Ce que le touriste (par chance) n’aura pas vu cette année à Montréal

«Une fois dans le centre-ville, il est impératif de le mettre en garde à propos des chantiers montréalais», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Une fois dans le centre-ville, il est impératif de le mettre en garde à propos des chantiers montréalais», écrit l'auteur.

Malgré la calamité que représente l’absence de visiteurs étrangers à Montréal cette année pour l’industrie touristique, il faut quand même se réjouir d’au moins un effet positif de la pandémie : à ces touristes absents, nous n’avons pas à expliquer la « complexité » de notre ville. Car il faut bien l’avouer, guider le visiteur dans les méandres de nos rues sales et transversales, pour citer Georges Dor, n’est pas toujours une sinécure. Habituellement, tout commence d’ailleurs dès que celui-ci y met les pieds. Normalement, les recommandations qui suivent s’avéreraient d’ailleurs indispensables.

À un touriste qui arrive à Dorval et qui trouve l’aéroport un peu moche, il faut d’abord expliquer que Montréal avait jadis un aéroport ultramoderne qui, toutefois, n’existe plus parce que, entre autres, les liens ferroviaires efficaces et rapides devant le relier à la ville n’ont jamais été créés. Cet aéroport devenu un énorme éléphant blanc a donc été démoli.

Il faut aussi expliquer au visiteur étonné de voir le nouveau Réseau express métropolitain (REM) en construction que, malheureusement, celui-ci arrive une bonne douzaine d’années trop tard, en ce qui concerne, du moins, le défunt aéroport. Et puisque le REM ne sera prêt qu’en 2023 (si tout va bien…), le visiteur pourra donc prendre tout son temps pour admirer le trajet bucolique entre l’aéroport et le centre-ville. S’il vous questionne à propos d’une curieuse mention qu’il a lue quelque part à propos de Montréal consacrée ville design par l’UNESCO en 2006, je vous suggère de répondre que nous avons beaucoup de talents dans ce domaine à Montréal mais que, malheureusement, nous ne l’employons pas pour les travaux à domicile. Ils coûtent trop cher.

Une fois dans le centre-ville, il est impératif de le mettre en garde à propos des chantiers montréalais. Et… de le rassurer. Non, Montréal n’a pas été bombardée récemment. Montréal est simplement comme un adolescent qui a trop de projets et pas assez de temps pour les réaliser. S’il trouve la ville malpropre, vous lui direz que votre adolescent n’aime pas faire le ménage de sa chambre. Si jamais il a envie d’aller visiter un musée, vous lui dites d’éviter le Musée des beaux-arts. Comme on se bagarre beaucoup là-bas, il se pourrait que votre invité se croie encore une fois devant une scène de guerre… Même s’ils sont magnifiques, n’amenez pas non plus votre hôte à la place du Canada ou dans d’autres grands parcs du centre-ville, car les manifestations y sont fréquentes et les statues de personnages historiques y tombent comme des mouches.

Une ville internationale

Si d’aventure, entre les cônes orange, les grues et les divers chantiers, votre visiteur parvient à se frayer un chemin jusqu’à un restaurant ou un café, il se peut que dans certains commerces il ne puisse se faire répondre en français. Rappelez-lui que la main-d’œuvre est difficile à trouver… Et si, en tendant l’oreille, il constate qu’on parle peu la langue de Molière dans la rue et que les chansons que crachent les haut-parleurs sont exclusivement anglophones, rappelez-lui que Montréal est quand même une ville internationale. Évidemment, si vous avez fièrement proclamé qu’elle est la deuxième ville francophone au monde, c’est un peu gênant. Rattrapez-vous en allant lui faire visiter le Quartier latin. Dépêchez-vous de vous rendre jusqu’à la rue Saint-Denis, pendant qu’elle existe encore…

Si votre visiteur est un peu sportif, vous lui avez peut-être vanté notre réseau unique de pistes cyclables. Dithyrambique, vous lui avez dit que Montréal comptait des centaines de kilomètres de pistes qui, grâce à notre très proactive administration, croissent à la vitesse grand V. Mais malheureusement, plus de la moitié du réseau est dans un état douteux et les rives de l’île sont souvent inaccessibles aux cyclistes. De toute façon, votre visiteur vient d’avoir la peur de sa vie en traversant la piste de la rue Rachel, où il s’est cru dans une ville chinoise mais avec moins de civilité.

Enfin, se rappelant que Montréal est une ville olympique, votre hôte a exprimé le désir d’aller voir un match dans notre fameux stade, histoire de prendre un bain de foule dans une ambiance décontractée. Mais il n’y a jamais de match dans ce stade, à l’exception de très rares apparitions de l’équipe de… Toronto. Évidemment, il y a cette histoire d’un club de baseball en garde partagée avec Tampa Bay qui pourrait renverser la vapeur. Mais je ne vous suggère pas d’aller sur ce terrain-là. Votre invité ne s’est peut-être pas encore remis de son décalage horaire et a déjà suffisamment de nouveaux concepts à assimiler. Invitez-le donc plutôt à aller visiter l’ancien vélodrome transformé en… parc d’attractions animalier, qu’on vient d’ailleurs tout juste de rénover.

