La désinformation au sujet du collège Dawson doit cesser

«L’espace dévolu à un établissement collégial pour y mener ses activités découle d’une capacité d’accueil déterminée en fonction des programmes d’études qu’il est autorisé à offrir», écrit l'auteur.
Photo: Wikimedia Commons «L’espace dévolu à un établissement collégial pour y mener ses activités découle d’une capacité d’accueil déterminée en fonction des programmes d’études qu’il est autorisé à offrir», écrit l'auteur.

Depuis quelques mois déjà, le projet d’agrandissement du collège Dawson fait la manchette depuis les tribunes médiatiques occupées par certains de nos commentateurs politiques les plus en vue. Pour la plupart d’entre eux, ce projet devrait tout simplement être abandonné. Le prétexte : s’il se réalise, ce projet accroîtra la capacité d’accueil d’un établissement déjà fortement attractif auprès des populations étudiantes actuelles, et particulièrement auprès des jeunes francophones voulant accéder à l’enseignement collégial.

Pour ces hérauts de la bien-pensance nationaliste, le soutien de l’État à un tel projet ne constituerait qu’une démission additionnelle dans la lutte épique que le Québec mène pour assurer la survivance du fait français en Amérique. Car, bien sûr, la cause est entendue et jugée : les établissements anglophones, et le collège Dawson, y font figure de proue, constituent un vecteur d’anglicisation de Montréal et, de ce fait, représentent une menace existentielle à la survie du Québec français. Au mieux, ce jugement serait déplorable si, plus fondamentalement, il ne procédait d’une ignorance volontaire des données en jeu.

Déficit d’espace

L’espace dévolu à un établissement collégial pour y mener ses activités découle d’une capacité d’accueil déterminée en fonction des programmes d’études qu’il est autorisé à offrir. […]

Dans le cas du collège Dawson, l’analyse effectuée et confirmée par le ministère en 2014 a permis d’établir un « déficit d’espace » s’élevant à près de 10 000 mètres carrés, et ce, sur la base d’un devis scolaire établi à la fin des années 1990 et situant sa capacité d’accueil à 7075 étudiants. De fait, selon les normes employées par le ministère pour déterminer le besoin d’espaces en relation avec une capacité d’accueil reconnue il y a plus de vingt ans, le collège Dawson est en déficit structurel de près de 10 000 mètres carrés, en faisant le collège le plus densément peuplé du réseau collégial !

Dès lors, un exercice visant à trouver une solution à ce problème a été entrepris, dont la résultante est l’actuel projet d’agrandissement. Mais comprenons bien ! Cet agrandissement constitue d’abord une normalisation des espaces auquel le collège Dawson a droit en vertu des normes en vigueur, en tout respect d’une capacité d’accueil établie il y a presque un quart de siècle. Il s’agit donc davantage d’une récupération que d’un agrandissement, un rattrapage visant à octroyer au collège Dawson ce à quoi tout collège aurait droit en pareilles circonstances. Rien de plus et rien de moins !

Dans son état actuel, le projet du collège Dawson, outre son intention pédagogique innovatrice et audacieuse reliée à la formation dans le domaine des soins de santé, est conçu pour permettre avant tout de combler ce déficit d’espace. Au total, le projet offrira une disponibilité d’espaces additionnels d’environ 9000 mètres carrés.

L’aspect politique

Les considérations développées dans les paragraphes précédents ne suffiront pas à changer la position des détracteurs du collège Dawson, peu s’en faut ! Alors d’affirmer, comme le fait Michel David dans son papier du samedi 17 octobre, « qu’il est clair que le collège Dawson veut s’agrandir pour accueillir plus d’étudiants non anglophones, qui constituent déjà la majorité de ceux qui le fréquentent », cela est d’une navrante mauvaise foi, tant cette affirmation pèche par ignorance des faits les plus élémentaires.

Bon an mal an, la population étudiante du collège Dawson se répartit grosso modo comme suit : 60 % d’étudiants provenant des commissions scolaires anglophones et 40 % provenant des écoles régies par les défuntes commissions scolaires francophones. Parmi ces derniers, il est possible de dénombrer un certain nombre de francophones « de souche » (+/-17 %), alors que le nombre d’étudiants dits « allophones » (enfants de la loi 101) se situe autour de +/-23 %. Soyons clairs ! L’agrandissement du collège Dawson n’a pas pour objectif d’augmenter le nombre d’étudiants le fréquentant.

