Y a-t-il un rôle pour le Canada et le Québec dans l’avenir du Liban?

«Nous avons des liens historiques avec ce pays. Au-delà de la nécessaire aide humanitaire déjà prévue, le Canada pourrait offrir sa coopération pour assister le Liban», dit l'auteur.
Photo: Joseph Eid Agence France-Presse «Nous avons des liens historiques avec ce pays. Au-delà de la nécessaire aide humanitaire déjà prévue, le Canada pourrait offrir sa coopération pour assister le Liban», dit l'auteur.

On se souviendra que lors du printemps arabe de 2011 peu de pays avaient évité la colère de la rue. On avait souligné que les monarchies au Maroc et en Jordanie avaient bien amorti le choc et que le Liban, généralement le théâtre de bien des crises, conflits et interventions extérieures, avait décidément été bien calme dans les circonstances. On expliquait cette situation par la présence d’une démocratie parlementaire et par la crainte des Libanais de se voir replonger dans une autre guerre fratricide.

Il aura fallu près d’une décennie pour que le pays du cèdre traverse à son tour une période de turbulences. Crise économique, financière, sociale et politique, sans oublier la pandémie. La terrible tragédie du port de Beyrouth a mis en lumière le fait que le Liban n’allait pas bien. Des tares comme la corruption, l’impuissance des gouvernements, la rapacité des élites sont citées. On entend aussi des voix qui remettent en question son système politique confessionnel.

Ce dernier fut mis en place de façon progressive. D’abord, dans la Constitution de 1926 pendant le mandat français, puis lors du Pacte national de 1943 et actualisé dans les accords de Taëf de 1989, qui avaient permis la fin de la guerre civile. Pareille distribution du pouvoir entre les principales communautés libanaises, accordant la présidence de la République à un chrétien maronite, le poste de premier ministre aux sunnites et la présidence de la Chambre des députés aux chiites, tout en établissant une représentativité au Parlement, avait probablement du sens pour ce pays fragmenté.

On peut se demander si ce système n’a pas fait son temps désormais et s’il ne nuit pas en favorisant le clientélisme. La réponse n’est pas simple et n’étant pas libanais, il m’est difficile de connaître tous les tenants et aboutissants de cette réalité. Mais ayant « pratiqué ce pays » sur place et à Ottawa pendant quelques années, j’ai constaté jusqu’à quel point ses habitants gardaient un attachement communautaire, sinon confessionnel. Pour certains, il s’agissait de foi, pour d’autres d’identification culturelle et sociale. Il faut aussi dire que lors des crises et des conflits libanais, les églises et mosquées offraient réconfort et assistance. Et continuent de le faire.

Abnégation

Bâtir un Liban laïc ne sera pas facile, si tel est le but des Libanais. La fin du système confessionnel n’est sans doute pas pour demain, d’autant plus qu’il sert beaucoup de groupes, dont le Hezbollah. La corruption est un autre problème, mais pas seulement dans cette région. Notre commission Charbonneau fut éclairante à ce sujet… Il est compliqué par le fait que toute la société libanaise est touchée. Il ne suffit pas de mettre en place des lois contre la corruption, encore faut-il les appliquer et verser des salaires décents.

Cela m’amène à envisager un rôle pour le Canada et le Québec et d’offrir quelques pistes dans le contexte du processus éventuel de changement structurel au Liban. De nombreux observateurs se sont exprimés sur le fait que le Canada n’était jamais revenu sur la scène internationale, contrairement à ce qu’avait promis le premier ministre Trudeau, et que cela avait probablement joué contre nous pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. S’il y a une région où le Canada a disparu de la carte, c’est bien le Moyen-Orient.

Les facteurs favorisant un partenariat constructif avec le Liban sont nombreux. C’est un membre de la francophonie, la diaspora libanaise ici est importante. Nous avons des liens historiques avec ce pays. Au-delà de la nécessaire aide humanitaire déjà prévue, le Canada pourrait offrir sa coopération pour assister le Liban.