Après sa visite déconcertante de Montréal, il se peut que votre visiteur remette en question certaines de vos prétentions à propos de la ville ainsi que la compétence de ses gestionnaires. Les touristes en arrivent toujours à ce genre d’interrogation quand, croyant débarquer dans une ville fabuleuse, ils se retrouvent plutôt devant une tour de Babel. S’il lui venait à l’esprit de critiquer le maire, qui en réalité est une mairesse, dites-lui qu’elle en a marre de ne pas être jugée selon les mêmes critères qu’un homme, ce qui est logique puisqu’elle a été élue comme étant « l’homme de la situation ». Si votre hôte trouve finalement notre ville un peu trop compliquée et bordélique, souriez-lui et répondez simplement avec un air confiant que « tout va bien aller ».

4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 4 septembre 2020 08 h 28

    Une chance que nous sommes en pleine pandémie

    La ville de « Montreal », est devenue le Beyrouth de la guerre civile et bombardé de jadis, la ville dysfonctionnelle et capitale de la COVID-19 au Canada. Moins de 5% de la population canadienne et plus de 38% des victimes. On ne pourrait même pas inventer un résultat aussi catastrophique. Que reste-il entre un aéroport inadéquat, un réseau urbain de transports en pleine construction et qui ressemble de plus en plus aux éléphants blancs des libéraux, un centre-ville qui est le sosie de celui de Détroit, des musées ou la zizanie entre divers partis est bien implantée, une ville internationale cachée sous les cônes orange où les rue disparaissent par accommoder des cyclistes en hiver, un stade olympique qui avait été récemment convertit en refuge pour des illégaux, où les joueurs de sports professionnels se disputent pour ne pas y aller et le contribuable qui est surtaxé? Et lorsque celui-ci se rend à la mairie pour payer ses impôts, s’il peut traverser les rues tortueuses, eh bien, il recevra des contraventions multiples pour s’être stationné dans un endroit qui accommode le stationnement seulement 2 jours impairs, les lundi et vendredi, ceci seulement entre 9h30 et 11h30 s’il n’y a pas de construction à plus de 100 mètre de son emplacement.

    « Yes, welcome to Montreal » et bonjour/hi.

    Et oui, ça va bien aller.

    Misère.

  • François Boulay - Abonné 4 septembre 2020 09 h 24

    Ça va bien aller

    Très amusant, ça fait du bien de rire un peu tôt le matin.

  • Pierre Raymond - Abonné 4 septembre 2020 12 h 36

    Grand désappointement !

    Une chance que la crise du logement existe aussi dans "les banlieues" car il resterait encore moins de payeurs de taxes dans cette ville que j'ai tant aimée et défendue. TRISTE !

  • Louis Poirier - Inscrit 4 septembre 2020 18 h 30

    Qui est ce "Marc Tremblay" ?

    Qui est ce Marc Tremblay qui se prend pour un guide touristique ? D'ailleurs, heureusement qu'il ne l'est pas car nous n'avons pas besoin de ce genre d'ambassadeur déprimé et déprimant !! Je suis moi-même un guide touristique et je peux vous dire que ce n'est pas comme ça qu'il faut présenter la Ville aux touristes. Son attitude est tellement merdique, tellement toxique qu'au bout de cinq minutes son client voudra lui donner son congé. De toute façon avec une telle attitude, il n'aurait pas fait long feu dans le métier.

    Cela étant dit voici ce que la pluaprt des touristes pensent des nombreux chantiers : certains vous diront que c'est aussi comme ça dans leurs villes -en particulier les Américains dont les infrastructures vieillissantes ont autant besoin d'être remplacées que celles de Montréal. Des chantiers il y en a autant là-bas qu'ici et pour ceux qui vivent dans une ville en état de décrépitude et dont ni les autorités de la Ville ni les autorités de l'État n'investissent dans leur entretien eh bien ils nous envient !!

    Les touristes ont généralement une attitude positive lorqu'ils sont en vacances. J'imagine que même Mr Tremblay a déjà pris des vacances. Imaginez-le visiter n'importe quelle ville et se retrouver avec un guide qui pisserait avec autant de haine sur la ville dont il est le représentant !! Il faut réaliser que très souvent la perception finale qu'un touriste aura de la ville qu'il visite sera profondément influencée par celle que le guide touristique lui aura présenté.

    Je suis heureux de ne pas compter Mr Tremblay parmi mes collègues.