Deux poids, deux mesures à l'Université d'Ottawa

Dans ce contexte, il est étonnant de voir la direction de l’Université d’Ottawa s’abriter derrière la liberté d’expression pour ne pas condamner les propos de son professeur, estime l'auteur.
Photo: Jake Wright Le Devoir Dans ce contexte, il est étonnant de voir la direction de l’Université d’Ottawa s’abriter derrière la liberté d’expression pour ne pas condamner les propos de son professeur, estime l'auteur.

Un professeur de l’Université d’Ottawa fait beaucoup parler de lui ces jours-ci en raison de ses déclarations incendiaires, perçues à juste titre comme étant anti-québécoises. Celui-ci brosse grossièrement le portrait condescendant d’un Québec arriéré, rétrograde et carburant au suprémacisme ethnique qui ne mériterait aucun respect au sein du Canada. De tels propos aussi odieux que déconnectés de la réalité ont, naturellement, suscité de vives et fortes réactions d’indignation. Ces déclarations ont été dénoncées notamment par des élus de différentes tendances politiques, dont Catherine Fournier, Mathieu Lacombe et Paul St-Pierre Plamondon. Entre autres en réponse à une plainte formulée par ce dernier, l’Université d’Ottawa s’est dissociée de ces déclarations, mais elle ne les a toutefois pas condamnées et a même affirmé que « la liberté d’expression n’est pas un buffet où on choisit les cas où le discours est acceptable et où il ne l’est pas ».

Curieuse position de la part de l’Université d’Ottawa ici, qui justifie sa décision de ne pas condamner les propos de son professeur au motif qu’ils auraient été tenus à titre personnel et non en sa qualité de professeur — décision qui fait lourd contraste avec d’autres instances où des propos tenus même à titre purement personnel par un membre du personnel enseignant ont pourtant justifié des condamnations de leurs établissements d’enseignement, remarquons-le. La position de l’Université d’Ottawa aurait-elle été la même si, au lieu de s’en prendre à la société québécoise, un de ses professeurs avait, même à titre personnel, déversé son fiel sur la communauté LGBTQ, sur un groupe religieux ou sur n’importe quel groupe social autre que celui de la société québécoise ? La question se pose.

Liberté et limites

Dans une société de droit, il est non seulement possible, mais essentiel de déterminer quel discours relève de la liberté d’expression et quel discours relève plutôt des limites à cette liberté. La liberté d’expression n’est pas absolue puisqu’elle est limitée par d’autres droits fondamentaux, dont le droit à la réputation. Les règles entourant la diffamation constituent donc des limites légales et légitimes à la liberté d’expression. Certes, dans l’arrêt Bou Malhab, la Cour suprême a jugé que le droit à la réputation et le recours en diffamation ne pouvaient concerner qu’une personne et non un groupe. Dès lors, certaines déclarations anti-québécoises du professeur de l’Université d’Ottawa ne sont pas susceptibles d’être visées par une telle procédure judiciaire. Cependant, certaines de ses autres déclarations, qui visent personnellement le premier ministre du Québec ou le chef du PQ, pourraient être qualifiées de diffamatoires. Mais à tout événement, une chose demeure en ce qui concerne les déclarations incendiaires fortement offensantes visant la société québécoise au complet et non un individu : est-ce vraiment parce qu’elles ne sont pas susceptibles de condamnation judiciaire qu’elles ne sont dès lors pas susceptibles de condamnation intellectuelle dans le discours civique et universitaire ?

Dans ce contexte, il est étonnant de voir la direction de l’Université d’Ottawa s’abriter derrière la liberté d’expression pour ne pas condamner les propos de son professeur. D’autant plus que rien n’indique qu’elle pourrait courir un risque juridique réel en procédant à une telle condamnation. Il semble donc que son refus de condamner ces propos s’explique non pas par des raisons juridiques, mais par des raisons politiques. La direction de l’Université d’Ottawa fait donc le choix de ne pas condamner des propos anti-québécois de l’un de ses professeurs, même s’ils sont répétés et manifestement mal intentionnés, tout comme elle a choisi de sanctionner une de ses enseignantes pour avoir prononcé un mot offensant à une seule reprise et sans mauvaise intention. Le droit à la liberté d’expression est-il vraiment invoqué ici comme une justification, ou bien comme un paravent ? Encore une fois, la question se pose.

