont la plus belle réalisation du système d'éducation québécois.

    • Serge Pelletier - Abonné 16 avril 2021 12 h 31

      M. Tremblay. il y avait plus de 123 recommandations. Aucune recommandation ne mentionnait la fermeture des écoles dites classiques. Ni d'ailleurs la création d'une fréquentation scolaire dès 4 ans...

      En fait, M. Tremblay, il faut lire toutes études qui furent déposées devant cette Commision d'étude, lire toutes les pages du rapport, etc. Actuellement, le dernier survivant qui a siègé sur cette commission a maintenant 94 ans et porte le nom de Guy Rocher (il était fort jeune à l'époque) mentionne que le but principal de la Commission était de sortir les "curés" de l'Instruction publique... et que pour ce faire, il fallait créer un "nouvel établissement portant un nouveau nom". Ce qui permettrait à la plus grande masse de poursuivre des études supérieures qui à l'époque se concentrait (pour le QC) dans les branches classiques: avocat, notariat, médecine, etc.

      Maintenant, nous comme "province" vivons une niaiserie bureaucratique unique au monde. Cela ce nomme CÉGEP.

    • Jean-François Trottier - Abonné 16 avril 2021 16 h 45

      M. Pelletier, j'ai assisté à plusieurs rencontres fomentées par Gérin-Lajoie longtemps avant la Commission Parent, qui a beaucoup compilé des mémoires rédigés au fil des années précédentes par ces groupes.

      Si les collèges classiques n'ont pas été dissous, l'intention était claire : on voulait qu'ils restent en place le temps que le nouveau système se construise, comme un exemple et comme une réserve éventuelle de professeurs bien formés qui assureraient la continuité dans un enseignement dont on ne voulait pas modifier la teneur essentielle, mais les méthodes et l'étendue.
      À l'époque, on parlait de 10 ans avant que le système privé ne soit torpillé. On voit que celui-ci a su se trouver les "bons" appuis dans les milileux politiques.

      Les Cégeps étaient voulus avant toute chose, non seulement pour marquer une brisure nette entre le secondaire et l'université, mais aussi pour permettre un mélange, afin qu'ils se connaissent et s'apprécient, entre futurs universitairs et futurs techniciens spécialisés.
      Il s'agissait entre autres de donner un temps de réflexion à ces derniers pour qu'ils soient plus conscients de leur importance sociale au moment d'atteindre le marché du travail.... et aussi de rabattre un peu le caquet des futurs universitaires, qu'ils voient qu'il ne sont pas les seuls à penser dans le monde!
      Ce qui a fait des Cegeps le centre et l'esprit de l'éducation au Québec. C'est pas rien, et nous avons toutes les raisons d'en être fiers.

      Le gros problème se situe avant, au primaire qui s'obstine à "former des citoyens" à coup de morale, et au secondaire carrément laxiste, avec des profs qui savent enseigner mais qui ignorent leur propre matière.
      Je doute que sur 5 professeurs de mathématique au secondaire, 3 sachent résoudre une dérivée,,, c'est à ce point!

      La faute aux pédagogos du ministère. Oh que oui!

      Vous vous trompez de cible. Les Cégeps souffrent surtout de la gabegie qui règne en amont.

  • Cyril Dionne - Abonné 16 avril 2021 09 h 10

    La loi 101 dans les écoles secondaires

    Pourquoi faut-il sans cesse le répéter, les cégeps sont considérés comme des écoles secondaires dans les autres provinces du Canada. Ce ne sont pas des institutions postsecondaires comme on aime à les dépeindre. La dernière année passée dans un cégep québécois est l’équivalent de la 12e année en Ontario d’une école secondaire.

    Ceci dit, et vu que la fréquentation de ceux-ci est gratuite, ils font partis du système public de l’enseignement qui est régit par la loi 101. Il n’existe aucune contrainte pour les jeunes du secondaire parce que en réalité, ils ne font pas un choix pour faire des études supérieures; ce ne sont pas des études postsecondaires. On peut vouloir le camoufler comme on le veut, mais il s’agit bel et bien d’écoles au niveau secondaire.

    Alors, si la primauté de la langue française est un incontournable dans les écoles publiques québécoises, eh bien, l’enseignement se fait dans la langue de Molière. Les écoles anglaises devraient être seulement disponibles pour ceux de langue anglaise et qui ont fréquenté celles-ci depuis leur tendre enfance telle que garantie par l’acte constitutionnel de 1867 et 1982. Si c’est seulement pour apprendre l’anglais, eh bien, cette langue simpliste s’attrape tout simplement comme un virus et ceci peut se faire à l’université, vous savez, l’endroit des vraies études postsecondaires. Ou bien, aller vivre à « Montreal », là, vous n’aurez nul besoin de l’apprendre à l’école.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 avril 2021 09 h 17

    Le cégep c'est tout à la fois

    Niveau éducatif bien québécois, unique au monde à ce que je sache, le cégep est tout à la fois: sa première année c'est l'équivalent de l'ancienne douzième du secondaire, avec ses cours de philo c'est un vestige du cours classique, ses options deux ans sont l'équivalent de la première année d'université en Amérique anglophone et ailleurs dans le monde, ses options trois ans, ce sont ce qu'on appelle ailleurs des écoles techniques. Tout ce rappel pour dire qu'après cinq ans seulement au secondaire la connaissance du français des Anglos est peut-être encore insuffisante et qu'il faudrait imposer à tous une première année de cégep en français uniquement! Pour bien établir que la langue commune au Québec c'est le français, comme c'est l'anglais dans le ROC.

    • Serge Pelletier - Abonné 16 avril 2021 12 h 45

      La douzième du secondaire n'a jamais existée au Québec. Cela est une patente imaginée par les fonctionaires vers la fin des années 60 quand ils ont adopté l'ancien système numérique en sec. I, ii iiI, IV. V... et en enlevant par la suite la 7ième année, puis en la remettant... puis... ce fut le bordel... bordel qui ne cesse de grossir...De changer les sigles, de changer n'importe quoi et n'importe comment sous de fumeux arguments...
      Avec la patente à Legault avec l'école à 4 ans... le QC aura bientôt droit à un secondaire VIII... Ben oui, au lieu de commencer comme dans l'ancien systême l'école à 7 ans, puis à 6 ans (les deux selon la date de naissance)... ce sera 4 ans... Donc, en comptant cela donne deux ou trois ans de plus dans le milieu scolaire... Donc un petit secondaire VII ou VIII (ben, c'est normal cela donne un beau 7 ou 8 en chiffres romains).

  • Denis Blondin - Abonné 16 avril 2021 09 h 41

    Un pensez-y bien

    Une langue n'est pas seulement une compétence technique. Pour que le français vive, il faut qu'on l'aime. Alors obliger les citoyens à s'y plier parce qu'une loi nous y oblige n'est pas le meilleur moyen pour susciter l'amour du français.

    Cela vaut pour une éventuelle réforme de la Loi 101, mais aussi pour nos potitiques en matière de francisation des immigrants.