Nos étés deviennent des natures mortes

Le Bti qu’on pulvérise dans les marais, les étangs, les fossés, les ruisseaux et les embouchures des lacs au Québec comprend 80% d’additifs, de la cochonnerie pour nos poissons, nos grenouilles, nos tortues… et les baigneurs!
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le Bti qu’on pulvérise dans les marais, les étangs, les fossés, les ruisseaux et les embouchures des lacs au Québec comprend 80% d’additifs, de la cochonnerie pour nos poissons, nos grenouilles, nos tortues… et les baigneurs!

En juillet 2020, on est partis à deux, en vieux amoureux, un brin déçus de ne pouvoir prendre l’avion pour nos vacances cette année, mais heureux à l’idée de repartir à la découverte de tout ce qu’on a de beau chez nous au Québec. Sur le coin de la table, on s’est dit… et pourquoi pas Lanaudière ? Il y a plein de beaux lacs par là et des forêts à perte de vue… et pas trop de monde non plus, pour des jaloux du silence comme nous.

Difficile d’expliquer notre déception tout au long de notre séjour. Du bois dans Lanaudière et des lacs, ça oui, il y en a à profusion. Mais le reste qui vient avec, dans nos magiques souvenirs d’enfant, c’est tout parti, ou presque : le bruit des flaques que font les grenouilles qui sautent au bord de l’eau, les papillons et les libellules qui virevoltent dans les champs de fleurs, le bruissement dans les feuilles d’une bébitte mystérieuse qui met en état d’alerte et donne envie de partir à sa recherche. Un oiseau de proie qui apparaît dans notre champ de vision et attrape un poisson durant une sortie en kayak, un héron qui gobe sous nos yeux un crapet-soleil. On n’a rien vu de ça… ou si peu.

On aime le silence, oui, mais certainement pas celui des oiseaux. Où sont-ils tous passés ? Certes, il en reste, ceux qui restent à l’année ; mais où sont passés tous les autres, ces superbes migrateurs, ces oiseaux qui se nourrissent d’insectes et qui remontent chez nous dans le Nord durant la saison chaude exclusivement pour assurer leur descendance ?

Où sont tous ces oiseaux multicolores qui chantent mille chansons et gobent nos mouches ? On n’en a pas vu ni entendu… ou si peu ! Où sont les parulines, les moucherolles, les viréos, etc. ? Où sont passées nos magnifiques hirondelles ? Est-ce que nos étés au Québec deviennent des natures mortes ? Qu’est-ce qu’un beau paysage si plus rien n’y vit ou si peu ? Qu’est-ce que devient notre Québec si tout est en train d’y mourir ?

Insecticide

Tout le monde sait combien la nature subit des agressions de partout ; on le répète depuis des années : changements climatiques, coupes à blanc, remblais de milieux humides, plastiques partout et pesticides, ces tueurs silencieux. On ne peut pas tout changer du jour au lendemain, mais il y a des choses qu’on peut faire vite pour redonner à manger à toutes ces espèces qui crient famine.

Le Bti (Bacillus thurengiensis israelensis), contrairement à ce qu’on lit depuis 40 ans, n’est pas une bactérie inoffensive qu’on pulvérise dans les plans d’eau pour se débarrasser des moustiques et des mouches noires. Non, le Bti ne tue pas que les larves de ces deux insectes, mais des tas d’autres larves, et surtout des larves d’insectes qui ne piquent pas.

Dans les faits et selon la science indépendante, le Bti détruit, de façon directe ou indirecte, quantité d’espèces non ciblées. Résultat : on affame toute la chaîne alimentaire. Et ce n’est pas tout : cet insecticide, qu’on pulvérise dans les marais, les étangs, les fossés, les ruisseaux et les embouchures des lacs comprend 80 % d’additifs, de la cochonnerie pour nos poissons, nos grenouilles, nos tortues… et les baigneurs !

Dans les faits, du printemps à l’automne, les citoyens paient une taxe obligatoire qui fait mourir nos paysages pour que monsieur et madame soient confortables sur leur patio pendant leurs vacances… au bord du lac.

Dans Lanaudière, 6 municipalités sur 14 pulvérisent et dans les Laurentides, 17 sur 30 ! Chez nous, en Outaouais, on traite au Bti dans deux municipalités sur six dont, tristement, à Gatineau ! Est-ce qu’on traite aussi dans votre région ? Au Québec, nous payons pour détruire la vie sur des milliers d’hectares de nature, alors qu’il existe des solutions de rechange nullement dommageables pour les écosystèmes.

