Un deuxième Griffintown en vue à L’Île-des-Soeurs

Selon les signataires du texte, la population de L’Île-des-Sœurs dépassera les 30 000 habitants.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon les signataires du texte, la population de L’Île-des-Sœurs dépassera les 30 000 habitants.

D’ici dix à vingt ans, les nouvelles tours pousseront comme des champignons à L’Île-des-Sœurs et la population augmentera de 50 %, passant de 20 000 à 30 000 habitants. À cette hausse résidentielle s’ajouteront des milliers de mètres carrés de bureaux qui multiplieront les déplacements dans ce quartier d’un peu moins de quatre kilomètres carrés, développé autour du concept cité-jardin et longtemps considéré comme une référence en planification urbaine.

Ainsi, à l’une des entrées majeures de Montréal, les voyageurs en provenance du pont Samuel-De Champlain perdront leur vue sur la partie ouest du mont Royal et des centaines de résidents du quartier ne verront plus le centre-ville.

Si la Ville de Montréal ne change pas ses plans, un programme particulier d’urbanisme (PPU) sera adopté cet automne pour la zone située dans un rayon d’un kilomètre autour de la future gare du REM, prévoyant une densification de 110 logements à l’hectare, une densité très proche de celle de Griffintown.

Ce choix ne tient aucunement compte de la capacité d’absorption de L’Île-des-Sœurs, territoire insulaire enclavé, avec trois accès autoroutiers regroupés en un seul endroit pour accéder au nord, au sud ou au centre-ville. Seulement à proximité de la station REM, cela pourrait ajouter plus de 6000 résidents.

Mais ce n’est pas tout ! Cinq nouvelles tours domineront bientôt l’autre extrémité de l’île vers le sud, dont une tour de 44 étages, récemment approuvée, qui suscite un mécontentement marqué. Environ mille logements seront ainsi ajoutés à la Pointe-Sud alors que la seule artère de circulation qui la relie aux sorties de l’île est déjà nettement surchargée.

Flou

Une autre zone encore sous-exploitée sur le littoral ouest accueillera aussi des logements supplémentaires dans la prochaine décennie. Enfin, on prévoit un développement différé sur un terrain du littoral est (exploité par un concessionnaire automobile) pour lequel le flou demeure entier. C’est l’addition de tous ces projets qui nous permet d’affirmer que la population dépassera les 30 000 habitants.

Le programme d’urbanisme de Montréal fait miroiter de nouveaux espaces verts et des équipements collectifs sportifs, culturels ou éducatifs. Malheureusement, les plans à ce sujet sont tout aussi flous. Dès qu’on demande des engagements précis, on nous rappelle les obstacles habituels : les terrains publics inexistants, les terrains privés très chers, le manque de moyens des villes, les attentes qui doivent être réalistes, etc.

Nous comprenons et acceptons en principe la notion de TOD (transit oriented development), le besoin de densifier pour rentabiliser le REM, encourager l’utilisation des transports collectifs et contrer l’étalement urbain. Mais des nuances importantes s’imposent.

D’une part, pour freiner l’exode, il ne faut pas rater les rares occasions d’aménager près des centres-villes des quartiers plus denses, certes, mais conviviaux et à échelle humaine, avec des services de proximité pour tous les groupes d’âge. Cela devient encore plus crucial dans un territoire enclavé.

D’autre part, il ne faut pas négliger d’analyser les conséquences à moyen et long terme de notre ère COVID-19 qui, grâce à la massification du télétravail, incite de plus en plus de jeunes familles à fuir des quartiers centraux mal conçus pour se réfugier de plus en plus loin en banlieue.

Sécurité

Une population de 30 000 habitants à L’Île-des-Sœurs posera aussi des questions de sécurité. À moins de créer un autre lien avec Montréal, situé à l’écart du noyau d’accès actuel, accessible aux piétons et aux cyclistes ainsi qu’au transport collectif et aux véhicules d’urgence, l’île pourrait voir s’aggraver des bouchons de circulation déjà récurrents et même vivre des heures sombres en cas de catastrophe.