Serions-nous face à un cas de deux poids, deux mesures, où le degré de dénonciation de propos pourtant intrinsèquement odieux dépendrait de l’identité du groupe qu’ils visent ? Tous les animaux sont égaux, nous rappelait Orwell, mais certains sont plus égaux que d’autres, apparemment…

48 commentaires
  • Robert Beauchemin - Abonné 24 mars 2021 06 h 00

    Qui a vraiment le gout d'un conflit avec ce prof

    En fouillant un peu sur ce prof sur google, on peut voir qu'il a un certain talent pour la plaidorie quérulente même contre l'Université. Est-ce possible qur l'Université d'Ottawa et son directeur n'ont tout simplement pas le goût et l'energie de s'eb faire un opposant. Il ne faut surtout pas sous estimer le pouvoir de la bêtise.

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 mars 2021 11 h 04

      Le recteur de l'université d'Ottawa, monsieur Jacques Frémont doit avoir honte. Il a toujours défendu les droits humains des noirs, des autochtones et de toutes les autres races, ethnies et cultures, sauf celui des Québécois. Il trouve que le «Québec bashing» est normal même s'il est basé sur des mensonges.
      Hier soir, la télévision de Radio-Canada nous apprend que le racisme contre les Asiatiques se répand partout au Canada, mais plus particulièrement, en Colombie-Britannique et à Toronto. Comment se fait-il que monsieur Frémont ne s'insurge pas contre le racisme de ces deux provinces? Deux poids deux mesures?

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 24 mars 2021 16 h 39

      Jacques Frémont a été président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse jusqu'en 2016. Il serait même un spécialiste de cette question. Donc, je ne peux pas croire qu'il n'a jamais pris connaissance de conclusions du rapport remis à la CDPDJ en décembre 2015 et intitulé "Droits de la personne et diversité" que je l'invte à relire:
      https://www.cdpdj.qc.ca/fr/recherche?q=Droits+de+la+personne+et+diversit%C3%A9

      Si oui, comment se fait-il qu'il ne sanctionne pas les propos de M. Attaran?

      Qui plus est, il a certainement lu ce livre de deux chercheurs du Canada anglais, E. G. Grabb et J. E.Curtis, " Region apart : the Four Societies of Canada and the United States" dans lequel l'on peut lire:

      « More specifically, our research has shown that, along with being the least committed of all the four sub-groups to conventional religious beliefs, Quebecers are the most open a host of non-traditional ideas, principles, and practices. This is evident in their relatively more
      supportive stances on women's equality, gay rights, alternative forms of sexuality, same-sex marital unions, and interracial marriages, as well as their generally more liberal approach to criminal justice.»

      Peut-être faut-il lui rafraîchir la mémoire pour qu'il sorte de sa torpeur ou de sa tour d'ivoire!

  • Geneviève Caron - Abonnée 24 mars 2021 06 h 00

    Poursuivre?

    Pourquoi le gouvernement québécois ne poursuit-il pas cet homme pour incitation à la violence, diffamation ou autre? Le procès coûterait tellement cher que ça affaiblira la situation financière de monsieur Attaran que, gagné ou perdu, la leçon porterait. Non?

    • Daphnee Geoffrion - Inscrite 24 mars 2021 09 h 52

      Totalement en accord..

    • Gilles Théberge - Abonné 24 mars 2021 11 h 55

      Parce qu'il leur manque ce qu'en termes vulgaires et trivial on appelle ...des couilles. Ils préfèrent s'intéresser au Baseball à Mont---real ! La réaction comptable du premier ministre hier à la télévision en disait long...

      D'autant plus que l'Université d'Ottawa est une université Ontarienne. Et qu'on a pas à intervenir dans le système canadian, S'il fallait donner à Trudeau l'idée d'imposer des normes nationales d'éducation... ha ha ha ha !

      Et puis entre gens bien élevés, que voulez-vous ?

      Mais Frémont qui est un «faux cul» québécois de souche c'est une autre affaire...

  • Brigitte Garneau - Abonnée 24 mars 2021 07 h 13

    Le droit à la liberté d'expression...

