Trump, la chute

«Dans son délire mégalomane, Trump croit, pour y avoir fait nommer trois juges, que la Cour suprême des États-Unis est à sa botte et que le plus haut tribunal du pays accueillera sans hésiter sa requête farfelue visant à faire annuler le vote du 3 novembre», mentionne l'auteur.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse «Dans son délire mégalomane, Trump croit, pour y avoir fait nommer trois juges, que la Cour suprême des États-Unis est à sa botte et que le plus haut tribunal du pays accueillera sans hésiter sa requête farfelue visant à faire annuler le vote du 3 novembre», mentionne l'auteur.

En assistant aux pathétiques soubresauts dictatoriaux du président Trump, on ne peut s’empêcher de penser à Downfall (La chute), excellent film inspiré d’un ouvrage de l’historien Joachim Fest et relatant les derniers jours de Hitler et de sa garde rapprochée dans le sinistre bunker du Reich. Son esprit ayant irrémédiablement perdu tout contact avec la réalité, le Führer déchu n’exprime plus que des émotions primaires où la rage se mêle au dépit et à la haine pure, crachant des ordres impossibles à exécuter à des officiers contraints de jouer le jeu jusqu’au dernier instant. Dérangeant. Oppressant.

Dans son délire mégalomane, Trump croit, pour y avoir fait nommer trois juges, que la Cour suprême des États-Unis est à sa botte et que le plus haut tribunal du pays accueillera sans hésiter sa requête farfelue visant à faire annuler le vote du 3 novembre. Comme ça, sans autre preuve que cette affirmation gratuite : « Les élections étaient truquées ! ». Un mensonge qui s’ajoute à la montagne des 25 000 mensonges proférés par Trump depuis quatre ans. Ses chances d’obtenir par la voie judiciaire un second mandat sont nulles. Qu’il le croie malgré tout ne nous étonnera pas. Cet individu vit dans un monde parallèle. Mais que d’autres membres de la famille républicaine continuent en dépit de tout bon sens à le soutenir dépasse l’entendement.

Qui sont ces derniers fidèles ?

Aussi déconnecté que son patron, on peut d’abord nommer l’horrible Rudy Giuliani. L’ex-maire de New York qui fait tout ce qu’il peut pour noircir le peu d’éclat qui pouvait rester de son heure de gloire post-11 septembre 2001. On ne compte plus les absurdités de ses entrevues délirantes. Il se sera surpassé dans les jours ayant suivi l’élection présidentielle, déclarant à Philadelphie qu’il avait entendu parler d’un électeur ayant voté à lui seul 100 000 fois pour les démocrates qui, s’en étonnera-t-on, auraient même fait voter des morts ! Giuliani n’est plus qu’une mauvaise joke, un clown patenté qui a gaspillé ses dernières réserves de crédibilité en farfouillant dans son pantalon, avachi sur un lit de chambre d’hôtel, victime d’un canular de Borat. Et c’est sur les conseils juridiques de Rudy que s’appuie Trump.

À côté de cet illuminé, on a les incontournables « bons soldats » Lindsey Graham et Newt Gingrich. Ces deux extrémistes de droite, on peut comprendre.

Mais s’ajoute, étonnamment, à ce tandem d’indéfectibles trumpistes le sénateur Ted Cruz. Ce même homme que Trump a écrasé jusqu’à plus soif de son mépris et de ses insultes lors de la course républicaine en 2016. Rappelons [...] que Trump a traité Cruz de « plus grand menteur de la politique », de « sale hypocrite ». S’abaissant encore plus dans le salissage, Trump avait même élaboré à l’époque une théorie du complot en insinuant que le père de Ted Cruz (qui avait déjà été photographié en compagnie du tristement célèbre Lee Harvey Oswald) avait peut-être été mêlé (qui sait ?) au complot pour l’assassinat de JFK ! Rien que ça. Achevant de fouler au pied le peu de dignité qui pouvait lui rester, Ted Cruz affiche encore une loyauté sans faille à son chef et le conforte dans son déni de la défaite.

