Réduire la haine sur Internet

«La récente insurrection à Washington ainsi que l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, dont nous commémorons le quatrième anniversaire cette semaine, sont issus de la même problématique: une radicalisation en ligne suivie d’attaques contre des victimes bien réelles», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «La récente insurrection à Washington ainsi que l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, dont nous commémorons le quatrième anniversaire cette semaine, sont issus de la même problématique: une radicalisation en ligne suivie d’attaques contre des victimes bien réelles», écrit l'auteur.

Internet permet une plus grande participation à la sphère publique. La technologie numérique fournit aux citoyens de nouveaux moyens de s’exprimer, de participer à la vie politique, d’interagir avec leurs élus et de tenir les pouvoirs responsables.

Mais comme nous l’avons tous constaté lors de la récente attaque contre le Capitole à Washington, notre espace public peut également être contaminé par la haine et la désinformation. Il s’agit d’un des paradoxes troublants de notre époque. Le modèle d’affaires des géants de l’Internet amplifie le problème parce que leurs algorithmes nous servent exclusivement l’information que nous voulons consommer, sans égard aux faits.

La récente insurrection à Washington ainsi que l’attentat à la Grande Mosquée de Québec, dont nous commémorons le quatrième anniversaire cette semaine, sont issus de la même problématique : une radicalisation en ligne suivie d’attaques contre des victimes bien réelles.

Le printemps dernier, le Forum des politiques publiques a réuni sept éminents citoyens, dont l’ancienne juge en chef de la Cour suprême, la très honorable Beverley McLachlin, Julie Caron-Malenfant, directrice générale de l’Institut du Nouveau Monde, et Jean Larose, de la communauté autochtone, pour examiner les moyens de « réduire le tort » sur Internet tout en protégeant la liberté de parole.

Les trente heures qu’ils ont passées à écouter les experts, les témoins, et à délibérer ont nourri les conclusions de leur rapport au FPP : « Diminuer le tort : un programme en six étapes pour protéger l’expression démocratique en ligne ». Ce rapport s’est également inspiré du travail parallèle d’une assemblée de citoyens formée de 42 personnes représentatives de la population.

Une approche équilibrée

Leurs six recommandations constituent un programme qui permet de s’attaquer au problème dans une perspective canadienne.

Un premier constat s’impose. Le système actuel ne fonctionne pas et les institutions publiques doivent intervenir au nom de l’intérêt public. Le gouvernement doit agir davantage pour protéger les Canadiens des préjudices qu’ils pourraient subir en ligne. Il doit toutefois se garder de tomber dans une censure exagérée du contenu. Cela appelle une approche équilibrée.

Comme première mesure, la Commission recommande l’adoption d’une loi assujettissant les entreprises numériques au devoir d’agir de manière responsable. Ce devoir s’appliquerait aux plateformes, y compris les réseaux sociaux, les grands groupes de messagerie, les moteurs de recherche et autres opérateurs Internet impliqués dans la diffusion de contenus générés par les utilisateurs et les tiers.

Ce devoir d’agir de manière responsable serait régi par un nouvel organisme de réglementation investi par le devoir de servir l’intérêt public. Il aurait la responsabilité de placer la modération des contenus et la gouvernance des plateformes au-delà de la juridiction exclusive du secteur privé. Ses décisions seraient basées sur un code de conduite, fondées en droit et soumises à un processus de révision.

Cet organisme de réglementation s’appuierait sur deux nouvelles entités : un conseil de médias sociaux consultatif qui l’aiderait à formuler des politiques et un tribunal électronique qui permettrait d’entendre les litiges rapidement. Le conseil de médias sociaux regrouperait des représentants des citoyens, de la société civile et de l’industrie et ferait des recommandations à l’organisme de réglementation, notamment sur le code de conduite.

Les plateformes seraient également soumises à des mesures de transparence à propos de leurs algorithmes et de l’utilisation qu’elles font des données personnelles de leurs utilisateurs.

Enfin, bien que la Commission ne favorise pas des lois qui obligent le retrait de contenu de la part des plateformes, comme on en voit en Europe, elle fait une exception pour toute publication qui représente une menace pour la santé ou la sécurité des personnes visées.

Le modèle proposé par les sept commissaires reconnaît le rôle du gouvernement et la place du citoyen dans la gouvernance d’Internet, exige des plateformes transparence et responsabilité et accorde aux victimes de contenu haineux les moyens de se faire entendre et d’obtenir justice.

11 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 27 janvier 2021 05 h 32

    Dans le cas de la mosquée, il faudrait aussi éliminer l'intimidation et la violence dans les écoles puisque si vous lisez le dossier de Bissonnette vous verrez que ce qui l'a mené à tuer à la mosquée, ce n'est pas directement les discours haineux anti musulman mais bien la haine qu'il a subit dans le silence de la socîété pendant toute sa jeunesse.

    Mais je suis d'accord sur le fond...

