Le climat malsain ne pouvait perdurer plus longtemps au MBAM

Pour les membres du C.A. du MBAM, le climat malsain qui régnait depuis trop longtemps au sein de l’institution ne pouvait perdurer plus longtemps.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour les membres du C.A. du MBAM, le climat malsain qui régnait depuis trop longtemps au sein de l’institution ne pouvait perdurer plus longtemps.

Il vient un moment où les gens doivent cesser de dire ou d’écrire n’importe quoi. Il vient un moment où il est impossible de demeurer silencieux devant un flot interminable de mensonges véhiculés par des personnes devenues les porte-voix de Mme Nathalie Bondil et par un membre du conseil d’administration du Musée qui manque à tout le moins à son devoir de réserve. Devant les critiques et les accusations calomnieuses qui fusent de toutes parts, basées sur des faits inexistants, le conseil n’a pas le choix de répondre et de rétablir la vérité.

Soyons clairs. En prenant la décision de mettre fin au contrat de Nathalie Bondil en tant que directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, les membres du conseil d’administration savaient ce qu’ils faisaient et étaient pleinement justifiés de le faire. Pour eux, le climat malsain qui régnait depuis trop longtemps au sein de l’institution ne pouvait perdurer plus longtemps.

Appuyés par un rapport préparé par des experts en gestion des ressources humaines qui levait le voile sur ce climat de travail instauré sous la direction de Mme Bondil et par les témoignages de nombreux employés, présents et passés, les membres du conseil ont agi en toute connaissance de cause. Comment peut-on dire que les membres du conseil n’ont pas été exposés au rapport, alors qu’une présentation PowerPoint de 90 pages, préparée et présentée par une firme RH indépendante, et détaillant les constats et recommandations leur fut présentée ?

Une rencontre à laquelle le membre dissident du conseil, monsieur Joe Battat, assistait contrairement à ses dires. Comment peut-on affirmer que Mme Bondil n’a jamais été mise au courant des conclusions du rapport alors que des heures de rencontres ont eu lieu en sa présence pour le lui présenter et discuter du rapport, de ses constats et de ses recommandations ?

Malgré des efforts pour trouver une solution avec elle, les membres du conseil se sont heurtés à son déni et à son intransigeance à plusieurs égards qui ne laissaient guère de choix que de mettre un terme à son contrat. Mme Bondil avait alors perdu la confiance du conseil d’administration et ne pouvait plus diriger le Musée.

Mauvaise foi

Il est étonnant de constater que, bien qu’une centaine d’employés du Musée aient récemment décidé de témoigner courageusement des abus de l’ère Bondil, certaines personnes continuent à croire que son congédiement est une injustice. D’ailleurs, comment peut-on prétendre être un défenseur des grands principes de gouvernance, comme Michel Nadeau, tout en faisant fi des graves problèmes de gestion à l’intérieur des murs du Musée ?

Ces gens auraient eu avantage à parler à toutes ces femmes et tous ces hommes qui sont la véritable âme du Musée avant d’écrire et de dire n’importe quoi, simplement pour faire plaisir à celle qui alimente leur obsession. Pire encore, vouloir minimiser le climat qui prévalait au Musée en le ramenant à une simple anecdote survenue lors d’une exposition tenue à l’automne dernier démontre leur mauvaise foi.

Les mêmes personnes qui réclament aujourd’hui le retour de Mme Bondil auraient eu tout intérêt à discuter avec les membres du conseil d’administration. Elles auraient été en mesure de constater que, justement, le conseil a offert à Mme Bondil les mêmes conditions, dans lesquelles elle aurait pu continuer à travailler sur les projets qui lui tenaient à cœur, tout en profitant d’un arrangement financier fort avantageux pour elle. Malheureusement, elle a refusé et aura préféré la voie de la confrontation.

On accuse aussi le conseil d’administration d’avoir été mis devant un fait accompli par son président à qui certains prêtent des intentions de vouloir diriger le Musée. C’est bien mal le connaître et c’est bien mal connaître les membres du conseil. Oui, Michel de la Chenelière était très présent au Musée, comme d’ailleurs d’autres membres du conseil inquiets de la gestion administrative de l’ancienne directrice générale.