Nous sommes tous responsables de cette destruction, ne serait-ce que par notre incapacité à remettre en question l’autorité, notre inaction ou notre manque de courage, qu’on soit citoyen ou élu. Est-ce donc de cette fibre que nous sommes faits ?

Moi et mon conjoint avons vu, au fil du temps, des choses merveilleuses à l’étranger. Mais rien qui nous touche autant que nos vastes beautés naturelles au Québec. Il est urgent qu’on agisse pour que reviennent chez nous nos joyeuses vacances estivales, bourrées de vie, de petites merveilles et d’instants magiques qui nous rappellent combien tout est lié et que… les petits maringouins, ça fait aussi partie de l’été ! Quant aux natures mortes, ça, c’est bon pour les musées.


 
22 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 7 août 2020 01 h 27

    Si vous aviez passé vos vacances comme tout le monde à cheval sur une motomarine...

    … rendu à l'heure du souper des oiseaux vous en retrouveriez emballés et réfrigérés à l'épicerie du camping du côté où l'on gare les Winnerbago.

    De toute façon, qu'importe la pollution vu que le Soleil s'éteindra inéluctablement d'ici cinq milliards d'années;

    Songez qu'avec l'évolution des espèces, que le maringouin adopte d'ici ce temps-là la taille d'un 747; imaginez: une seule piqûre, et c'en ai fini de votre descendance; vous devriez y songer lors de vos excursions en kayak.

  • Yvon Pesant - Abonné 7 août 2020 05 h 51

    Le pareil du contraire

    Dans nos milieux d'agriculture intensive, le résultat est le même. Mais c'est avec des produits chimiques comme le glyphosate, les néonicotinoïdes et combien d'autres utilisés encore et toujours trop massivement qu'on obtient la mise à mort de la biodiversité végétale et animale.

    Un grand merci aux producteurs et producteurs agricoles qui se sont proposés une sérieuse réflexion à cette enseigne et qui ont posé des gestes concret pour nous garder voire nous ramener un peu plus de vie sur terre... et mer. Parce que c'est jusque là que va la destruction de l'environnement.

    Merci aussi à vous, madame Charron et monsieur Bégin, pour ce très beau texte qui nous invite à nous indigner intelligemment de de semblables situations dans nos milieux de vie terrestres et aquatiques.

  • Yvon Pesant - Abonné 7 août 2020 05 h 51

    Le pareil du contraire

    Dans nos milieux d'agriculture intensive, le résultat est le même. Mais c'est avec des produits chimiques comme le glyphosate, les néonicotinoïdes et combien d'autres utilisés encore et toujours trop massivement qu'on obtient la mise à mort de la biodiversité végétale et animale.

    Un grand merci aux producteurs et producteurs agricoles qui se sont proposés une sérieuse réflexion à cette enseigne et qui ont posé des gestes concret pour nous garder voire nous ramener un peu plus de vie sur terre... et mer. Parce que c'est jusque là que va la destruction de l'environnement.

    Merci aussi à vous, madame Charron et monsieur Bégin, pour ce très beau texte qui nous invite à nous indigner intelligemment de de semblables situations dans nos milieux de vie terrestres et aquatiques.

  • Pierre Bertrand - Abonné 7 août 2020 06 h 24

    Bti

    Bonjour, Le BTi n'est pas un insecticide. Je serais aussi intéressé à vos références scientifiques.

    Merci.

    Pierre Bertrand

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 7 août 2020 08 h 59

      Au lieu d'ergoter, instruisez-nous !

    • Marc Therrien - Abonné 7 août 2020 10 h 08

      Un bio-larvicide écologique et non toxique qui peut pourtant avoir les mêmes effets dévastateurs qu'un insecticide chimique quand il prive de nourriture une quantité d’autres être vivants luttant eux aussi pour leur survie.

      Pauvres humains passionnés du confort.

      Marc Therrien

  • André Savard - Abonné 7 août 2020 08 h 35

    D'abord présentée comme une mesure écologique

    J'habitais St-Donat quand cette mesure visant à répandre de l'insecticide sur les plans d'eau fut présentée au conseil municipal. À cette époque, l'insecticide en question se prétendait "biologique" et "écologique". Et puis on ajoutait que le rayon dans lequel l'insecticide trouvait son efficacité étant limité, les oiseaux dénicheraient de la nourriture plus loin. Ce fut répandu et nous n'eûmes plus à nous couvrir de chasse-moustique pour sortir. Seulement, comme le racontent les auteurs de ce texte, les ouaouarons, les crapauds, les hirondelles désertèrent de plus en plus les environs et j'en arrivai aux mêmes conclusions qu'eux.