Pour toutes ces raisons et afin de mieux baliser le développement de L’Île-des-Sœurs, les signataires demandent à la Ville de considérer le quartier dans sa globalité et non en pièces détachées, et de surseoir à l’adoption du plan jusqu’à ce que les conditions suivantes soient remplies :

— la réalisation d’une étude sur la capacité d’absorption du territoire en matière de population et des impacts de ses conclusions sur les besoins en équipements collectifs ;

— la réalisation d’une étude prospective de la circulation et des déplacements qui prendra en compte : l’augmentation prévue de la population de toute L’Île-des-Sœurs ; les « patterns » projetés de fréquentation du REM par les résidents de l’île ainsi que par les usagers de la Rive-Sud qui y accéderont en premier dans l’axe sud-nord ; tous les déplacements à l’intérieur de l’île qui seront affectés par le développement prévu au sud ;

— l’extension de la zone originalement proposée, pour inclure le littoral ouest ;

— la planification immédiate et non différée du littoral est ;

— l’ouverture immédiate d’une nouvelle réflexion sur le zonage de la Pointe-Sud ;

— la présentation d’un plan détaillé sur la réalisation des équipements collectifs nécessaires ;

— le maintien et la priorisation duconcept de cité-jardin, notamment par le réaménagement de la place du Commerce en cœur de quartier avec place publique, stationnements souterrains et espaces mieux protégés pour le transport actif.

D’ici à ce que ces conditions soient réunies, il faut appliquer un principe de précaution et limiter la population à 25 000 habitants, soit le nombre déjà en voie d’être atteint avec les projets en cours.

Daniel Manseau, président de l’Association des propriétaires et résidents de L’Île-des-Sœurs;
Maryse Rinfret-Raynor, présidente du Comité PPU Verrières I à V;
Jean-Claude Marsan, professeur émérite, Université de Montréal;
Guy Rocher, professeur émérite, Université de Montréal;
Michèle St-Jacques ing., Ph. D., professeure titulaire, ETS;
Adrien Sheppard, MAAPQ, MOAQ, professeur émérite, McGill;
Luc-Normand Tellier, professeur émérite, Département d’études urbaines et touristiques, ESG-UQAM.

*Cette lettre est appuyée par une centaine de personnes, urbanistes, architectes et autres enseignants universitaires, personnalités des milieux culturels et du monde des affaires, résidents de L’Île-des-Sœurs, groupes communautaires et présidents de plusieurs autres copropriétés:

   

Marie-Josée Deschamps

 

Gilles Rondeau

 

Denys Turcotte

 

Patrick Kenniff

 

George Athans

 

Marcel Barthe

 

René Beauchamp

 

Chantal Beaudet

 

André Bennett

 

Emmanuel Bernier

 

Bernard Boire

 

Jean-Pierre Boivin

 

Raymond Bouchard

 

Suzanne Bourque

 

Isabelle Brunette

 

Pierre-Maurice

 

Sherman Carroll

 

Anne Marie Castonguay

 

Claude Castonguay

 

Sergio Cavalcanti

 

Louise Constantin

 

Nancie Cordeau

 

Philippe Cornu-Marquis

 

Annie Corriveau

 

Charles Côté

 

Michel Damphousse

 

Marie Josee Dan

 

François de Champlain

 

Hélène Delisle

 

Claire-Emmanuèle Depocas

 

Mona Dermarkar

 

Louise DesChâtelets

 

Lou Desjardins

 

Richard Dorval

 

Ghislain Dufour

 

Denise Dussault

 

Geneviève Emond

 

Micheline Ethier

 

Fouad Farah

 

Elaine Farwell

 

Gaspard Fauteux

 

Liliane Ferland

 

Marcel Ferland

 

Michael Fish

 

Claude Fournier

 

Danielle Frank

 

Sophie Gironnay

 

Jacques Godin

 

Pierre Godin

 

Nina Gould

 

Geneviève Guay

 

Michel Guerra

 

Louise Guilbert

 

Pierre Hébert

 

Kevin Hirsch

 

Svein Hubinette

 

Robert Isabelle

 

André Joyal

 

Hélène Janssen

 

Peter Janssen

 

L’Honorable Serge Joyal

 

Andrea Kneeland

 

Micheline Lachance

 

Andy Lamarre

 

Marie-Jeanne Landry

 

Mario Langlois

 

Steven Laperrière

 

André Laramée

 

Marie-Claude Lavallée

 

Simon Lebrun

 

Denyse Lecat

 

Nicole Leduc

 

Germain Lefebvre

 

Yves Lefebvre

 

Eric LeRiche

 

Diane Leroux

 

Réjean Lizotte

 

Paul Lussier

 

Diane Makos

 

Danielle Marmen

 

Daniel Martin

 

Céline Massicotte

 

Bernard Mathieu

 

Hugues Mazhari

 

Nicole Mazhari

 

Marie-France McKerrow

 

Odette Mercier

 

Hélène Meunier

 

Chantale Michaud

 

Francine Montpetit

 

Germaine Montpetit

 

Ginette Montreuil

 

Gemma Morasse

 

Suzanne Moro

 

Robert Nasr

 

Louiselle Paquin

 

John Parisella

 

Marc Patenaude

 

Carole Pagé

 

Suzanne Pelland

 

Claude Perron

 

Ginette Petit

 

Bernard Plante

 

Francine Poirier

 