Bien entendu, devoir filial oblige, les deux rejetons, Donald Jr. et Eric, font partie du cercle des loyalistes. Il faudra qu’un psy se penche bientôt, en particulier, sur le cas inquiétant de Donald Jr. Dans son désir freudien de plaire à la figure du père, cet homme multiplie les déclarations où il recule les frontières de la stupidité et où son non-verbal proprement hystérique laisse soupçonner un sérieux trouble d’hyperactivité ou une consommation abusive de substances psychotropes. Un pastiche malaisant du père.

Ajoutons à ces suspects usuels la fille Ivanka et le beau-fils Jared et tout ça a des relents de Vol au-dessus d’un nid de coucou.

Au chapitre des bonnes nouvelles, des républicains prennent déjà leurs distances. Comme le fait déjà Fox News. Jamais l’image des rats qui quittent le navire n’aura connu une si belle incarnation.

Depuis des mois qu’il avait préparé le terrain en semant sans cesse des doutes infondés sur le vote postal, Trump ne surprend ici personne avec ce rejet véhément du triomphe des démocrates. Tous les observateurs politiques s’entendaient pour dire que, advenant une victoire de Biden, Trump crierait à la fraude et ne reconnaîtrait jamais le verdict du peuple américain. La loyauté de l’entourage qui lui reste étant forgée dans la peur, on doute par ailleurs que quiconque osera l’affronter et l’obliger à admettre sa défaite. Un exercice qui serait vain, de toute façon.

À quoi, donc, s’attendre dans les prochaines semaines ? Prédiction personnelle : à encore plus de tweets colériques et désespérés, à encore plus de menaces, à encore plus d’attaques trumpiennes.

Notre homme ne voudra jamais partir. Il n’y a qu’une seule manière d’assurer une transition : faire un « deal » avec Donald. Du moment qu’il croira avoir berné tout le monde avec ce « deal », il quittera enfin la Maison-Blanche. Pas avant.

20 commentaires
  • Michel Asselin - Abonné 9 novembre 2020 07 h 00

    Lecture... alambiquée?

    "... où son non-verbal proprement hystérique..."

  • André Leclerc - Abonné 9 novembre 2020 08 h 43

    L'agrégateur de pouvoirs

    Attention M. Morin de ne pas utiliser les méthodes discutables qu’utilisent les supporters de Trump : insinuations, demi-vérités et jugements plus ou moins fondés. Ce sont les moyens dignes de Trump mais qui ne trouveront pas facilement preneurs chez ceux qui le dénoncent.
    Ceux qui supportent encore l’agrégateur de pouvoirs le font à dessein : ne pas s’aliéner la frange qui a voté Trump, ceux partageant le dogme d’une élection truquée, donc d’un résultat illégitime. Car il y aura un après Trump alors qu’une rancœur demeurera. Plusieurs républicains vont la cultiver jusqu’aux élections de mi-mandat puis celles de 2024. Par calcul il n’est pas question de nier publiquement le droit à papa Trump de vociférer contre la planète entière d’autant plus qu’il reste deux mois et demi avant la perte de ses privilèges présidentiels. Trump peut encore gracier ceux qui l’ont supporté mais il peut aussi causer pas mal de dommages collatéraux d’ici le 20 janvier.
    Si ce n’était pas Trump, son comportement pourrait forcer l’appel du vingt-cinquième amendement pour ses comportements récents. Mais il s’agit de Trump… Qui, chez les Républicains, aura le courage d’invoquer la trappe pour faire taire la frustration de celui qui jaloux de Poutine dans son royaume se voyait président des États-Unis pour deux ou trois mandats quitte à modifier la loi fondamentale?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 novembre 2020 09 h 04

    L'auteur écrit : « "Downfall" (La chute) »

    Pourquoi donner le titre en anglais ? Ce film a été tourné en allemand. Il aurait fallu lire : « "La Chute" ("Der Untergang") ». https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Chute_(film,_2004)

    Hitler y est défendu par le Suisse Bruno Ganz, un de ses grands rôles, doublé merveilleusement en français par Alexis Tomassian.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 13 h 57

      Mieux vaut la version sous-titrée, aussi talentueux M. Tomassian puisse-t-il être. Des historiens experts en représentations audio-visuelles d'Hitler ont été époustouflés par l'interprétation de Bruno Ganz, germanophone qui a aussi très bien su prendre l'accent autrichien. Mais au-delà de l'accent, l'intonation, etc.