Ce ne sont pas les constitutionnalistes canadiens qui manquent, non plus que d’autres types d’expertise pertinente. Notre expérience avec le multiculturalisme (ou interculturalisme, si on préfère), bien qu’imparfaite, pourrait être mise à profit. Le Canada pourrait même aider dans la réalisation d’un premier recensement libanais officiel depuis 1932.

Je mentionnais auparavant la commission Charbonneau. Les leçons que le Québec en a tirées et les moyens pour y répondre pourraient servir ailleurs. Bien que les situations soient fort différentes.

Le fait de ne pas être l’ancienne puissance mandataire devrait nous servir. Il ne s’agit pas d’arriver avec de gros sabots, mais d’offrir une aide que les Libanais jugeraient utile. Les Canado-Libanais, y compris ceux qui sont retournés là-bas, pourraient devenir d’intéressants complices. Une contribution canadienne et québécoise pour renouveler le Liban, dans une approche inclusive, permettrait aussi de participer à la stabilité régionale. On pourrait tout autant œuvrer à la formation d’une coalition d’amis du Liban, comprenant des pays arabes comme la Tunisie et le Maroc.

Pour récolter les fruits de toute coopération entre nos deux pays sur le plan des réformes politiques, si jamais elles avaient lieu, il faudra du temps et beaucoup de diplomatie. Les obstacles seraient trop longs à énumérer. Le Liban est complexe, et sa situation géographique ne facilite rien. Mais pour une fois, soyons ambitieux ! Il est grand temps que le Canada se réinvestisse au Moyen-Orient.


 
4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 11 août 2020 08 h 20

    Que le Canada et les autres restent chez eux

    Bon, notre diplomate n’apporte rien de nouveau à part de proposer des constitutionalistes canadiens. Enfin, comme si la constitution canadienne venue d’Angleterre était ce qui a de meilleur à offrir à l’humanité et était un chef d’œuvre démocratique avec son gouvernement des juges et ses chartes qui ressemblent étrangement aux tablettes d'un certain Moïse. Oui, misère.

    Ceci dit, revenons au Liban. Les accords de Taëf avaient mis fin justement à 15 ans de guerre civile et de nombreux massacres comme celui de Sabra et Chatila. Maintenant, on demande que ce système soit remplacé, mais par quoi? Il faut le dire, il reste moins d’un million de chrétiens au Liban sur une population de 7 millions de sunnites et chiites sans inclure les 2 millions de réfugiés palestiniens et syriens. Et on parle de bâtir un Liban laïc.

    Le passage le plus intéressant de cet article est lorsque l’auteur constate que le Liban, c’est le communautarisme religieux à la puissance de mille dans ce pays de misère. En d’autres mots, les gens s’identifient selon leur religion et culture. Le « melting pot » n’a jamais eu lieu et ce qu’on peut entrevoir avec ces manifestations, eh bien, c’est tout simplement une guerre civile à venir avec des pays étrangers tirant les ficelles. Le parallèle avec la Syrie est frappant. En fait, c’est l’islamisation de cette région qui devrait retenir notre attention. N’est-ce pas Nicolas Sarkozy en 2011 qui avait proposé au patriarche maronite que les 1,3 millions de chrétiens viennent s’établir en Europe? C’était ce qui était arrivé avec les 2 millions de chrétiens d’Irak.

    Il est plus qu’illusoire de penser qu’on pourrait établir un pays laïc au Liban. Avec plus de 90% de musulmans qui composent la population et qui sont religieux à l’extrême, c’est la recette parfaite pour l’échec. De toute façon, il y aura une guerre civile pour décider qui dominera le pays entre les sunnites et les chiites. Les chrétiens ne feront que subir l’intolérance des autres.