L’enseignement collégial appartient à l’enseignement supérieur et en tant que tel, il représente un niveau d’enseignement post-obligatoire. En soi, cela vient confirmer que le principe de liberté de choix doit prévaloir. De soutenir que les établissements d’enseignement anglophones comme Dawson sont des vecteurs d’anglicisation de Montréal, qu’ils représentent une menace au fait français en Amérique et qu’il conviendrait d’en restreindre l’accès est, au mieux, d’une surprenante légèreté et, au pire, une campagne délibérée de désinformation.

Je comprends qu’on puisse trouver là un épouvantail à agiter et que cela puisse être utile pour mousser une cause qui en a bien besoin. Cependant, je soumets à tous ces commentateurs et chroniqueurs qu’il peut y avoir bien d’autres facteurs qui poussent à l’utilisation de l’anglais chez les gens de la jeune génération. À titre d’exemple, la fréquentation assidue et continue des podcasts et plateformes numériques comme Netflix, HBO et autres YouTube par ces jeunes pourrait bien être un de ces puissants facteurs.

[…]

Réponse du chroniqueur

Le directeur du collège Dawson modifie son discours selon les circonstances. Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal en juin dernier, il déclarait qu’avec l’agrandissement réclamé, « la capacité d’accueil du collège va être augmentée d’à peu près 800 étudiants ».

« Pour la grande majorité de la population, poursuivait M. Filion, c’est une occasion inespérée parce qu’ils ne peuvent pas se payer des camps de vacances en immersion en anglais en Ontario ou dans le nord des États-Unis, ils n’ont pas d’argent pour ça. Il faut penser à l’étudiant là-dedans. » De toute évidence, il ne pensait pas à des étudiants anglophones.

Aujourd’hui, il écrit : « Soyons clairs, l’agrandissement du collège Dawson n’a pas pour objectif d’augmenter le nombre d’étudiants le fréquentant. » Lequel de nous deux est d’une « navrante mauvaise foi » ?

Michel David

22 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 22 octobre 2020 05 h 02

    Avec les précisions de M. David, il ressort que M. Filion s'est mis les pieds dans les plats en disant un jour une chose et le lendemain une autre.

  • Jean Lacoursière - Abonné 22 octobre 2020 05 h 58

    Quel faible plaidoyer ! Quelle mauvaise foi !

    S'il manque d'espace, que l'État oblige ce collège à réduire son nombre d'étudiants provenant des (défuntes) commissions scolaires francophones.

    L'argumentaire de ce monsieur fait pitié. Un affairiste à la barre.

    • Michel Héroux - Abonné 22 octobre 2020 09 h 53

      Vous avez pour le moins une très étrange concetion du rôle de l'État dans votre commentaire. « que l'État oblige ce collège à réduire son nombre d'étudiants... » écrivez-vous. J'ai presqu'envie d'ajouter « Achtung ! ». Nous sommes en principe une société libre et ce que vous proposez est une société davantage encarcanée. On n'ira pas loin avec de pareilles vues.

    • Jean Lacoursière - Abonné 22 octobre 2020 18 h 39

      J'ai presque envie d'ajouter:

      « Libarté, stie. » - Michel Héroux

  • Martin Villeneuve - Abonné 22 octobre 2020 07 h 14

    La cohérence : un argument pourtant porteur...

    Merci M. David pour cette juste part des choses. Très bons points que vous avez soulevez.
    De plus en matière de cours de langue seconde - l'été qui plus est, me semble t-il que ce n'est pas à cette période de l'année qu'il doit y avoir un manque de locaux de classe!!!
    Et que dire de l'enseignement à distance qui semble s'imposer à vitesse grand V avec COVID...
    Autre question: est-ce que la capacité d'accueil des autres établissements est à ce point saturée?
    Et M. Filion, peut-être vaudrait-il la peine de relire vos déclarations passées avant d'en rajouter...

  • Robert Mainville - Abonné 22 octobre 2020 08 h 50

    La loi 101 au collégial

    Les arguties de Monsieur Filion donnent froid dans le dos, tant elles démontrent une insensibilité génocidaire à l'égard de la situation du français dans la région de Montréal.

    D'ailleurs, j'ai retrouvé l'article du JDM dans lequel il est fait mention de l'augmentation de la capacité d'accueil du Cégep Dawson:
    https://www.journaldemontreal.com/2020/06/06/800-etudiants-de-plus-au-college-anglophone-dawson

    La seule solution à ce problème lancinant : qu'on cesse de tergiverser et qu'on étende l'enseignement obligatoire en français jusqu'au niveau collégial.

    Mais avec la CAQ, dont on s'aperçoit un peu plus chaque jour que son nationalisme est purement homéopathique, il ne faudra pas s'attendre à une démonstration de courage de ce côté-là.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 22 octobre 2020 09 h 05

    Ce n'est pas de la mauvaise foi mais carrément un mensonge.