Que ce soit pour l’embauche de la directrice de la conservation ou pour la décision de mettre fin au contrat de Mme Bondil, le conseil d’administration avait en main toute l’information nécessaire pour prendre les décisions qui s’imposaient. Il s’agissait de décisions collectives et non de celles du président du conseil. Il est d’ailleurs étonnant que Michel Nadeau ne se souvienne pas qu’il a lui-même félicité le président du conseil pour la qualité du processus menant à l’embauche de la nouvelle directrice de la conservation, une embauche, il faut le rappeler, qui a été saluée par l’ensemble de l’équipe de conservation du Musée.

En terminant, rappelons-nous que la ministre de la Culture et des Communications a mandaté un expert qui mène actuellement une série d’entretiens et de rencontres afin de faire toute la lumière sur les événements. Précisons au passage que ce dernier s’est vu remettre, en échange d’une extrême confidentialité, le rapport ayant notamment mené à la décision du conseil d’administration de mettre fin au contrat de l’ancienne directrice générale du Musée.

Maintenant, il faut attendre les résultats de ce travail qui permettront, nous l’espérons, de tourner une fois pour toutes la page sur cette situation malheureuse pour le Musée et ses employés. Une sagesse qui devrait animer tous ceux qui participent au débat.

Autres signataires du conseil d’administration : Alix d’Anglejan-Chatillon, Clare A Chiu, Jonathan Deitcher, Michel de la Chenelière, Sylvie Demers, Marcel Elefant, Sari Hornstein, Jean Houde, Sénateur Serge Joyal, G. Pierre Lapointe, Brian M. Levitt (président honoraire), René Malo, Stéphanie Marchand, Lillian Mauer, Alanis Obomsawin, Jacques Parisien (président honoraire), Jessica Pathy, Rémi Quirion, Julia Reitman.

7 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 29 août 2020 05 h 09

    Ce qui est étonnant, à vous lire Messieurs, concerne votre argumentaire justificatif: "le climat malsain qui régnait depuis trop longtemps au sein de l’institution ne pouvait perdurer plus longtemps." Donc, la situation était de longue date "malsaine"... Mais commenent justifiez-vous votre non intervention dès les premières dérives. Ha ha! vous ne saviez-pas? Des employés qui déposent des griefs à la tonne, griefs qui sont miraculeusement disparus avec la complainsance et la compromission du syndicat (anciennement on disait syndicat jaune),.. et pour mettre la cerise sur le sundae, des membres du CA sont des fonctionnaires de l'État québécois... Personne, absolument personne de ce grandiloquent conseil d'administration ne se doutait de rien, aucune des ces illustres buveurs de champagne et mangeurs de bouchées caviar n'avait de source interne pour le tenir au fait des dérives... Dérives des uns comme des autres. Et les vérificateurs externes, eux qui doivent vérifier l'exactitudes des "données" avant de signer un rapport annuel - rapport qui est signé aussi par le CA, ou l'équilavent selon la structure administrative qui a cour - ne relevaient rien. Tout était beau pour le meilleur des mondes.

    Étrangement, il a fallut un nouveau venu d'origine française à la tête du CA - donc habitué aux règlements comptes dans la haute bureaucratie française - pour que "le chat sort du sac"...

    Non, Messieurs je ne défend aucunement Mme Bondil, elle est congédiée - cela regarde les tribunaux. Mais vous tous, sauf pour le nouveau président du CA, devriez remettre immédiatement vos démissions, et que celles-ci sont effectives immédiatement. Quant aux fonctionnaires de l'État, en plus de remettre leurs démissions du CA, la ministre devrait les congiédier immédiatement pour manque de loyauté envers l'État. En fait, tous devraient aller reluire ailleurs de par ce vaste monde, les grands défits vous y attendent... Mais sans doute pas avec champagne et bouchées de caviar.

  • Michel Sarao - Abonné 29 août 2020 06 h 16

    un point de vue en vaut un autre.

    C'est curieux que l'article de Roger Fournelle et Michaela Sheaf vice-présidents, conseil d’administration du MBAM ne parle pas de l'embauche de madame Mary-Dailey Desmarais qui est membre d’une famille qui exerce une forte influence au MBAM, par sa générosité philanthropique.
    Mme Bondil préférait une autre candidate et ne comprenait pas que le comité de direction soit mis à l’écart du processus décisionnel.

  • Claude Bariteau - Abonné 29 août 2020 07 h 32

    Le communiqué de presse du 28 aôut fait référence à des sources, soit 21 membres du CA. Ce texte signé par deux membres signalent qu'il est cosigné par les 19 autres. Il s'agit d'une position quasi unanime des membres du CA.