  • Cyril Dionne - Abonné 27 janvier 2021 06 h 59

    « La censure pardonne aux corbeaux et poursuit les colombes » Juvénal

    Bon. Depuis quand on publie toujours des choses intelligentes qui sont basés sur les faits? Les livres des religions monothéistes regorgent d’absurdités et de fables que plusieurs prennent pour la réalité. Mais plus important encore, depuis quand on peut censurer tout en protégeant la liberté d’expression? Ce dilemme cornélien est de la même trempe que l’intelligence militaire et policière ou le concept du clair-obscur. Parce que c’est de cela qu’il s’agit; on veut censurer Internet et les médias sociaux.

    Primo, qui décide de l’intérêt public? Qu’est que c’est l’information d’intérêt public? On voit tout de suite tous les régimes théocratiques et les dictatures se frotter les mains et espérer de tels changements.

    Secundo, on pense qu’on peut assujettir des multinationales intercontinentales. Les pays n’ont pas juridiction sur les autres, certainement pas sur les dictatures qui pleuvent partout sur la planète.

    Tertio, une nouvelle sainte Inquisition de la censure qui réglementerait l’intérêt public? C’est une forme polie pour dire censure afin que tous prient à l’autel de la rectitude politique. Aucune dissension ou critique n’est permise, surtout religieuse.

    Quarto, un tribunal électronique ou bien une sainte Inquisition électronique? Lorsqu’on parle de tribunal, on parle déjà de censure.

    Quinto, c’est la seule remarque qui est palpable; rendre transparent les algorithmes et protéger les données personnelles de leurs utilisateurs. Mais c’est impossible puisqu’il s’agit de multinationales qui ne sont pas régit par aucune loi d’un pays spécifique. Pensez à la Chine ou à la Russie pour un instant. Eux aussi utilisent les données personnelles de leurs citoyens pour des fins obscures.

    Demum, si on commencer à retirer les contenus qui ne font pas plaisir à certains, eh bien, il n’y restera plus grand-chose. Et surtout, sur quel critère devra-t-on opérer?

    Non merci, on passe.

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 janvier 2021 08 h 47

    Mensonge, contrôle et propagande

    Votre propre intervention sent la manipulation et la campagne de relations publiques coordonnées. Hier, c'est un autre organisme que l'on citait dans un article du Devoir : « Les récents événements aux États-Unis ont amené les Canadiens à se pencher sur la montée de l’extrémisme et des discours haineux sur les plateformes de médias sociaux telles que Facebook, Twitter et YouTube », soutenait lundi la Fondation canadienne des relations raciales»
    Vous semblez déjà avoir une solution, un objectif et vous cherchez la fin qui permettrait de justifier la censure.

    Il suffit par exemple de s'informer au sujet du Projet Veritas, un organisme qui surveille les médias (qui devraient eux-mêmes surveiller les centres de pouvoir, au lieu d'en être les relais) pour constater que ce dernier a été l'objet d'articles malveillants de la part du New York Times. Des millions d'usagers ont alors pu constater que les «vérificateurs» sur les réseaux sociaux citaient des «autorités» comme le USA Today, qui citait lui-même le NYT contre Projet Veritas, pour ensuite affirmer que l'info vérifiée était fausse, ici des preuves de fraude électorale dans l'élection du 3 novembre aux États-Unis. Or, de l'aveu même des avocats du NYT, poursuivi pour diffamation par Projet Veritas, l'article du NYT contenait des erreurs et la journaliste couvrant l'affaire s'était informée sur Wikipédia...). Le NYT conteste la diffamation, mais reconnait les manquements déontologiques graves.

    Qui nous protège de la désinformation médiatique et étatique? Ainsi on parle constamment de la haine, les événements du 6 janvier servant de prétexte alors même que l'on ne couvre pas du tout la censure des créateurs de contenu.

    En ne parlant que de la haine, on croira que la «purge» est justifiée et que seuls les complotistes et les haineux sont évincés, mais on ne pourra savoir que c'est au contraire des gens qui font de l'investigation plus sérieuse que dans les médias que l'on évince.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 janvier 2021 12 h 28

      M. Gill, je vous ai posé la question suivante: les démocrates ont-ils volé l'Élection. Oui ou non? J'attends encore votre réponse.
      Autre question que je vous ai posée, dont j'attends la réponse: les deux appels téléphoniques de Trump au responsable des élections en Géorgie, c'est correct?SVP me répondre dans un message le plus court possible.

      D'autre part, vous intervenez régulièrement, dans ces forums, ce qui est très correct. Ne serait-il pas souhaitable que vous transformiez "l'inscrit" en * l'abonné*? C'est la dernière fois que je vous fais cette remarque. Sans abonnés, ce journal devra faire comme La Presse et se transformer en OSBL...ou disparaître!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 janvier 2021 14 h 57

      M. Gill, quant à y être! Je suis d'accord que Trump devrait être *impeaché* en raison de ce qui s'est passé le 6 janvier dernier.Surtout pcq, il était président des USA et que son rôle FONDAMENTAL consistait: 1- à protéger la démocratie(finalisation des résultats électoraux, à l'intérieur du Capitole) 2- à voir à protéger les lieux physiques et les personnes à l'intérieur du Capitole.Brièvement, où vous situez-vous là-dessus?

