La liberté universitaire contre la dérive autoritaire

«Selon le discours en vogue ces derniers temps, les universités seraient des lieux mythiques de débats cartésiens, intrinsèquement neutres, où rationalité et affect se retrouvent dichotomisés au profit de la première», écrivent les autrices.
Photo: iStock «Selon le discours en vogue ces derniers temps, les universités seraient des lieux mythiques de débats cartésiens, intrinsèquement neutres, où rationalité et affect se retrouvent dichotomisés au profit de la première», écrivent les autrices.

La « liberté universitaire », présumée en danger, fait couler beaucoup d’encre au Québec ces temps-ci. Les tenants de la droite conservatrice ont pris pour mission de la défendre, laissant paradoxalement entendre que l’État s’ingère davantage dans les universités. Ils accusent les « wokes » de détruire l’essence démocratique des universités, amalgament plusieurs concepts qu’ils ne maîtrisent pas et sonnent l’alarme d’une crise qu’ils ont eux-mêmes construite.

Depuis quelques semaines, le mot « censure » traverse sans cesse nos écrans. S’exprimant par l’entremise d’une panoplie de médias, des politiciens, des professeurs et même des étudiants disent être victimes de censure de la part de la « gauche woke ». Mais qu’en est-il vraiment, étant donné que ces militants (fallacieusement amalgamés) auxquels on fait référence n’ont en commun que de faire partie, à échelle variable, de groupes dominés dans la société — en un mot, de ne posséder pratiquement aucune tribune et de ne monopoliser aucune institution de pouvoir ? La rigueur intellectuelle nous contraint à le dire : la voix des minoritaires critique, bien sûr, mais ne censure pas. Il apparaît que sa seule présence dans l’espace public provoque déjà un puissant effet de backlash : être critiqués, pour les dominants, c’est aussi sentir l’éventualité, réelle comme supposée, d’une perte de pouvoir — une éventualité à laquelle ils résistent.

L’un des phénomènes de redistribution de pouvoir dont les tenants de la droite ont le plus peur, actuellement, est bien la « cancel culture ». Mais de quoi s’agit-il ? Certains répondront qu’il s’agit d’un mouvement ostracisant, visant à crucifier des personnalités sur la place publique pour leurs prises de position politiques ou leurs actions. Cela dit, il importe d’être clair : la cancel culture n’est pas un protocole institutionnalisé ni une structure sociale oppressante. Elle constitue plutôt une stratégie politique discursive qui comporte plusieurs degrés d’intensité, ne fait pas l’unanimité chez les militants radicaux et est utilisée par des gens sans pouvoir à l’échelle de la société. Bien que l’on puisse débattre de l’efficacité de cette stratégie, il apparaît encore plus intéressant, dans le contexte actuel, de se demander pourquoi elle a émergé. On l’aura constaté au cours de la reprise du mouvement Black Lives Matter et de la grande vague de dénonciations d’agressions sexuelles à l’été 2020 : nombreux sont ceux à être écrasés par des systèmes d’oppression, de même qu’abandonnés ou encore violentés par l’appareil étatique et juridique. Pas étonnant que certains éprouvent le besoin de se défendre eux-mêmes par leur participation politique — pour nous, il n’est pas nécessaire de chercher la réponse plus loin.

Savoirs hégémoniques

Sans définir ni préciser les théories qu’ils défendent, un certain nombre d’acteurs politiques et universitaires cherchent donc à délégitimer les savoirs provenant des groupes minoritaires, parfois enseignés dans les universités québécoises. Ces savoirs, qualifiés de dominants et de nuisibles, peinent pourtant déjà à obtenir une légitimité au sein des départements de sciences sociales. Les savoirs qui sont enseignés à l’université restent eurocentrés, et souvent intrinsèquement violents : les récents débats touchant l’utilisation du mot en n illustrent parfaitement cette réalité. En réclamant sans cesse le droit de pouvoir utiliser des termes qui ont historiquement permis à la majorité blanche de déshumaniser, de dominer et de tuer les personnes noires, les membres des Premières Nations, les Inuits et les Métis, les dominants ne font que défendre le droit de blesser et de heurter volontairement d’autres personnes.