    Elle rappelle une séance du CA au cours de laquelle il y eut une présentation Power Point du rapport de 90 pages de la « firme HR indépendante détaillant ses constats et recommandations et signale que M. Naud a erré en fermant les yeux sur les problèmes de gestion et a félicité le président pour le processus menant à l'embauche de la directrice de la conservation, qui fut approuvée par le CA.

    Il revient à M. Nadeau de préciser sa position concernant la gouvernance. S'agissant de gouvernance, procéder à l'embauche d'une directrice de la conservation sans que la directrive du musée soit impliquée ou n'ait pas son mot à dire constitue une modification de son mandat et devient une forme de désaprobatiobn de son travail. Là se trouve l'angle mort de ce dossier.

    Pourquoi la directrice a-t-elle été exclue de la sélection de la directrice de la conservation ? Parce qu'il était connu qu'elle ne choisirait pas la personne qu'a sélectionnée le comité de sélection ? Ça semble le cas. Les suites allaient de soi. Mme Bondil était ciblée.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 29 août 2020 12 h 42

      Oui, il importe de se questionner et d'apporter un éclairage sur la gestion d'organismes jouissant d'un appui public. Mme Bondil méritait-elle ce sort, alors que des mois de pandémie et une gestion défaillante semblaient seuls mettre en péril l'excellence et le succès du MBAM ? Il est en effet malsain que des doutes persistent sur des manquements réels ou imaginés, si ce n'est le silence d'un musée et de son CA victimes, semble-t-il, d'éblouissement entretenu pendant une décade ? Temps et décadence vont souvent de pair. Mais, seraient-ce plutôt l'utilité, la transparence et l'imputabilité de ces CAs qui devraient être remises en question ? Le QC compte plusieurs centaines d'autorités, de bureaux, de commissions, d'organismes, de sociétés, tribunaux, etc., qui ont avant tout pour objectif de servir l'État et ses contribuables. Peut-être qu'à l'avenir, les nominations à leur CA, voire leur diversification, ne devraient pas être laissées au seul loisir de l'appareil politique.

  • André Joyal - Inscrit 29 août 2020 08 h 56

    M. Naud (sic) ou Nadeau?

    M.Bariteau: on vous pardonne la faute dans la 2è ligne, mais pas la confusion dans les noms. Allons! Heureusement, ce n'est pas dans vos habitudes.
    Sur le fond; est-ce que cette saga va connaître une fin? .À lire les deux côtés de la médaille je ne sais plus qui croire. Hie, dans La Presse une historienne de l'art a brossé un convaincant tableau des réalisations de Mme Bondil En retirant 10M$, le gouvernement prend-il le parti de Mme Bondil, qui pourrait alors «reBondiler» si on me permet ce jeu de mot?

    • Claude Bariteau - Abonné 29 août 2020 14 h 41

      Bine sûr, signalent devrait être au singulier. Sur la confusion des noms, j'ai écrit un rectificatif qui dit qu'il s'agit bien de M. Nadeau -son nom apparaît d'ailleurs plus bas- et je me suis excusé auprès de M. Naud. Le petit texte n'apparaît pas.

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      La saga va un jour s'arrrêter et rien ne permet actuellement de penser que le projet Riopelle voit le jour au MBAM. Pour que ce soit le cas, il faut attendre le rapport de l'enquêteur et la position du Ministère, de même que la décision de la Fondation Riopelle concernant le projet Riopelle que pilotait Mme Bondil.

  • Claude Gélinas - Abonné 29 août 2020 11 h 10

    Prétexte fallacieux et règlement de compte ou congédiement justifié.

    Toute cette saga qui démontre une précipitation ainsi que des problèmes d'ego entre le Président et l'ex-directrice générale dont le rayonnement à l'international devait en déranger plus qu'un mais surtout un manquement à l'obligation de civilité en refusant à l'ex-directrice générale de donner sa version des faits avant de la congédier cavalièrement.

    Quant à son exclusion du comité de sélection d'une personne s'étant classée troisième alors qu'elle s'y opposait se pourrait-il qu'elle ait eu raison et que sans le nom de famille rattachée à cette personne le poste serait revenu à la première au classement. Un passe-droit, un renvoi d'ascenseur allez savoir.

    Par contre, dans un tel contexte, à moins de circonstances aggravantes, une bonne gestion n'aurait-elle pas exigée que l'ex- directrice générale informée de ses manquements et du climat de travail se serait vue imposer une planification stratégique, déterminant les attentes du CA suivie d'une évaluation objective des résultats. Delà, la précipitation évoquée précédemment.