Restaurer la santé publique, une priorité majeure

«Le succès actuel de la santé publique tient à la confiance que nous lui accordons pour assurer notre protection face à l’ennemi invisible», pensent les auteurs.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le succès actuel de la santé publique tient à la confiance que nous lui accordons pour assurer notre protection face à l’ennemi invisible», pensent les auteurs.

La santé publique est à l’avant‐scène depuis quelques mois et elle semble dicter le fonctionnement de notre société. Elle fait jeu égal avec l’économie et paraît même avoir en ce moment une légère préséance. Quasiment à l’unanimité, toutes les constituantes de notre société en appellent à un rôle accru de l’État. Le succès actuel de la santé publique tient à la confiance que nous lui accordons pour assurer notre protection face à l’ennemi invisible.

Si sa fonction de protection contre le risque infectieux mobilise toute la société aujourd’hui, il ne faut surtout pas oublier qu’une autre crise plus insidieuse et dévastatrice est en évolution depuis plusieurs années. En effet, le fardeau des maladies chroniques et des inégalités sociales de santé dans une population vieillissante menace non seulement la durabilité du système de santé et des services sociaux, mais aussi le développement socio-économique viable de la société.

La santé publique, c’est aussi la surveillance des facteurs qui influencent l’évolution de la santé et du bien‐être des individus, la prévention qui informe la population et offre des services pour réduire les risques pour la santé, la promotion de la santé qui soutient les acteurs communautaires et socio-économiques pour que les collectivités fassent les meilleurs choix pour la sécurité et la santé. La santé publique doit pouvoir jouer un rôle plus important comme vecteur fondamental de justice sociale, de prospérité et de bien‐ être.

Jadis réputée, la santé publique au Québec se porte mal. Elle a subi les contrecoups d’une perte de ressources majeure et d’une réorganisation des services de santé et sociaux qui l’a noyée dans les CISSS et les CIUSSS. Il faut des drames pour s’apercevoir que la protection de la jeunesse, la santé mentale, les services à domicile et la prise en charge des aînés sont négligés.

Des crises comme la pandémie que nous traversons doivent émerger des apprentissages nouveaux. Sur la base de l’expérience vécue, on pourra améliorer le fonctionnement des services de santé et des services sociaux pour faire face à une possible deuxième vague et à des situations semblables dans le futur. Parmi les leçons à tirer, la restauration de la santé publique constitue une priorité majeure non seulement face à d’éventuelles autres épidémies, mais surtout pour diminuer le fardeau de la maladie et des inégalités sociales sur la société. Les prochaines semaines doivent permettre de faire le point sur l’état des lieux et de convenir des changements à implanter pour prendre en compte la santé dans toutes les politiques gouvernementales.

Des changements à implanter

Parmi les principaux éléments à considérer, il faut inclure en priorité : 1) la définition plus large de la santé publique sur une base multidisciplinaire et intersectorielle et s’appuyant sur un leadership renouvelé ; 2) la gouvernance du système de santé publique sur les plans national, régional et local ; 3) les interfaces de la santé publique et du système de soins comme enjeu crucial de la prévention ; 4) la capacité de gérer les données pertinentes à la santé de la population en temps réel et de façon intégrée pour une santé publique agile et modernisée ; 5) les ressources humaines et financières suffisantes pour soutenir l’amélioration continue et l’innovation ; 6) la perspective et les priorités des citoyens.

Le groupe initial de chercheurs et d’acteurs qui cosignent cette lettre s’engage dans une action mobilisatrice pour mieux analyser et documenter les défis que la santé publique doit relever pour se renouveler. Une première analyse plus détaillée de ces enjeux paraîtra dans la Revue canadienne de santé publique et leur approfondissement sera l’occasion d’élargir la base de ce groupe et de mener les bilans et actions qui s’imposent. Il faut la volonté des pouvoirs publics d’agir maintenant. Il serait impardonnable de manquer cette occasion pour notre avenir individuel et collectif.

* Lettre appuyée par : Thomas Bastien, Association pour la santé publique du Québec ; Jean Louis Denis, CRC Design et adaptation des systèmes de santé École de santé publique, Université de Montréal ; Lise Gauvin, École de santé publique, Université de Montréal Ak’ingabe Guyon, École de santé publique, Université de Montréal ; Amélie Quesnel‐Vallée, CRC Politiques et inégalités de santé, Université McGill ; David Martin‐Millot, Faculté de médecine, Université de Sherbrooke ; Réal Morin, CHU de Québec, Université Laval ; Louise Potvin, CRC Approches communautaires et inégalités de santé, École de santé publique, Université de Montréal.

12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 18 septembre 2020 07 h 55

    Avec plus de 685 décès par million de population dont presque 2 000 à Montréal et 1 500 à Laval, elle est où votre crédibilité, elle est où ?

