Nouveau-Brunswick: le défi de la lutte contre les disparités régionales

«L’amélioration de la qualité de vie des Néo-Brunswickois (...) passe par l’habilitation des acteurs locaux et régionaux à pouvoir agir de manière adaptée et concertée afin de relever les nombreux enjeux qu’impose un développement territorial durable», écrit l'auteur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «L’amélioration de la qualité de vie des Néo-Brunswickois (...) passe par l’habilitation des acteurs locaux et régionaux à pouvoir agir de manière adaptée et concertée afin de relever les nombreux enjeux qu’impose un développement territorial durable», écrit l'auteur.

Avoir les coudées franches pour mieux gérer la province, tel est l’objectif que s’est fixé le gouvernement progressiste-conservateur minoritaire de Blaine Higgs en déclenchant, le 17 août dernier, des élections au Nouveau-Brunswick en pleine période de pandémie.

Il faut dire que la province, avec celle de l’Île-du-Prince-Édouard, fait preuve d’exemplarité à l’échelle du Canada en ce qui concerne le contrôle de la COVID-19. La gestion prudente adoptée par le gouvernement (mesures sanitaires rigoureuses, fermeture des frontières et création de bulles avec les trois autres provinces atlantiques et les MRC de Témiscouata et d’Avignon) conjuguée aux diverses caractéristiques de la structure de peuplement (faiblesse de l’armature urbaine, éloignement des localités les unes par rapport aux autres, dispersion de la population) et à la quasi-absence de vols internationaux explique en grande partie l’excellente performance de la province en ce qui a trait au nombre de cas répertoriés de coronavirus.

Dès lors, la géographie du Nouveau-Brunswick, qui constitue habituellement un désavantage comparatif pour le développement de la province, a permis à celle-ci de tirer son épingle du jeu dans le contrôle de la pandémie.

Il n’en demeure pas moins que les enjeux économiques, politiques, sociaux, linguistiques et environnementaux s’avèrent particulièrement nombreux dans la perspective de lutte contreles disparités régionales. Dans le domaine de la santé par exemple, le Nouveau-Brunswick peine à assurer certains services. Ainsi, avons-nous assisté au cours de la dernière année à la suppressionintermittente du service d’obstétrique, voire à la fermeture de l’urgence à l’Hôpital régional de Campbellton.Le maintien des services d’urgence 24 heures par jour dans six petits hôpitaux situés en milieu rural et semi-urbain représente un enjeu fondamental de la présente campagne électorale compte tenu du fait que le gouvernement avait annoncé, en février dernier, la possibilité d’abolir ces services durant la nuit, avant de revenir sur sadécision en admettant ne pas avoir consulté les communautés en question.

Sur le plan environnemental, plusieurs localités de la péninsule acadienne sont confrontées au processus d’érosion côtière en raison des changements climatiques. La production énergétique à partir de sources non polluantes constitue aussi un enjeu de taille. Par conséquent, la province doit songer à effectuer une transition énergétique et écologique si elle souhaite minimiser les impactsassociés aux risques naturels et à promouvoir un développement plus durable.

À cet égard, le Nouveau-Brunswick a fort à faire afin de réduire les inégalités territoriales toujours très persistantes dans la province. Par exemple, alors que la population des comtés du sud s’est accrue de 56 360 personnes entre 1981 et 2016, ceux du nord en perdaient 5662. Sur le plan économique, 56 865 emplois ont été créés au sud de la province au cours de la même période comparativement à seulement 24 280 au nord. Dans les comtés du nord, 5110 emplois ont été perdus dans le secteur primaire alors que ceux du sud en gagnaient 600. […] En milieu rural (défini ici comme les localités de 2500 habitants ou moins), la population a régressé de 13 % en l’espace de 35 ans. […]

En raison des nombreuses conséquencesqu’engendre un développement inégal, la sempiternelle lutte contre les disparités régionales et la dévitalisation, tant en milieu rural qu’urbain, devrait constituer un enjeu crucial de la présente campagne électorale. Dans cette optique, le Nouveau-Brunswick doit se doter d’une politique de développement régional forte couplée à une vigoureuse stratégie d’aménagement du territoire et à un plan de croissance démographique qui mettra l’accent non seulement sur l’accroissement du nombre d’immigrants, mais aussi (et surtout) sur des mesures destinées aux jeunes familles, au rapatriement et à la rétention des jeunes.

Au chapitre de l’aménagement, un meilleur équilibre du tissu de peuplement entre le nord et le sud de la province nous apparaît fondamental afin de favoriser un développement plus harmonieux de celle-ci. Mais dans tous les cas, la diminution des inégalités et l’atténuation de la fragilisation nécessitent une modulation et une décentralisation des mesures qui seront mises en place par le gouvernement central.

L’amélioration de la qualité de vie des Néo-Brunswickois, peu importe leur localisation géographique, passe par l’habilitation des acteurs locaux et régionaux à pouvoir agir de manière adaptée et concertée afin de relever les nombreux enjeux qu’impose un développement territorial durable. Pour paraphraser l’expression consacrée des États généraux du monde rural en 1991, « tant vaut le village, tant vaut le pays ». Dans le cas du Nouveau-Brunswick, on pourrait dire « tant valent les régions, tant vaut la province ». Espérons que les candidats des différents partis prendront position et s’exprimeront sur cette priorité qu’est la lutte contre les disparités régionales, un défi fondamental pour le présent et pour l’avenir.

1 commentaire
  • André Joyal - Inscrit 8 septembre 2020 08 h 49

    Merci à ce jeune universitaire de si bien nous informer sur nos voisins de l'Est

    Ce spécialiste de la socio-économie du Bas-Saint-Laurent, professeur à l'Université de Moncton, nous rappelle que le Québec n'a pas que des voisins du Sud. Il est bon de tenir compte de ce qui se vit au delà de notre frontière de l'est. Ce soir, Majella Simard me fera apprécier encore davantage les huitres bien charnues et juteuses du NB.