Jean Poirier

 

Gilles Pomerleau

 

Paulette Pomerleau

 

Hugues Poulin

 

Benoît P. Racette

 

Sylvain Racette

 

Micheline Ralet

 

Michèle Riva

 

Céline Saint-Pierre

 

Arnaud Sales

 

Dominique Sales

 

Jacques Sarrailh

 

Alain Stanké

 

Gala Stevenson

 

John St-Louis

 

Henri Tasca

 

Johanne Tremblay

 

Philippe Tremblay

 

Carole Trow

 

Jacques Trudel

 

Louise Vandelac

 

Yvonne Vaillancourt

 

Caroline Varin

 

Catherine Viau

 

Danielle Voisard

 

Christine Waters Rourke


 
11 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 17 août 2020 08 h 00

    L'usage des véhicules automobiles est le véritable enjeu

    30 000 habitants sur 4 km² est une densité tout à fait acceptable. Par exemple, l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie a une population de 140 000 habitants pour une superficie de 16 km², soit 35 000 habitants par 4 km². Et cet arrondissement n'est pas particulièrement dense. Il inclut de nombreux espaces verts, notamment le Jardin botanique et le Parc Maisonneuve.

    La véritable préoccupation concerne l'utilisation des autos et des VUS qui doit être contrainte et celle du REM qui doit être maximisée. La limitation du nombre de places de stationnement est nécessaire. Il faudrait aussi ajouter un pont reliant l'Île-des-Sœurs à Verdun directement.

    Les auteurs appréhendent la construction de nouveaux gratte-ciel sur l'Île. Notons que ce genre d'habitations n'existe pas dans Rosemont même si la densité de la population y est actuellement près du double de celle de l'Île-des-Sœurs. Cela s'explique par le fait que la densité des logements sur la plupart des rues de l'Île est faible, très inférieure à celle de Rosemont. C'est un choix qui a été fait. Les tours d'habitations viennent compenser cette faible densité.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 août 2020 08 h 13

    J'ai toujours pensé depuis le début....

    ... que le développement de l'île des Soeurs était une erreur.
    Impossible aux résidents d'en sortir ou aux véhicules d'urgence d'y entrer en cas de congestion sur le pont, ou pire, de dommage sérieux au pont. Mais ça faisait à ces résidents un p'tit velours, un sentiment d'exclusivité de vivre sur leur île privée, encore mieux isolés des quartiers populaires de Montréal que Westmount.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 17 août 2020 08 h 58

    Griffintown, RoyalMount...

    Comme il est bon vivre à Montréal, cette métropole de la FRANCOPHONIE!! Après le saccage de la langue, allons-y pour celui de L'ENVIRONNEMENT !! On n'arrête pas le progrès...c'est dans la NATURE HUMAINE.

  • Bernard Bujold - Inscrit 17 août 2020 09 h 10

    L’ILE DES SOEURS EN 2020

    Malheureusement, il y a des combats qui sont perdus à l’avance...
    J’ai connu l’Ile des Soeurs en 1991 et j’y ai vécu jusqu’en 2010. Il n’y avait alors aucune construction au delà du condo Val de l’Anse. Les édifices 100 et 200 de Gaspé étaient encore haut de gamme et attirants. Les condos les plus luxueux sur l’Ile étaient les Verrières.
    Le début de la fin fut lorsque l’on a commencé à développer le sud-ouest de l’Ile et construire dans la partie boisée. Toute la faune a alors commencé à être détruite. Des gens ont bien essayé à l’époque de s’opposer mais sans succès.
    Une population avec une richesse financière s’est tranquillement installée dans les nouvelles constructions de la partie Ouest et ce fut le tournant final! L’argent avait eu raison de l’Ile des Soeurs...
    Assez étrangement, les nouveaux habitants étaient tous attirés sur l’Île des Soeurs pour son calme mais, un peu comme pour une vente de Boxing Day, la foule est toujours destructrice du calme et de la beauté...

    • Olivier Légaré - Abonné 17 août 2020 10 h 42

      Griffintown est le nom d'origine du quartier marqué par une occupation massive des ouvriers Irlandais depuis la seconde moitié du 19e siècle. Que cela vous déplaise ou non, Montréal a un passé qui n'est pas uniquement francophone.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 17 août 2020 09 h 18

    Monstruosité urbaine au service de l'enlaidissement de la nature...

    Alors que je faisais une balade en kayak avec ma sœur, en voyant l'échafaudage de la bêtise sur la pointe Ouest de l'île, j'ai vraiment eu une vision d'horreur me donnant mal au cœur. Que voulez-vous: c'est L'ÉCONOMIE AVANT TOUT!! La nature et l'environnement? Bof...pour ce que ça rapporte...