S’inspirer de la gestion de crise pour construire l’avenir

Les campagnes publicitaires des gouvernements du Québec et du Canada concernant la pandémie de COVID-19 ont été bénéfiques aux médias imprimés.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les campagnes publicitaires des gouvernements du Québec et du Canada concernant la pandémie de COVID-19 ont été bénéfiques aux médias imprimés.

Le 28 août 2019, Le Devoir, représenté par son directeur, Brian Myles, et son président du conseil, André Ryan, présentait son rapport et ses recommandations à la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information. La commission a rendu public récemment son rapport, appuyé par les quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale. Le Devoir fait siennes les recommandations de la commission dans son ensemble. Il invite le gouvernement du Québec à leur donner suite et à poursuivre en particulier la bonne habitude qu’il a prise, depuis le début de la crise sanitaire, de favoriser les médias communautaires, locaux et nationaux pour ses campagnes publicitaires.

Pour une fois, les GAFAM n’ont pas récolté la part du lion, et les campagnes sur la prévention et le respect des consignes de santé ont été tout aussi efficaces. Les revenus qui en découlent ont par ailleurs permis aux médias de préserver une relative stabilité et de poursuivre leur mission d’informer le public sur la pandémie et tant d’autres sujets d’importance. En temps de crise, il est plus nécessaire que jamais de compter sur des journalistes de terrain et des médias rigoureux.

Tout comme les membres de la commission, le conseil d’administration du Devoir croit que « les citoyens du Québec méritent des médias et de l’information de qualité, et ce, dans toutes les régions du Québec ».

Nous voyons d’un très bon œil les recommandations visant à ce que le gouvernement et les sociétés d’Étataugmentent une partie importante de leurs investissements publicitaires dans les médias d’ici et qu’ils plafonnent leurs investissements dans les géants numériques. Ces mesures offrent un complément significatif aux différents programmes de crédits d’impôt mis en place depuis 2017 pour soutenir la presse d’information.

Nous constatons aussi les effets bénéfiques du crédit d’impôt de 35 % sur la masse salariale, créé par le gouvernement Legault, qui s’ajoute à celui de 25 % du fédéral. Sur ce socle, Le Devoir a pu élaborer un plan de croissance qui passe notamment par l’embauche d’une douzaine de journalistes additionnels depuis un an et l’augmentation de la quantité et de la diversité des contenus. Depuis les audiences de la commission, en août 2019, le déploiement de ces programmes a permis d’assainir la situation de plusieurs médias. Comme le dit la commission, leur maintien sur une base permanente doit être assuré.

Équité et transparence

Toutefois, les titulaires de charges publiques devront faire preuve de vigilance et donner des directives claires aux ministères, sociétés d’État et agences de publicité qui gèrent le placement publicitaire au nom du gouvernement. Nous l’avions affirmé devant les membres de la commission et nous le réitérons : la publicité gouvernementale, puisée à même les fonds publics, doit être répartie d’une manière équitable entre les différents médias d’information. Si ce n’est pas le cas, les médias à grande portée seront toujours avantagés au détriment des médias plus nichés ou cantonnés à un marché local, ce qui contribuera à accentuer les disparités de traitement et l’iniquité que les députés de toutes les formations ont voulu combattre.

Nous avions aussi insisté sur l’importance de la transparence et de la reddition de comptes, à la fois pour les médias qui bénéficient des mesures de soutien fiscal et pour le gouvernement qui gère les fonds publics. À ce chapitre, nous croyons toujours que le gouvernement devrait retenir les avenues suivantes, parfaitement cohérentes avec les recommandations de la commission :

La création d’un registre public recensant les aides aux médias ;

La publication d’un rapport annuel sur les investissements publicitaires des organismes publics nommant les entreprises québécoises et étrangères en ayant bénéficié ;

L’adoption de règles visant à assurer que les investissements publicitaires des organismes publics sont faits de manière équitable entre les médias d’un même créneau.

