Le pont de Québec et le Manège militaire, même combat?

«Comme le Manège militaire, le pont de Québec représente l’âme historique de la capitale nationale du Québec», pense l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Comme le Manège militaire, le pont de Québec représente l’âme historique de la capitale nationale du Québec», pense l'auteur.

L’avenir du pont de Québec ressemble à s’y méprendre à celui du Manège militaire de la Grande Allée. Un souvenir me vient en tête, celui d’un combat inégal pour protéger et entretenir des œuvres historiques patrimoniales. Ayant présidé les audiences publiques pour la reconstruction du Manège militaire de la Grande Allée à Québec en 2009, je me souviens de la résistance du ministère de la Défense à investir 100 millions pour rebâtir ce joyau architectural, voisin de l’Assemblée nationale. Selon le commandant du régiment des voltigeurs de l’époque, l’armée préférait investir dans des hélicoptères, dans le contexte d’un déploiement des troupes en Afghanistan.

J’ai dû sortir publiquement plusieurs fois dans les médias afin de faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il accepte enfin d’investir dans ce joyau patrimonial. Qui s’en plaindrait aujourd’hui ? Le Manège militaire, lieu historique national est le seul bâtiment de style château français en Amérique du Nord. De plus, sa reconstruction a permis au grand public d’y avoir enfin accès, ce qui fut demandé lors des consultations publiques. Il a fallu attendre plus de 10 ans pour que sa reconstruction soit enfin achevée en 2018.

Le même scénario semble se dessiner pour le pont de Québec. En effet, depuis quelques jours, nous apprenons à petites doses dans les médias le contenu du rapport d’Yvon Charest mandaté par le gouvernement fédéral avant la dernière élection afin de réfléchir à une « voie de passage » pour l’entretien et la propriété du pont de Québec. En dévoilant en partie son rapport, j’ai l’impression que l’auteur espère ainsi secouer les autorités fédérales et provinciales à investir dans l’entretien du pont de Québec, ce qui selon lui exige un minimum de 694 millions sur 25 ans. Rappelons qu’Yvon Charest a déjà remis son rapport au gouvernement fédéral depuis plusieurs mois, dont la recommandation principale vise à ce que celui-ci en redevienne propriétaire après l’avoir cédé au CN, qui en assure l’entretien « sécuritaire » mais « non esthétique ». Le gouvernement du Québec refusant d’en devenir propriétaire et le CN ne désirant plus l’être.

Depuis plus de 10 ans, Ottawa a perdu non seulement ses poursuites judiciaires face au CN, propriétaire du pont, mais aussi la face, incapable de garantir le financement de l’entretien du pont afin que celui-ci n’ait pas l’air à l’abandon, du moins sur le plan esthétique. Le rapport Charest aurait dû proposer un partage équitable des coûts, mais cela ne semble pas être le cas, dommage ! Je soupçonne que le contexte fédéral préélectoral à venir sera propice à une négociation tripartite afin de régler une fois pour toutes le financement du pont dont le strip-tease sur les coûts d’entretien est devenu un vrai cauchemar. Comme le Manège militaire, le pont de Québec représente l’âme historique de la capitale nationale du Québec. Cette construction centenaire a besoin du soutien de tous les partis politiques municipaux, provinciaux et fédéraux afin de gagner son combat pour sa pérennité. Il s’agit d’une priorité non seulement régionale, provinciale ou nationale, mais aussi une construction digne de faire partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, comme le suggère Yvon Charest.

1 commentaire
  • Léonce Naud - Abonné 23 septembre 2020 17 h 31

    Le Manège militaire dans le bon vieux temps

    Au cours des années '70, trois ou quatre gros canons anglais trônaient encore sur l'esplanade devant le Manège militaire près du trottoir de la Grande-Allée, tous pointés bien entendu en direction des édifices de l'Administration provinciale. À l'époque où Sheila Coops dépensait des millions de dollars de nos taxes pour couvrir le Québec de drapeaux rouges, ses affidés portèrent même le ridicule jusqu'à installer un kiosque de propagande entre deux de ces canons. Intéressante symbolique...

    À Québec, les milieux du patrimoine s'intéressent de près à l'architecture du Manège, ce qui n'est que vertu, mais personne n'a jamais osé examiner de près, avec un oeil de militaire, la nature réelle de ce bâtiment et les fins pour lesquelles il a été érigé à cet endroit. « Que voulez-vous ? », dirait le Cacique de Shawinigan.