​Point de vue: un voyage au sein de la pandémie

«La question principale qui se pose désormais porte sur les changements à opérer pour éviter une répétition de cette terrible expérience ou, tout au moins, pour se donner les moyens d’en atténuer les effets», affirme l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «La question principale qui se pose désormais porte sur les changements à opérer pour éviter une répétition de cette terrible expérience ou, tout au moins, pour se donner les moyens d’en atténuer les effets», affirme l'auteur.

La crise qui sévit parmi nous depuis bientôt un an va immanquablement marquer pour longtemps notre société, y compris notre imaginaire, et tout spécialement celui des enfants.

Il s’agit en effet d’un phénomène immense, pluridimensionnel, complexe et mouvant. La façon dont il a été géré par nos dirigeants a changé, elle aussi, sans parler des moments d’incertitude et d’hésitation que nous avons tous pu observer. De même, les réactions de la population ont évolué, passant de la solidarité et de la discipline à une sorte d’usure et d’impatience allant parfois jusqu’à la délinquance. Et encore, selon toute vraisemblance, nous sommes toujours loin de la fin du drame — certains spécialistes ne parlent-ils pas déjà d’une troisième vague ?

La question principale qui se pose désormais porte sur les changements à opérer pour éviter une répétition de cette terrible expérience ou, tout au moins, pour se donner les moyens d’en atténuer les effets. Cela signifie que, dans un premier temps et de toute urgence, il faudra consacrer des ressources importantes à la recherche scientifique sur les pandémies de manière à ce que, en cas de récidive, nous soyons mieux armés pour déceler leurs signes avant-coureurs, pour mieux les prévenir et mieux les combattre.

Sur ce plan, le Québec est favorisé. Nos universités et nos centres de recherche comptent de nombreux spécialistes de grande qualité dans tous les domaines concernés. Ces derniers constituent un large éventail qui recouvre les différentes façons dont notre société a été affectée. C’est d’abord la dimension biologique et médicale, bien sûr. On ne sait jamais d’avance comment un nouveau virus va se comporter, où ni comment il va frapper, ni comment enrayer sa diffusion. L’organisation et la planification des soins sont une autre dimension névralgique, comme nous avons pu le voir à la lumière des nombreuses carences de notre système de santé.

Il y a ensuite l’aspect social (les inégalités, les rapports sociaux, les effets de la vie en confinement), la dimension économique (la réorientation de la production, le sort des entreprises, les aléas de l’emploi, les formes du travail), la dimension culturelle (les peurs, les perceptions, le scepticisme, les contre-vérités). Enfin, il y a tout le domaine des communications, des « messages » diffusés par le gouvernement, les médias, les réseaux sociaux et la rumeur.

Dans ce contexte, on voit déjà apparaître des résultats de travaux qui révèlent des problèmes pressants, des terrains où l’État devra intervenir en priorité. Parmi ceux-là, il y a l’accroissement de la pauvreté, le chômage au sein des jeunes qui s’apprêtaient à entrer sur le marché du travail et les effets du confinement sur la vie familiale (les tensions, la violence contre les femmes, les traumatismes chez les enfants).

En rapport avec ce qui précède, je crois particulièrement important de souligner une initiative très heureuse prise par l’École de technologie supérieure de Montréal (ETS). Grâce à une subvention de la Fondation Jarislowsky, cette institution organise pour l’hiver prochain une série de séminaires sur le thème Leadership et responsabilité collective. Les activités, qui s’étendront sur quatre mois, proposeront une sorte de parcours autour et au sein de la pandémie. Toutes les dimensions signalées plus haut seront explorées par des spécialistes choisis parmi les meilleurs au Québec.

Il s’agira du premier effort de réflexion scientifique sur l’ensemble de la COVID-19 et des bouleversements qu’elle a causés dans notre population. Les séminaires (assortis de deux grandes conférences publiques) commenceront le 16 janvier. Ils sont destinés d’abord au personnel étudiant de l’ETS, mais ils seront aussi accessibles sans frais, en virtuel, au grand public. J’ai eu le bonheur d’être invité par l’ETS à assumer la responsabilité de ce programme interdisciplinaire et d’en concevoir le contenu (avec l’aide précieuse de quelques collègues).

On s’étonnera peut-être que cette initiative vienne d’une école de génie. C’est précisément l’originalité de l’ETS : viser à former des ingénieurs informés des problèmes sociaux, conscients de leurs responsabilités collectives et capables d’agir comme citoyens. C’est pour cette raison aussi que l’École a pensé à un sociologue pour prendre en charge les activités. Cela dit, c’est surtout la parole des experts au programme que l’on entendra.

Cette initiative est un premier essai de réflexion globale sur la pandémie au Québec. Il devra donc composer avec quelques risques. Il survient à un moment où la crise traverse une nouvelle phase qui ne sera peut-être pas la dernière, il est fort possible que son impact change de forme en cours de route comme cela est arrivé depuis mars 2020, et d’autres difficultés (liées, par exemple, à la vaccination) peuvent surgir dans les mois qui viennent. En plus, les données empiriques nécessaires à un éclairage en profondeur sont encore préliminaires dans plusieurs cas.

Enfin, il sera trop tôt sans doute pour produire une véritable vision synthèse qui conjuguera toutes les dimensions abordées. Cela dit, les spécialistes qui interviendront possèdent une solide expérience dans leur domaine. Ils sauront tirer le meilleur parti possible de l’état présent des connaissances.

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