Selon le discours en vogue ces derniers temps, les universités seraient des lieux mythiques de débats cartésiens, intrinsèquement neutres, où rationalité et affect se retrouvent dichotomisés au profit de la première. Au risque de briser cette solide illusion héritée des Lumières, nous avançons que l’idée de la Raison triomphante est paternaliste et vise à faire taire ceux pour qui la politique n’est pas esthétique, mais bien intime. Pour les dominants, parler de racisme, de classisme, de sexisme, d’homophobie et de transphobie constitue un voyage dans le monde des idées, sans implication violente sur leur existence. Pour les dominés, ces sujets représentent des stigmates, de l’exclusion, des traumas, des cicatrices, des viols, des morts… mais aussi des luttes desquelles naissent amitiés et amours. Leur posture dépeinte comme irrationnelle et émotive comprend forcément une part de vécu, et leur nier toute pertinence sur cette base est profondément malhonnête et même réactionnaire — d’autant plus que ce qui anime les auteurs de tous ces discours sur les wokes est bien loin d’être neutre et dénué d’affect.

En terminant, nous tenons à remercier celles et ceux qui nous inspirent par leurs écrits, leur musique, leur militantisme ou leur amitié, aussi nombreux qu’elles et ils soient — car nous ne pouvons prétendre être le seul vecteur de nos idées et de nos espoirs. Sans les nommer, merci.

* Cette lettre est appuyée par environ 120 personnes du milieu universitaire:

  • Martine El Ouardi, étudiante à la maîtrise en science politique
  • Laurence Marion-Pariseau, diplômée en traduction à l’Université de Montréal
  • Rafaële Bolduc, diplômée en philosophie à l’Université Laval et à l’Université de Montréal
  • Jade Nolet, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Félix Chouinard, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Martine Le Corff, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Cassandra Michaud, étudiante en psychologie et sociologie à l’Université de Montréal
  • Vincent Robert, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal
  • Grégoire René, étudiant en philosophie à l’Université de Montréal
  • Sophie-Tawes Louali, étudiante en anthropologie à l’Université de Montréal
  • Rémy El-Nemr, étudiant en neuroscience cognitive à l’Université de Montréal
  • Kathleen Villeneuve, diplômée en histoire à l’Université de Montréal
  • Alexandre Chartrand, étudiant en histoire à l’Université de Montréal
  • Coralie Bouchard, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • David Chapdelaine, étudiant libre à l’Université de Montréal
  • Jacqueline He, étudiante en Studio Arts à l'Université Concordia
  • Carolane Parenteau-Labarre, étudiante à la maîtrise en sociologie à l'UQAM
  • Renaud Béland, étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAM
  • Benjamin Bourdages-Duclot, étudiant à la maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal
  • Emile Cardinal, étudiant en anthropologie à l'Université de Montréal
  • Melodie Massé, étudiante en psychologie à l'Université Laval
  • Jade Crépeau, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Karolan Savoie, étudiante en anthropologie à l’Université Laval
  • Viviane Forest-Ponthieux, étudiante à la maîtrise en archéologie à l’Université de Montréal
  • Sara Trépanier Fleurant, étudiante en philosophie et littérature de langue française à l’Université de Montréal
  • Jean-Philippe Dunas, étudiant à la maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal
  • Jérémie Canac-Marquis, étudiant en cuisine et gastronomie à l'ITHQ
  • Louis-Félix Drapeau, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Éléonore Guy, étudiante en anthropologie à l’Université de Montréal
  • Mathieu Bouchard-Laberge, étudiant en enseignement de l’univers social au secondaire à l’UQAM
  • Raphaël Joseph, diplômé en science politique à l’UQAM
  • Mathieu Gagnon, étudiant à la maîtrise en relations industrielles à l'Université Laval
  • Association étudiante d’anthropologie de l’Université de Montréal (AÉAUM) - 291 membres
  • Emmanuel Pelletier-Michaud, diplômé en linguistique et en traduction à l’Université Laval
  • Charline Robert-Lamy, étudiante à la maîtrise en science politique et études féministes à l’UQAM
  • Rukaya Achhal El Kadmiri, étudiante en histoire à l’Université de Montréal
  • Zaid Yahya, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Viviane Côté Martin, étudiante au DESS en édition numérique à l'Université de Montréal
  • Maude Raymond, étudiante à la maîtrise en sociologie à l’Université de Montréal
  • Denis Carlier, doctorant en science politique à l’UQAM et en histoire à l’Université d’Angers
  • Roxane Archambault, étudiante à la maîtrise en anthropologie Université de Montréal
  • Luigi Bono, étudiant à la maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal
  • Fatima Terhini, diplômée en psychologie et sociologie à l’Université de Montréal
  • Jeanne Maisonneuve, étudiante en sociologie, Université de Montréal
  • Gabrielle Laverdière-Pilon, étudiant·e au DESS en santé mentale à l’Université TÉLUQ
  • Ivar Alberto Delgado Sifuentes, étudiant en biologie à l’UQAR
  • Stéphanie Thibodeau, étudiant·e à la maîtrise en éducation, UQAM
  • Jean Daniel Girard, étudiant en anthropologie, Université de Montréal
  • Matisse Bessette, étudiante en études féministes à l’UQAM
  • Samuel Bonneville, étudiant en sociologie, Université de Montréal
  • Jorge Quezada, étudiant en sexologie, UQAM
  • Marie-Pier Bolduc-Crustin, étudiante à la maîtrise en administration des affaires (MBA) et au DESS en éthique appliquée, Université Laval
  • Xavier Camus, diplômé en philosophie à l’UQAM
  • Anne-Marie Veillette, doctorante en études urbaines à l'INRS
  • Cathy Ramirez, étudiante en philosophie à l’Université de Montréal
  • Nicholas Lucas-Rancourt, étudiant à la maîtrise en éducation à l’UQO
  • Marianne Morin, étudiante en études autochtones à l’Université de Montréal
  • Marilou Rowan, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Alice Boisvert, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Xavier St-Pierre, étudiant à la maîtrise en éducation à l’UQTR
  • Nicolas Arias Garcia, étudiant à la maîtrise en anthropologie à l’Université de Montréal
  • Marie-Alexe Chartrand-Péloquin, étudiante en science politique et en études féministes à l’UQAM
  • Erika Olivaux, étudiante à la maîtrise en philosophie à l’Université de Montréal
  • Magali Boisvert, diplômée en langues et études littéraires à l’UQTR
  • Jacob Deschamps, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Eloi Salvail-Lacoste, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Concordia
  • Ambre Roberge, étudiant·e en sexologie à l’UQAM
  • Charles-Émile Fecteau, étudiant au doctorat en chimie et au certificat en philosophie à l'Université Laval
  • Léonie Fecteau, étudiante en service social à l’Université de Sherbrooke
  • François Trépanier-Huot, étudiant en sociologie à l’Université Laval
  • Guillaume Vallières, étudiant en droit à l’UQAM
  • Dominique Goulet-Couture, diplômé en science politique à l'UQAM
  • Louibert Meyer, M.A en communication publique et relations publiques de l’Université Laval
  • Ramy Massaad, étudiant en développement des sociétés et territoires à l’UQAR
  • Mathieu Marion, professeur au département de philosophie de l’UQAM
  • Laurie Gagnon-Bouchard, étudiante au doctorat en philosophie à l’UQTR et chargée de cours à l’IREF de l’UQAM
  • Laurent Giguère, étudiant en sociologie à l’UQAM
  • Françoys Marinthe-Auger, étudiant en sociologie à l’UQAM
  • Simon-Pierre Mercille, étudiant à la maîtrise en éducation à l’UQAM
  • Camille Trudel, coordonnatrice de l’association étudiante générale du Cégep Garneau
  • Isabelle Boisclair, professeure au département des arts, langues et littératures de l’Université de Sherbrooke
  • Clément Desbiens, étudiant au Conservatoire d'art dramatique de Québec
  • Nicolas Plourde-Rouleau, étudiant en sociologie à l'Université Concordia
  • Élise Gratton, étudiante en enseignement en adaptation scolaire et sociale à l’UQAM et diplômée de la mineure en histoire à l’Université de Montréal
  • Xavier Dagenais-Chabot, étudiant en anthropologie à l’Université de Montréal
  • Michela Pelletier, étudiante à la maîtrise en sociologie à l’UQAM
  • Sébastien Chehaitly, étudiant à la maîtrise en travail social à l’Université de Montréal
  • Gabrielle P. Fortier, étudiante en science politique et en études féministes à l’UQAM
  • Nick Paré, étudiant en travail social à l’UQO
  • Maxime F.-Giguère, étudiant·e à la maîtrise en philosophie à l’Université Laval
  • Estelle Desjarlais, doctorante en éducation à l'UQAM
  • Laurent Paradis-Charette, doctorant en sociologie à l’UQAM
  • Marianne Locas, étudiante au DESS en journalisme à l’Université de Montréal
  • Colin Beaudoin-Lambert, étudiant en scénarisation à l’UQAM
  • Gustavo Salinas, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal
  • Rébecca Beauvais, chargée de cours à l’École de travail social et à l’Institut de recherches et d’études féministes à l’UQAM
  • Camille Buisson, doctorante en psychologie à l’UQTR
  • Camille Sébastien, diplômée en études internationales à l’Université de Montréal
  • Julie Choquette, étudiante en sociologie et démographie à l’Université de Montréal
  • Vice Benoit, étudiant·e en action culturelle à l’UQAM
  • Frédéric Gagnon-Girard, étudiant en sociologie à l’UQAM
  • Sarah-Florence Benjamin, étudiante en journalisme à l’Université de Montréal
  • David Deladurantaye Leblanc, étudiant à la maîtrise en ethnolinguistique à l'UdeM
  • Marin Fortin-Bouthot, étudiant en science politique à l’UQAM
  • Christophe Jbeili, étudiant à la maîtrise en science politique à l’UQAM
  • Akram Taoutaou, étudiant en histoire à l’UQAM
  • Marilie Ross, étudiante en études autochtones à l’Université de Montréal
  • Naïla Gravel-Baazaoui, étudiante en science politique à l’Université de Montréal
  • Léo Coupal-Lafleur, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Marjorie Piton, étudiante en études critiques des sexualités à l’UQAM
  • Jonathan Bichon, étudiant en sociologie à l'Université de Montréal
  • Andres Larrea, chargé de cours à l'Institut de Sciences de l'Environnement de l'UQAM et doctorant en sciences de l'environnement
  • Guillaume Moreau, auxiliaire de recherche au Centr'ERE et étudiant à la maîtrise en sciences de l'environnement à l'UQAM
  • Vincent Laurence, étudiant en philosophie à l’Université Laval
  • Marie-Jane Albert, étudiante en travail social à l’Université Laval
  • Delphine Saint-Laurent, ancienne étudiante en arts visuels au Cégep Sainte-Foy
  • Joseph Rozenkopf, diplômé en sociologie à l’Université de Montréal
  • Diego Torres-Carranza, étudiant en sociologie à l’Université de Montréal
  • Constance-Marguerite Proulx, étudiante en sociologie à l’Université de Montréal
  • Mathilde Roiné, étudiante en travail social à l’Université Laval
  • Marie-Lie Vignola, étudiante en travail social à l’Université Laval
  • Émile Lajeunesse-Trempe, étudiant en histoire à l’UQAM
  • Alexis Harton, étudiant en sociologie à l'UQAM
71 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 00 h 36