    Justification ou paravent?? Les 2 doctorats (droit et médecine) de cet enseignant lui servent définitivement de paravent derrière lequel il est, au fond, bien petit et l'institution qui le protège ou fait mine de le protéger tellement elle en a peur, est encore bien plus petite...

    • Marc Therrien - Abonné 24 mars 2021 18 h 50

      On voit encore une fois que du côté des « Je suis Charlie », il est plus agréable d’être l’offenseur que l’offensé. Normal, c'est humain.

      Marc Therrien

  • Cyril Dionne - Abonné 24 mars 2021 07 h 49

    La déontologie à géométrie variable

    Bon, par où commencer? Il est à noter qu’il n’existe aucune règle de déontologie à l’Université d’Ottawa quant aux activités extérieures de l’institution par les individus. Sous le couvert de la liberté d’expression, vous êtes libre de vous joindre à des groupes extrémistes et racistes et d’injurier qui que vous voulez. Curieusement, les enseignants des écoles primaires et secondaires de l’Ontario n’ont pas cette permission puisque leur code de déontologie régit leur comportement non seulement à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur des institutions. Il n’y pas si longtemps de cela, en 1995, un professeur de l’Université Ryerson se prostituait ouvertement en dehors des heures de classe (prostitution masculine) et celui-ci n’a jamais été réprimandé et a toujours gardé son travail même après avoir été arrêté à plusieurs reprises.

    Ceci dit, M. Attaran s’applique à inciter de la haine envers les francophones puisque pour lui, les Québécois ne sont pas une race. Curieux tout de même pour quelqu’un qui a fait des études en médecine. Ne devrait-il pas comprendre que le concept de race n’existe pas en médecine, en biologie ou bien en sciences? Pourtant, la définition de l’incitation à la haine du Code criminel canadien nous parle d’attaque en règle contre un groupe qui est différent comme à cause de sa langue et de sa culture. Il s’agit bien de racisme linguistique dans le cas de M. Attaran. Nul besoin de mentionner la diffamation puisque le premier ministre du Québec pourrait y avoir recours suite aux attaques personnelles et diffamatoires à son égard.

    Mais si vous êtes présentement un étudiant ou un ancien étudiant de l’Université d’Ottawa, vous avez droit à une plainte en suivant le code déontologie de cette université. C’est ce qui est arrivé à Verushka Lieutenant-Duval. Alors comme ancien étudiant de cette université, je pourrais formuler une plainte contre cet énergumène qui ne mérite certainement pas tout le temps et l’attention qui lui est accordé.

    • Gaetane Derome - Abonnée 24 mars 2021 12 h 14

      M.Attaran n'est pas médecin.Il a un diplôme en sciences et il est avocat.Érudit sans doute et plusieurs publications à son actif.Dommage qu'il devienne si harcelant et haineux.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 mars 2021 17 h 03

      Merci de me l'avoir rappeler qu'il n'était pas médecin Mme Derome.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 mars 2021 08 h 01

    La verve des habitants de l'autre côté de la frontière n'est que le reflet d'une fédération mal ficelée au départ!

    L'animosité entre le Québec et l'Ontario, et même le reste du ROC, n'est que le prolongement des batailles opposants les britanniques d'ici pour lesquels les francophones sont des pleutres qui doivent s'écraser! Qu'ils soient professeur ou recteur d'université, loin d'être brillants, montre tout simplement une facette d'un fair-play bidon les caractérisant! Le pire est plutôt à mon avis dans la désapprobation de ce dénigrement contre notre langue et notre culture! Les PM Justin Trudeau et François Legault ne se sont pas mouillés haut et fort pour défendre notre petit peuple! En fait, c'est le genre de dénigreurs que l'on voit sur les réseaux sociaux et dont justement on voudrait s'en débarrasser!
    Ces pommes verreuses sont partout sans que le politique au pouvoir ne veuille les mettre au pas comme l'exige un minimum d'éthique! Pour terminer, ce complot contre notre peuple peut compter même sur des éléments qui mènent ici la danse, tant à Montréal qu'à Québec, puisque personne parmi les politiciens au pouvoir n'a le courage de montrerau front! Bref, un laissez-aller caractéristique du Dominion!