    Cette lettre retiendrait plus d'intérêt si elle ne venait pas des gens qui ont tout intérêt à mousser leur système bureaucratique et leurs budgets. La Santé publique serait aussi plus crédible si elle ne conjuguait pas avec les politiciens et était à leur service. Enfin, reconduire Horacio Arruda pour un autre mandat alors que la Santé publique au Québec a failli lamentablement à la tâche, eh bien, c’est une insulte pour tous ceux qui ont perdu un être cher durant cette pandémie qu’ils n’ont pas pu visiter, faire leur deuil et que plusieurs de nos bâtisseurs du Québec sont morts dans des conditions inimaginables.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 septembre 2020 11 h 05

      Vous avez tout compris.Cela s'inscrit dans un vaste complot connu de tous et dont personne n'ose parler. Heureusement qu'il y a des gens pour nous tenir en alerte et pour nous divertir. Même ici.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 septembre 2020 11 h 14

      Oui, les philosophes de tous crins sont toujours là au poste. Mais en fait, que contribuent-ils à la société à part de téter les mamelles de l'état?

      Ceci dit, rien de plus comique que de voir des étudiants en philosophie qui retournent, s'ils sont chanceux, à la même université pour enseigner ce qu'ils avaient appris. Sinon, ce sera : « vous voulez des frites avec ça? »

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 septembre 2020 12 h 46

      @Cyril Dionne,

      "Cette lettre retiendrait plus d'intérêt si elle ne venait pas des gens qui ont tout intérêt à mousser leur système bureaucratique.." - Cyril Dionne

      Il est certain que cette bande de sur-diplômés universitaires déjà très bien payés, n'est qu'une obscure organisation souterraine n'ayant pour objectif de mettre leur crédibilité professionnel en péril pour quelque dollars de plus.

      Ceci dit, le premier facteur responsable des décès dans les CHSLD, n'est pas la Santé publique, mais les directives gouvernementales et les décrets ministériels, qui, par exemple, ont monopolisés le matériel médical dans des urgences vides; interdits le transfert des patients des CHSLD dans les hôpitaux et autorisé la rotations du personnel en CHSLD.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 septembre 2020 15 h 17

      Cher M. Montmarquette, c'est la Santé publique qui a le dernier mot en ce qui concerne la santé de tous. En d'autres mots, leurs décrets surpassent ceux des ministres en temps de crise sanitaire puisque ce sont eux qui ont l’expertise. Disons poliment qu'ils n'ont pas été à la hauteur de leurs responsabilités. La responsabilité des gouvernements dans tout cela, c’est de les avoir garder les enfants pauvres du système de santé, négliger les CHSLD sans occulter évidemment, la bureaucratie syndicale. Une bonne enquête indépendante en bonne et due forme pourrait faire la lumière sur ce triste épisode.

      En passant, pour le matériel médical, comme les masques, blouses etc., eh bien c'est la Santé publique qui en détient la responsabilité pour s’assurer que nous sommes prêts à une éventualité de crise pandémique. En plus, cela n'a pas aidé de recruter des gens qui venaient juste de traverser illégalement le chemin de Roxham qui n'étaient pas formés, n'avaient aucune expérience ou éducation dans le domaine, ne pouvaient pas communiquer convenablement avec les patients à cause d’un biais culturel et langagier en plus d'être probablement contaminés venant de New York, le point le plus chaud de la planète en ce qui concernait le coronavirus au printemps 2020. Ces anges gardiens risquent d’avoir été des anges de la mort sans le savoir.

    • Marc Therrien - Abonné 18 septembre 2020 15 h 34

      M. Dionne,

      De quoi pensez-vous que le principe de précaution relève? Et oui, il est la conséquence effective d’une très antique vertu, la prudence dont la compréhension la plus aboutie nous vient d’Aristote, philosophe mort et enterré depuis très longtemps, mais dont beaucoup de ses idées et principes vous habitent et dirigent votre vie sans que vous vous en rendiez compte.

      Marc Therrien

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 septembre 2020 17 h 28

      C'est le MINISTÈRE de la santé de la santé qui détermine où sont assigné le personnel et qui équipements.

      Le 14 mars 2020, en vertu de la Loi sur la santé publique.. le gouvernement provincial a déclaré une urgence sanitaire dans le cadre de la LSP, il peut exercer des pouvoirs importants pour protéger la population et atténuer l'impact de la pandémie...