    Juste une petite critique : cancel culture, Black Lives Matter et backlash peuvent respectivement se traduire en français par culture du bannissement, la vie des Noirs compte et réaction violente.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 mars 2021 05 h 08

      Ce n'est certainement pas votre propos, mais demander que les mots qui renvoient au contexte où les concepts se sont formés soient remplacés par d'autres appartenant à une autre langue et à une autre culture, c'est potentiellement se couper de leur origine, au risque, justement de « traduire » des réalités qui ont leur spécificité propre en perdant celle-ci de vue et ce qu'elles auraient aussi à nous apprendre sur nous-mêmes. Black Lives Matter renvoie à une histoire de rapports interraciaux dans laquelle nous pouvons collectivement nous sentir concernés, ou pas. Mais ce n'est pas du côté de notre lexique qu'il faut regarder. Pas plus qu'on ne pouvait comprendre l'autochtone en lui donnant un joli nom chrétien.

    • Marc Therrien - Abonné 5 mars 2021 07 h 24

      Cet exemple de traduction de Black Lives Matter nous permet de comprendre ce que veut dire “Traduttore, traditore”, « Traduire, c’est trahir ».

      Marc Therrien

  • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 01 h 12

    « La « liberté universitaire », présumée en danger, fait couler beaucoup d’encre au Québec ces temps-ci. Les tenants de la droite conservatrice ont pris pour mission de la défendre, laissant paradoxalement entendre que l’État s’ingère davantage dans les universités. »?

    Il n'est pas nécessaire d'être un conservateur de droite pour défendre la liberté d'enseignement. Le droit de ne pas se sentir offensé n'existe pas à l'université et le corps professoral n'a pas à se soumettre à cela sans discernement.