    • Sylvie Demers - Abonnée 12 août 2020 15 h 02

      @ M.Dionne...contrairement à ce " bon diplomate" vous cernez avec beaucoup d'exactitude et de discernement la situation réelle du Liban....qui n'a rien de réjouissant ni de prometteur... ayant visité il y a une cinquantaine d'années le camp de Sabra et Chatila,les réfugiés dans leur abri de fortune en tôle affirmaient être là pour y rester quoiqu'il arrive...
      Il ne reste au Liban,malheureusement,que de servir encore de terrain de bataille pour les factions religieuses qui s'y livreront une lutte à finir ...!

  • Richard Lupien - Abonné 11 août 2020 08 h 53

    S’ingérer dans la gouverne d'un pays?

    Monsieur François LaRochelle,

    Vous écrivez plus que légèrement et naïvement: « De nombreux observateurs se sont exprimés sur le fait que le Canada n’était jamais revenu sur la scène internationale, contrairement à ce qu’avait promis le premier ministre Trudeau, et que cela avait probablement joué contre nous pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. S’il y a une région où le Canada a disparu de la carte, c’est bien le Moyen-Orient.»

    Le gouvernement Trudeau et précédemment celui de Harper sont intervenus au Moyen-Orient mais d'une façon éhontée en appuyant scandaleusement Israël dans sa mainmise sur la Palestine. Et vous auriez souhaité qu'il devienne membre non-permanent du conseil de sécurité de l'ONU?
    C'est cet appui inconditionnel qui a fait que de nombreux citoyens du monde condamnent les gouvernements successifs d’Israël pour sa façon de traiter les habitants de la Palestine. Vous devriez savoir que de nombreux pays n’accepteront la présence du Canada au conseil de sécurité justement à cause de cette partialité néfaste envers tout un peuple.

    Plus loin vous écrivez: « Notre expérience avec le multiculturalisme (ou interculturalisme, si on préfère), bien qu’imparfaite, pourrait être mise à profit.»

    Mais c'est justement ce multiculturalisme qui a fait que le Liban est au bord du gouffre. Vous devriez savoir que les religions sont parties intégrantes de la culture de nombreux citoyens au Liban comme partout ailleurs....et ce sont les disputes entre ces religions qui font que ce pays est ingouvernable.

    De plus il nous faut ici au Québec dénoncer ce multiculturalisme néfaste pour notre société.

    Seulement les libanais et libanaises pourraient se gouverner en se votant une constitution citoyenne et en prenant en main leurs affaires.

    Richard Lupien
    Ormstown

  • Richard Lupien - Abonné 11 août 2020 10 h 46

    Monsieur François LaRochelle,

    Vous écrivez plus que légèrement et naïvement: « De nombreux observateurs se sont exprimés sur le fait que le Canada n’était jamais revenu sur la scène internationale, contrairement à ce qu’avait promis le premier ministre Trudeau, et que cela avait probablement joué contre nous pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité des Nations unies. S’il y a une région où le Canada a disparu de la carte, c’est bien le Moyen-Orient.»

    Le gouvernement Trudeau et précédemment celui de Harper sont intervenus au Moyen-Orient mais d'une façon éhontée en appuyant scandaleusement Israël dans sa mainmise sur la Palestine. Et vous auriez souhaité qu'il devienne membre non-permanent du conseil de sécurité de l'ONU?
    C'est cet appui inconditionnel qui a fait que de nombreux citoyens du monde condamnent les gouvernements successifs d’Israël pour sa façon de traiter les habitants de la Palestine. Vous devriez savoir que de nombreux pays n’accepteront la présence du Canada au conseil de sécurité justement à cause de cette partialité néfaste envers tout un peuple.

    Plus loin vous écrivez: « Notre expérience avec le multiculturalisme (ou interculturalisme, si on préfère), bien qu’imparfaite, pourrait être mise à profit.»

    Mais c'est justement ce multiculturalisme qui a fait que le Liban est au bord du gouffre. Vous devriez savoir que les religions sont parties intégrantes de la culture de nombreux citoyens au Liban comme partout ailleurs....et ce sont les disputes entre ces religions qui font que ce pays est ingouvernable.

    De plus il nous faut ici au Québec dénoncer ce multiculturalisme néfaste pour notre société.

    Richard Lupien
    Ormstown