Questions d’éthique

«Si nos soins de santé sont organisés en fonction d’une définition bien étroite de ce qu’est la santé, il n’est pas étonnant que la question éthique à laquelle notre société se trouve confrontée soit elle aussi réduite à cette peau de chagrin:
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Si nos soins de santé sont organisés en fonction d’une définition bien étroite de ce qu’est la santé, il n’est pas étonnant que la question éthique à laquelle notre société se trouve confrontée soit elle aussi réduite à cette peau de chagrin: "Qui doit-on choisir de soigner ?"», croit l'autrice.

Comment, dans un pays riche et moderne comme le nôtre, en sommes-nous arrivés à devoir choisir quelle vie humaine vaut plus qu’une autre d’être sauvée ? Cette nouvelle tragédie s’ajoute à la pandémie qui noircit nos quotidiens depuis près d’un an.

C’est peut-être qu’à force de faire l’économie des questions éthiques, à force de fermer les yeux sur les iniquités engendrées par nos façons de concevoir le développement et la modernité, à force de ne pas agir pour gérer une meilleure distribution de la richesse, la gravité de la situation nous éclate en plein visage.

Ça fait longtemps que ces choix éthiques ont été faits. Cela fait longtemps que les vies humaines n’ont pas le même poids aux yeux des gouvernements sans que les critères qui motivent leurs choix aient fait l’objet d’un débat public. Cela fait longtemps que les chances de réussite ne sont pas les mêmes selon le quartier où on voit le jour, que les chances de vivre plus longtemps ont à voir avec le lieu où on grandit. Cela fait longtemps que rien n’est fait pour empêcher que d’aucuns s’enrichissent à outrance alors que d’autres s’enlisent dans la pauvreté et vont grossir le nombre de personnes qui sont obligées de faire la file devant les banques alimentaires pour survivre.

Depuis longtemps

Autrement dit, ces questions éthiques que l’on met en lumière aujourd’hui sont les mêmes qui se posent depuis longtemps et pour lesquelles nos gouvernements ont déjà fait des choix. Ils ont déjà choisi en faveur de certaines personnes quand ils prétextent la complexité de la situation pour laisser des sommes qui pourraient servir à développer les services publics s’envoler dans des paradis fiscaux. Quand ils choisissent de hiérarchiser à outrance les salaires des personnes qui travaillent dans nos hôpitaux, donnant généreusement du côté des médecins spécialistes et refusant de rémunérer à leur juste valeur les autres membres du personnel des établissements de santé, dont les infirmières, pourtant au cœur de la dispensation des soins, ils prennent parti en faveur de certaines personnes au détriment des autres.

Les choix qu’il reste à faire sont assujettis aux choix qui ont déjà été faits, car ce sont les personnes qui ont grandi et qui vivent encore dans des situations de pauvreté, les personnes dont les conditions de travail ont fragilisé la santé qui auront le moins de chances de tirer le bon numéro lorsqu’il faudra déterminer qui soigner.

Si nos soins de santé sont organisés en fonction d’une définition bien étroite de ce qu’est la santé, il n’est pas étonnant que la question éthique à laquelle notre société se trouve confrontée soit elle aussi réduite à cette peau de chagrin : « Qui doit-on choisir de soigner ? »

Pour sortir de ce long tunnel dans lequel on nous a confinés, outre cette pandémie, notre conception à courte vue du développement humain et social, la véritable question qu’il convient de se poser est « Comment en est-on arrivé là ? », ce qui implique que nous nous demandions comment en sortir.

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