    • Françoise Labelle - Abonnée 5 mars 2021 07 h 59

      Le corps professoral n'a pas à se soumettre au droit de ne pas se sentir offensé?
      Qu'est-ce que ça veut dire au juste? Décortiquons:
      a) Il y a un droit de ne pas ses sentir offensé (pas sûre que c'est une question de droit)
      b) Le corps professoral n'a pas à se soumettre à ce droit
      D'où on conclut que le corps professoral a le droit de se sentir offensé.
      Bien d'accord avec cette Lapalissade.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 mars 2021 08 h 13

      euh... ce n'est pas d'un « droit de ne pas se sentir offensé » qu'il s'agit mais de l'effectivité du droit à l'égalité. Si l'exercice de la liberté d'enseignement a pour effet d'exacerber inutilement les sensibilités, notamment mais non exclusivement en légitimant volontairement ou pas des attitudes discriminatoires, il est tout à fait légitime de revendiquer que ces comportements soient amendés.

      Cela veut-il dire qu'il faudrait cesser d'enseigner Rousseau ? Non... Le problème, c'est pas Rousseau ni le nègre mot. Le problème, c'est qu'on prenne prétexte du caractère prétendument sacré de l'Oeuvre pour justifier l'extension sans limite d'un droit sacro-saint. Cela s'appelle du privilège. Soit dit sans courtoisie, c'est souvent tout ce dont peuvent se justifier des divas d'université à l'instar des vedettes médiatiques qui n'en finissent plus de se plaindre à leur vaste auditoire qu'ils ne peuvent plus rien dire.

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 09 h 20

      @ M. Maltais-Desjardins

      À mon sens, le corps professoral n'a pas à répondre au besoin de ceux qui ne veulent ni entendre, ni lire certains mots - peu importe le contexte dans lequel on les utilise.

    • Denis Drapeau - Inscrit 5 mars 2021 10 h 48

      Ce n’est ni «le droit de ne pas se sentir offensé» ni «le droit à l'égalité» qui est en jeu, c’est pire que ça, c’est le droit au déni de la réalité. C’est le droit de faire primer son ressenti sur la connaissance en demandant d’être exclue des mots qui nomment la réalité, donc de la réalité elle-même, de sa mise en contexte et de l’analyse qui en découle. Sans réalité, pas d’analyse objective ni de transfère de connaissance.

      On s’attend à juste titre que la future élite soit à même de faire face aux problèmes qu’elle rencontrera dans la réalité qui sera la sienne et non d’aller se cacher dans un "safe space" en attendant que ça passe. Et quand on exige que ce droit d’être exclue de la réalité passe par l’interdiction de mots, même contextualisé, c’est la liberté d’expression qui est compromise.

      Quand on est incapable de faire face à la réalité et de mettre les choses en contextes, voir dans reconnaitre la nécessité, ne devrait-on pas remettre en question notre place à l’université?

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 mars 2021 10 h 59

      Je suis d'accord avec vous, monsieur Patrick Boulanger. Je ne sais pas par où commencer pour critiquer les sophismes de cet article. Premièrement, ce n'est pas la droite dominante de l'échiquier politique qui n'accepte pas le discours farfelu du «cancel culture». Normand Baillargeon, John MacArthur, Danny Lafreniere et beaucoup d'autres écrivains et philosophes qui appuient la liberté de pensée universitaire appartiennent à la gauche.
      Deuxièmement, personne ne vous prive de la nécessité de participer et de revendiquer politiquement pour la justice sociale et l'équité. Par contre, interdire l'enseignement de l'histoire et mettre à l'index certains ouvrages littéraires pour ne pas blesser vos sensibilités, cela est injustifiable. La censure des idées est inacceptable surtout quand il s'agit d'un endroit qui exige la discussion et la liberté d'expression comme l'université. Cela n'a rien à faire avec la domination, c'est simplement l'usage du bon sens.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 5 mars 2021 11 h 40

      Monsieur Desjardins, il serait légitime selon vous de formater les comportements selon des critères de "sensibiité" forcément subjectifs qui, du reste, ne dépeignent pas forcément l'ensemble des individus concernés. Jusqu'où faudra-t-il aller dans l'octroi de tels "amendements" pour contenter jusqu'aux plus sensibles d'une telle clientèle? C'est s'engager ici sur une pente qui semble fort savonneuse et dont le terminus, s'il existe, n'aura rien de consensuel ou de définitif.