      Je ne vous demande pas un cours sur les communications et/ou sur les médias; simplement une opinion brève svp.

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 27 janvier 2021 09 h 10

    Tuer le messager : l'exemple du Russiagate

    Dans la foulée du Russiagate, un vlogueur montréalais très compétent, avocat, analyse la très complexe affaire Micheal Flynn. Des heures de vidéos ont été produites sur le sujet, sur YouTube. Or, le Devoir a à peine parlé de Micheal Flynn, mais n'a pas manqué de couvrir sa démission.

    C'est la même chose avec le «Russiagate» alors que de nombreuses dépêches de l'AFP et des chroniques de François Brousseau laissaient croire que Trump était «L'homme des Russes», c'était même le titre de l'une de ses chroniques. Ce genre de fabrication a été encouragée par MSNBC et CNN. Pourtant, Aaron Maté a bien pris la peine d'exposer, en utilisant les transcriptions officielles des témoignages devant un comité du Congrès, dans la presse, combien c'était ridicule. Laisser croire et encourager, laisser des politiciens mentir à heure de grande écoute, pour construire le récit que le président et son équipe ont fait de la collusion avec un «ennemi», ça revient à faire croire que ce sont des traitres. Voilà qui est très grave. N'est-ce pas de la propagande haineuse?

    Quel lien entre cette campagne permanente, en faisant croire à l'audimat et au lectorat que Trump et son électorat sont des racistes et des fascistes, et les événements du 6 janvier? Alors que la presse couvrait, avec les manifs contre Trump, dès le jour un, une Madonna qui désirait faire exploser la Maison-Blanche, alors qu'on a dit qu'il est correct de «frapper dans la face un adversaire», aux nouvelles ou lors des Oscars, alors que Pelosi affirmait sur Twitter que l'élection de 2016 «était rigged», alors que les manifs BLM étaient violentes, avec des morts et parfois des quadrilatères en feu, alors que Kamala Harris a affirmé en ondes que ces manifs devaient continuer, où était l'indignation?

    On a le culot de prétendre que «les complotistes» se réfugient dans les sites alternatifs alors qu'on censure des vlogueurs parfaitement légitimes. Ici, on profite de la pandémie pour organiser la censure.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 janvier 2021 16 h 55

      M.Gill écrit:"Pelosi affirmait que l'élection de 2016 *était rigged*". Pis après? Les démocrates n'ont pas perturbé la passation des pouvoirs; au contraire, ils ont collaboré.Ce que Trump et cie n'ont pas fait. Obama a collaboré de façon exemplaire!

      M. Gill, je crois toujours que le référendum, ici, a été volé, en 1995.Mais, moi et les autres indépendantistes, nous sommes entrés dans le rang.

  • Denis Drapeau - Inscrit 27 janvier 2021 09 h 17

    Ainsi naît la censure

    «au nom de l’intérêt public» Concept élastique et vague.

    «modération des contenus» ???

    «protéger les Canadiens des préjudices». "Préjudice", Ho boy ! Il est facile de dire que la parole d'autruit nous cause préjudice. Les entichés du repenti et de la victimisation vont s’engouffrer dans ce concept fourre-tout. Depuis quand la société doit-elle devenir un "safe space" ?

    «agir de manière responsable» Mais encore!

    Et la cerise sur le sundae … «retrait de contenu de la part des plateformes, (…) pour toute publication qui représente une menace pour la santé ou la sécurité des personnes visées.»

    Si je dis que les cigarettiers sont responsables de plusieurs morts ou que les vacanciers qui reviennent du sud, ou pire de l’Angleterre, constituent un risque pour la santé et sécurité de nos ainés, le cigarettier ou un vacancier concerné pourraient-il demander le retrait du contenu les concernant? En effet, il est toujours possible qu’un hurluberlu puisse vouloir s’en prendre à eux. Le risque est potentiel certes mais une menace, par définition, c’est toujours potentiel. Faudra-t-il établir un pourcentage de probabilité du risque?

    C’est avec des concepts aussi flous et oiseux que naît la censure et c’est dans ce terroir fertile en débats juridiques interminables qu’elle grandira.

    Commençons donc par interdire l’accès à toutes plateformes aux internautes anonymes en exigeant que l’on s’y exprime sous son vrai nom et être retraçable. Il n’y a rien comme l’imputabilité pour « réduire le tort » sur Internet. Au faite, qu’elle est ce «tort» que l’on pourchasse et veut réduire ? Autre concept évasif, s’il en est.