      Et ce n'est pas que la caricature que lorsqu'on nous présente la partie seulement exalté de AH, c'est plus complexe que ça.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 9 novembre 2020 15 h 35

      Vous êtes un connaisseur M. Labelle. Je veux bien vous croire.

    • Françoise Labelle - Abonnée 10 novembre 2020 07 h 55

      Le titre de l'article est «Trump, la chute», M.Leblanc.
      Trump est un américain qui ne parle plus la langue de son Großvater, nicht wahr?

  • Jean-Charles Morin - Abonné 9 novembre 2020 12 h 09

    Trop c'est comme pas assez.

    Ce désolant brûlot se résume à un ramassis d'insultes qui s'abaisse au niveau de celui qu'il entend dénoncer.

    Au fil de la lecture, on croirait par bouts entendre vitupérer celui qui entend demeurer locataire de la Maison Blanche même si son bail est en voie d'être résilié. À en juger par les propos exaltés et vitrioliques de ce texte, le style délétère que Donald Trump laisse en héritage déborde largement l’enceinte du parti républicain.

    Tout le monde mérite des critiques civilisées, même ceux qu'on adore détester.

    • Marc Therrien - Abonné 9 novembre 2020 17 h 16

      Je ne sais pas quel genre de pratique du droit exerce l’avocat Michel Morin. Son texte n’y va pas de main morte et procède d’un style semblable aux plaidoiries des avocats de la poursuite ou de la défense qui sont épicées par le pathos, cette méthode de persuasion par l'appel à l'émotion du public, car c’est souvent par les passions que triomphe l’éloquence.

      Marc Therrien

    • Françoise Labelle - Abonnée 10 novembre 2020 07 h 58

      M.Morin,
      si vous donniez des exemples d'insultes, on pourrait vous croire. À titre d'exemples, Je cite votre parent lointain:

      «Trump croit, pour y avoir fait nommer trois juges, que la Cour suprême des États-Unis est à sa botte »
      Trump a été déçu que Neil Gorsuch ne fasse pas preuve de «loyauté» (entendre soumission). Il croit que la nouvelle Coney, nommé in extremis, sera nécessairement à sa botte. Peut-être. Mais elle n'a plus besoin de lui.

      «Giuliani n’est plus qu’une mauvaise joke, un clown patenté»
      Encore une fois, Giuliani a tenté de ramasser des racontars sur le fils Biden alors que Trump faisait pression sur l'Ukraine pour «enquêter» moyennant la livraison de fonds votés par le congrès. Il lance maintenant des accusation, rejetées par les tribunaux parce que non fondées.

      Quant au rapport Trump-Cruz «14 Times Donald Trump and Ted Cruz Insulted Each Other» Time, sept 2016

      «Prédiction personnelle : à encore plus de tweets colériques et désespérés» Rien d'étonnant là, n'est-il pas?
      Etc.

    • Françoise Labelle - Abonnée 10 novembre 2020 08 h 17

      Défense ou poursuite? On ratisse large. À part ça, il y a le juge qui écoute. Il y a bien des avocats au PQ (le chef!) comme à la CAQ.

      Me Morin est avocat, militant athée (muy simpatico!) et auteur de plusieurs livres.
      Il a pratiqué au Bureau des Procureurs de la Cour Municipale de Longueuil en 2003-2004 et au DPCP (Bureau des affaires jeunesse) en 2012.
      «Épicées de pathos»? Dailou?
      Vous trouverez partout des articles sur Don Jr., la coke et la relation avec son père. De même que sur tous les points «épicés» cités par M. Morin. Pour d'autres points, voir ma réponse à un autre Morin.
      «Trump Jr, Bolsonaro Jr … beware the Adult Idiot Sons of unhinged presidents» The Guardian, 2 mai 2018.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 10 novembre 2020 12 h 58

      @Françoise Labelle

      "Si vous donniez des exemples d'insultes, on pourrait vous croire." - Françoise Labelle

      Madame Labelle, vous donnez vous-même dans votre intervention des exemples patents du genre d'insultes et de qualificatifs inacceptables dont s'est servi "l'autre monsieur Morin".