      Cette sensibilité étant forcément préexistante, en tenir compte revient à accorder la primauté à l’inné sur l’appris, au préjugé sur la connaissance à acquérir. L’université étant par définition un milieu d’apprentissage, une approche aussi délibérée n’entre-t-elle pas en contradiction avec sa mission première? Si le milieu universitaire doit se mettre en mesure de tenir compte du préjugé, il ne doit pas perdre de vue que ce dernier, même si d’aventure il se vérifie dans certains faits, demeurera toujours un préjugé.

      Certains tenants de la postmodernité se plaisent à dépeindre l'université comme un des instruments de pouvoir dont se sert la classe dominante pour imposer ses subjectivités. Cette approche plutôt simpliste fait oublier que cette même université a toujours été aussi un vecteur privilégié pour la contestation des idées reçues et le foisonnement de concepts nouveaux. Comme quoi les rapports entre les tenants du conservatisme et les apôtres de la modernité y ont toujours été beaucoup plus savants et complexes que certains n'aiment à les décrire. La liste des signataires de la présente lettre prouve éloquemment que, si leurs esprits ont été formatés aux diktats d'une quelconque idéologie dominante, cette dernière n'est assurément pas celle que certains se plaisent à dénoncer. À chacun de suivre ses propres "divas".

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 12 h 13

      @ Mme Labelle

      « Le corps professoral n'a pas à se soumettre au droit de ne pas se sentir offensé? »?

      Avant de décortiquer, encore faut-il ne pas déformer mon propos. J'avance uniquement que ce droit n'existe pas à l'université. Ni plus, ni moins. Donc, à mon sens, vous ne pouvez pas déduire de mon commentaire qu'il existe un droit de ne pas se sentir offensé.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 5 mars 2021 14 h 16

      M. Boulanger écrit:"À mon sens, le corps professoral n'a pas à répondre au besoin de ceux qui ne veulent ni entendre, ni lire certains mots - peu importe le contexte dans lequel on les utilise."

      Absolument d'accord! Va-t-on ne pas enseigner le Rapport Durham en histoire au Québec. Oui, PIerre Vallière a écrit "Nègres blancs."

      Oui, Trudeau a fait emprisonner quelque 500 innocents en octobre 1970.

      Oui, l'identité d'une personne se dessine par "l''influence des chromosomes, les hormones, les cellules et les organes qui sont propres à un genre, donc soit à l'homme ou à la femme."

      https://www.985fm.ca/nouvelles/opinions/376122/un-cours-a-l-uqam-tourne-mal-en-visioconference
      « Une étudiante a interrompu la classe pour donner son point de vue sur la matière; elle disait être mal à l'aise par rapport au contenu. La jeune fille avançait que l'identité de genre et que l'orientation sexuelle n'avaient pas d'origine biologique et que c'était des construits sociaux, que ça ne viendrait pas de l'intérieur de nous. »


      Oui, on m'a traité de "pea soup*!

      Il faut se questionner sur ces comportements reliés à ceux d' enfants gâtés, surprotégés. D'enfants-rois!

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 mars 2021 15 h 07

      Craindre qu'on doive accorder la primauté aux sensibilités est peut-être le symptôme qu'on ne veut leur faire aucune place parce que cela entamerait l'autorité de l'Université. Monsieur Boulanger le disait sans ménagement. Les profs n'ont pas à le faire.

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 17 h 18

      @ Mme Labelle (prise 2 - je me suis enfargé précédemment, je crois...)

      « Le corps professoral n'a pas à se soumettre au droit de ne pas se sentir offensé? » (Mme Labelle)?

      Avant de décortiquer, encore faut-il ne pas déformer mon propos. J'avance précédemment que ce droit n'existe pas à l'université. Donc, à mon sens, vous ne pouvez pas déduire de mon commentaire qu'il existe un droit de ne pas se sentir offensé. Vous revenez aussi, au point B, sur cette idée de droit...

    • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2021 18 h 18

      @ M. Maltais Desjardins

      C'est vrai, que je n'ai pas mis mes gants blancs précédemment. Cela dit, je ne suis pas fermé aux idées de la nouvelle gauche antiraciste-anticolonialiste. Je fais la distinction entre les idées et la façon dont certains s'y prennent pour les faire avancer.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 5 mars 2021 20 h 12

      "Le problème, c'est qu'on prenne prétexte du caractère prétendument sacré de l'Oeuvre pour justifier l'extension sans limite d'un droit sacro-saint." - RMD

      S'il y a un droit sacro-saint ici, c'est bien celui des étudiants de pouvoir prendre connaissance des oeuvres qu'on leur propose, quels que soient leurs auteurs, sans que celles-ci soient au préalable passées au travers d'un filtre destiné à ménager leurs susceptibilités. Après tout, on est ici à l'université, pas au jardin de la petite enfance.

      Si certains étudiants n'ont pas le coffre pour encaisser ce que l'on cherche à leur faire connaître, peut-être devraient-ils réfléchir au fait qu'ils ne sont tout simplement pas à leur place. Si la critique est toujours vue comme légitime - et même encouragée -, l'esquive commode des plaignards avec l'obtention des crédits en prime ne l'est certainement pas.

  • Guy Fauteux - Abonné 5 mars 2021 05 h 04

    Mort annoncé de notre démocratie

    Ce texte écris par une bande de pelleteur de nuage
    est une claque dans la face pour tous ceux-la qui assure
    notre bien être collectif.(travail à la sueur de son front)
    -curieusement on y vois dans cette liste aucun travailleur
    -aucun ingénieur
    -aucune infirmière
    -aucun comptable
    -aucun camionneur
    -aucun fermier
    -Guy Fauteux

    • Alain Pérusse - Abonné 5 mars 2021 11 h 40

      Bonjour la démagogie.

    • Yann Leduc - Abonné 5 mars 2021 13 h 24

      C'est comme si le réel, le concret, n'intéressaient plus, on reste dans les concets flous et symboliques.

    • Jean Langevin - Abonné 6 mars 2021 05 h 03

      Oh que vous rejoignez ma pensée M. Fauteux. Tout ce que je peux souhaiter à ces gens-là c'est...bonne chance!
      Le réveil risque d'être brutal lorsqu'ils seront peut-être un jour sur le plancher du commun des mortels.

  • Yvon Montoya - Inscrit 5 mars 2021 06 h 26

    Je dis souvent que la jeunesse québécoise est superbe. Dommage qu’elle soit si mal considérée. Oui, il faut réfléchir à la constitution sous nos yeux d’une culture toute autre, celle du 21ieme siècle, qui pose question et réponse. Merci pour votre texte et réflexion. Réfléchissons ensemble car les temps changent puis nous vivons une époque sismique du point de vue civilisationnel. Merci et courage car on va vous tomber hélas dessus.

    • Geneviève Tardif - Abonnée 5 mars 2021 16 h 17

      Je suis bien d'accord avec vous.

    • Raynald Rouette - Abonné 5 mars 2021 19 h 13


      Réfliéchissons ensemble vous dites? L'ensemble de la population n'a pas été invités au dialogue ou à la discussion. Ces signataires ont tout simplement décrété...! C'est mal barré...

    • Micheline Pelletier - Abonnée 5 mars 2021 20 h 55

      Cette lettre est justement une invitation au dialogue et à la discussion...

  • Denis Lajeunesse - Inscrite 5 mars 2021 06 h 46

    Les "manipulés utiles"

    Richard Maltais Desjardins : Contrairement a ce que vous tentez de laisser croire, les rapports interraciaux impliquant les Québécois d'origine francaise n'ont jamais ressemblé a ceux des américains. Selon vous, pour en apprendre sur nous-memes qui sommes les représentants de l'altérité de votre crédo pour etre poli de "manipulé utile", il faudrait nécessairement l'étudier dans les termes et la langue de l'autre ? Un esprit critique pourrait-il y percevoir un syndrome de colonisé ? La question est posée.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 mars 2021 11 h 20

      Loin de moi l'idée de vous priver du délicat plaisir d'envoyer paître l'utile ennemi de vos certitudes en bonne compagnie, mais c'est précisément pour que nous ne gommions pas les différences entre les rapports interraciaux des américains et les nôtres que je suggérais qu'on s'abstienne de traduire (et de trahir, comme le relève monsieur Therrien. De même pour la notion de cancel culture. Mais je me souviendrai de votre mise en garde la prochaine fois que j'aurais la mauvaise idée de manger des shish kebab ou de la pizza.