Contribution au recyclage

Les parlementaires ont aussi raison de réclamer une solution durable à l’iniquité de traitement des médias écrits, qui doivent verser une compensation publicitaire et financière pour contribuer aux efforts de récupération et de valorisation des matières résiduelles En 2020, le gouvernement a dû verser des subventions d’urgence de 8 millions de dollars aux médias écrits pour qu’ils puissent s’acquitter de leurs obligations. S’il ne l’avait pas fait, des publications auraient été en proie à de sérieuses difficultés financières.Les travaux de modernisation de la loi sur l’environnement en cours offrent l’occasion de corriger ces lacunes et de revenir à l’ancienne pratique d’exiger des journaux une compensation raisonnable en valeur d’échange publicitaire seulement.

Soutien au Conseil de presse

Les travaux de la commission ont également confirmé que le système d’autoréglementation du journalisme suscite encore un large consensus. Les débats sur la création d’un titre professionnel de journaliste ont été relégués en périphérie. Au cours des dix dernières années, l’absence d’un statut professionnel n’a pas empêché les médias et les journalistes de remplir leur fonction démocratique, en dépit de certaines imperfections. Ces formidables avancées que sont l’adoption d’une loi sur la protection des sources par le gouvernement fédéral et la création de programmes de crédits d’impôt par Québec et Ottawa ont été possibles sans qu’il soit nécessaire de transformer le métier de journaliste en une profession.

Ce système d’autorégulation nécessite l’apport d’un Conseil de presse stable et pérenne qu’une poignée d’entreprises de presse ne peuvent pas être les seules à financer. Tout en rejetant les appels à l’adhésion et à la régulation forcées, nous enjoignons au ministère de la Culture et des Communications de rehausser le financement du Conseil de presse.

Dans la foulée, le ministère pourrait également jouer un rôle accru pour aider les universités et les chaires de recherche à bonifier les études et les données probantes sur la transformation des médias québécois.

Fin des aides ponctuelles

En 2019, la tenue d’une commission parlementaire sur l’avenir des médias s’imposait en raison de leur situation précaire et des iniquités flagrantes provoquées par des interventions directes d’Investissement Québec au soutien du défunt Groupe Capitales Médias par le précédent gouvernement. Nous pouvons nous réjouir que le gouvernement Legault ait privilégié les programmes normés et universels.

Le rapport final de la commission recommande au gouvernement de poursuivre et d’intensifier ses actions pour appuyer les médias. Il reconnaît que les consommateurs « font partie de la solution » et qu’ils soutiennent les médias en choisissant de payer pour des contenus d’information à valeur ajoutée.

Mais lorsqu’il est question des différents modèles d’affaires (propriété unique, coopérative, OBL, OBNL, etc.), le rapport ne va pas jusqu’au bout de sa logique. Il « observe » que le gouvernement ne doit pas favoriser un mode de propriété au détriment d’un autre, mais il n’en fait malheureusement pas une recommandation formelle.

La structure juridique d’un média n’est pas garante de sa propension à contribuer au bien public. Des médias et des salles de rédaction unis dans le respect de l’indépendance éditoriale, de la recherche de l’intérêt public, de la rigueur et de la véracité rendent possible l’accomplissement d’une mission sociale.

Les membres de la commission ont fait un excellent travail. Au gouvernement maintenant de poursuivre le travail qu’il a déjà accompli et d’adopter rapidement les mesures recommandées unanimement.

1 commentaire
  • Jacques Patenaude - Abonné 12 décembre 2020 09 h 23

    mutualiser les sections commnentaires

    Bien heureux que les médias aient enfin ce support et que les GAFAM perdent du terrain pour l'information des citoyens. Cependant il me semble que les médias auraient intérêts à réfléchir à la mutualisation de leur sections commentaires par la création d'une plate-forme commune de commentaires. Ça réduirait l'intérêt pour les média sociaux pour ceux qui veulent partager leurs opinions tout en favorisant la diversité des points de vue, chacun pouvant confronter des opinions provenant de point de vue éditoriaux différents. Ça favoriserait peut-être ainsi la réduction des chambres d'échos de médias GAFAM. Il me semble que compte-tenu que les médias ont déjà de telles sections commentaires ça ne serait pas si complexe de les mutualiser et rien n'empêcherait que chacun conserve un certain contrôle éditorial de sa section. La mutualisation servant surtout à attirer l'attention sur les point-de-vue énoncés dans les autres médias.