      Une fois l'état d'urgence déclaré, la LSC habilite LE PREMIER MINISTRE et les autres MINISTRES à exercer les pouvoirs spécifiés dans la Loi. Pendant que l'état d'urgence est en vigueur, le GOUVERNEMENT ou tout MINISTRE habilité à agir à la suite de la déclaration de l'état d'urgence, peut, entre autres, sans délai et sans formalité :

      « ordonner la fermeture d’établissements dans le territoire concerné » (art. 93(2));
      « contrôler l’accès aux voies de circulation ou au territoire concerné ou les soumettre à des règles particulières » (art. 93(3));
      « REQUÉRIR l’aide de toute PERSONNE en mesure d’assister les effectifs déployés » (art. 93(8));
      « RATIONNER les biens et services de première nécessité et établir des priorités d’approvisionnement » (art. 93(11));
      « avoir accès à tout lieu nécessaire pour l’exécution d’un ordre donné en vertu du présent article » (art. 93(12));
      « faire les dépenses et conclure les contrats qu’il juge nécessaires » (art. 93(13));
      « prendre la décision de mettre en œuvre, pour le territoire concerné, les programmes d’assistance financière visés à l’article 100 » (art. 93(14)).
      En plus de ces pouvoirs et d'autres pouvoirs spécifiés, l'article 93 de la LSC comprend une « clause omnibus » qui habilite LE GOUVERNEMENT à « prendre toute autre décision nécessaire » (article 93 alinéa 2)....

      Ayant déclaré une urgence de sanitaire au Québec, le GOUVERNEMEMT du Québec dispose maintenant de larges pouvoirs discrétionnaires qu'il peut utiliser pour lutter contre la propagation de COVID-19.

  • Christian Montmarquette - Abonné 18 septembre 2020 08 h 27

    Le système social et le système de santé sont des vases communicants

    Le système social et le système de santé sont des vases communicants et l'argent qu'on n’investit pas dans l'un se retrouve dans l'autre.

    La Commission des droits de la personne (CDPJ) estime que la pauvreté constitue un obstacle majeur à l’exercice des droits et libertés de la personne,

    La Commission a indiqué comment la pauvreté compromettait la reconnaissance et l’exercice des droits et libertés :

    - Insuffisance ou insécurité de revenu qui réduisent la protection des droits fondamentaux à la vie, à l’intégrité physique et psychologique..

    - Carences matérielles et culturelles compromettant les droits à la santé, à l’éducation, à la justice, à l’information..

    - Stigmatisation des sans-abri et des prestataires de la sécurité du revenu.

    - Discriminations multiples et violations du droit à la vie privée dans l’accès au logement..

    - Précarité de l’emploi compromettant les droits au travail et à des conditions de travail justes et raisonnables et la liberté d’association.

    La pauvreté – qui touche une part importante de la population du Québec – est une négation de l’idéal, des valeurs et des engagements qui sont affirmés dans cette Charte.

    - La pauvreté nie tout particulièrement le droit de se voir reconnaître et d’exercer, conformément à l’article 10 de la Charte, l’ensemble de ses droits et libertés sans discrimination fondée sur la condition sociale. Elle méconnaît également l’une des caractéristiques distinctives de la Charte québécoise : la reconnaissance des droits économiques et sociaux.

    La Charte québécoise est le seul document du genre, au Canada, à consacrer le droit à des mesures sociales et d’assistance financière, prévues par la loi, susceptibles d’assurer un niveau de vie décent (article 45).

    Or, un niveau de vie décent doit signifier un niveau de vie qui ne met pas en péril le droit à l’intégrité de la personne et le droit à l’égalité lui-même.

    

https://www.cdpdj.qc.ca/Publications/Pauvrete.PDF



  • Bernard Terreault - Abonné 18 septembre 2020 09 h 04

    Nous vivons de + en + vieux

    De la part d'un petit vieux de 80 ans. Il faut reconsidérer l'âge de la retraite. Pour beaucoup d'entre nous, nous sommes encore valides à 65 ou 70 ans, pourrions travailler au moins à temps partiel pour alimenter notre fond de pension en vue des 15, 20 ou 30 ans que nous avons encore à vivre.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 18 septembre 2020 11 h 30

    « qui l’a noyée dans les CISSS et les CIUSSS. Il faut des drames... »

    Une lecture un peu rapide donnerait à penser que pour les auteurs, il y a un fort lien de cause à effet entre ces deux faits. Or s'il y a eu négligence dans la prise en charge des aînés, notamment, elle n'a certainement pas commencé avec la mise en place des CISSS et des CIUSSS et il serait tout à fait injuste de prétendre qu'Il n'y ait pas eu un gain d'efficience à faire en sorte que les organisations fonctionnent moins en silo qu'avant. Aussi bien, ce n'est pas ce qu'ils avancent, mais qu'on n'en fait pas assez et qu'on pourrait faire plus et mieux.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 septembre 2020 12 h 43

    La mesure de l'äge physiologique

    J'aime beaucoup les livres du médecin gériatre Christophe de Jaeger, qui pour maintenir et accroître le Capital santé, notre plus grande richesse, offre des tests pour mesurer l'âge physiologique- qui se distingue de l'âge chronologique- suivis de correctifs en fonction de la connaissance de cet âge.

    Je souhaite que le système offre à ceux et celles qui le veulent la possibilité de connaître leur âge physiologique et la possibilité de recevoir les correctifs que propose la science de la longévité.
    Bien sûr, la première responsabilité est de la part du citoyen, vouloir prendre soin de lui-même.
    Alors je suggère au moins d'exminer cette proposition de De Jaeger