      Vous entreprenez ensuite de justifier ces mêmes insultes en vous efforçant de les faire correspondre à une quelconque réalité: là n'est pas mon propos. Ce n'est pas parce qu'une insulte semble justifiée aux yeux de certains qu'elle devient acceptable au sein du discours.

      Il y a le fond et il y a aussi la forme. Par le ton outrancier qu'il adopte, Michel Morin défigure et discrédite son propos en sombrant dans le pathos et les effets de toge. Vu la formation professionnelle de ce dernier, on peut penser que cela est dû aux réflexes inconscients d'un plaideur compulsif.

    • Françoise Labelle - Abonnée 10 novembre 2020 16 h 37

      M.Morin,
      on ne s'entendra pas.
      Les faits deviennent alternatifs pour vous, voire des insultes puisqu'elles vont à l'encontre des objectifs trumpistes.
      Ex: c'est un fait que Giuliani a rassemblé des données sur le fils Biden pour salir le père et que Barr les a acceptées sans qu'il n'y ait aucune suite. Faussetées donc. C'est un fait que le même Giuliani a prétendu qu'il y avait fraude électorale sans fournir aucune preuve.
      Ça viendra n'en fait pas un fait mais une éventualité: p'tre bin que oui, p'tre bin que non.

      Dès qu'on contredit Trump on est outrancier. Ça s'appelle une religion et le prophète ne s'appelle pas allah.

  • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2020 14 h 16

    Portrait trop impressioniste...

    ...comparaisons discutables et peut-être inflationnistes. De Trump et de son entourage.

    Parmi quelques nuances, son épouse et son gendre, Jahred Kushner, seraient en train de tenter de le convaincre de concéder la défaite.

    Mieux vaut regarder le phénomène Trump et son entourage en soi et si on veut comparer, mieux vaut le comparer à d'autres présidents étasuniens, ou candidats à la présidence, et comment ils ont gracieusement admis la défaite et contribué à assurer une transition harmonieuse. Ça fait plus pommes avec pommes.

    Et je suis loin d'être un partisan de Trump.

    • Françoise Labelle - Abonnée 10 novembre 2020 07 h 30

      M.Morin compare la situation de Trump à celle d'un Hitler assiégé dans son bunker entouré de fidèles prêts à le suivre dans sa chute et conforter sa lecture biaisée de la réalité. En particulier, l’acolyte Giuliani qui est incapable de fournir des exemples de fraude. Alors que d'autres, dont Speer, tentent de faire entendre raison au Führer, comme McConnel, Romney, et plusieurs républicains sensés. Alors que les généraux expliquent à Hitler qu'il est encerclé et que la situation est sans issue, ce dernier s'attache au général Barr vient de lui faire cadeau d'un inquisiteur pour enquêter sur les fraudes imaginaires.
      «Trump termine son madat de la façon dont il l'a commencé: en divisant le parti républicain»
      «Here's what Republicans have said so far about Trump's refusal to concede» Politico, 9 oct, 2020

      «comparaisons discutables»? Lesquelles? «Inflationnistes»? C'est la métaphore d'une personne traquée qui réalise que la réalité ne se plie pas à son fantasme. Lire «Trump improvise». Une métaphore n’est pas un calque de la réalité mais insiste sur certaines similitudes. M.Morin ne dit pas que Trump est Hitler, bien que son appel à la sédition au Michigan ressemble aux tactiques d'intimidation des S.A. d'Hitler (note personnelle). Dans le cas d'Hitler la chute a commencé à l'est. Trump avait admis la possibilité d'une défaite quelques semaines avant l'élection.
      «Peut-être»? On fait du chemin avec ça.