Il faut tendre la main au Liban

«Après la vie chère et la pandémie, la dévastation causée par les explosions de Beyrouth est la crise de trop: les premières estimations parlent de 300 000 sans-abri», écrit l'autrice.
Photo: Agence France-Presse «Après la vie chère et la pandémie, la dévastation causée par les explosions de Beyrouth est la crise de trop: les premières estimations parlent de 300 000 sans-abri», écrit l'autrice.

On dit que Beyrouth est la ville qui ne meurt jamais. Je suis née dans cette ville, je l’ai retrouvée adulte, comme une vieille amie qui a connu la guerre et la souffrance, mais qui n’a jamais perdu son sourire.

Ma famille palestinienne n’avait pas de pays, elle a trouvé quelque chose qui lui ressemblait dans les dédales de la capitale libanaise. Autour du poêle dans le salon de ma grand-mère, l’odeur du halloumi se mêlant aux effluves de diesel de la rue, on se sentait chez soi.

Le salon de ma grand-mère, comme les autres pièces de sa maison, a été détruit dans les bombardements israéliens de 2006, emportant avec eux les souvenirs de toute une vie. Sur les photos qu’on m’a fait parvenir, rien n’est reconnaissable, sauf le tissu rouge des fauteuils enfumés.

Parlez à n’importe quel Libanais et il vous racontera une version de la même histoire. Hier, c’était la guerre civile, aujourd’hui, c’est l’explosion du port, demain, qu’attendre d’autre que d’autres morts à enterrer ? Beyrouth ne meurt jamais, mais elle ne cesse de souffrir.

Et pourtant. Ce peuple que tout devrait abattre reste debout. Depuis des mois, les gens de Beyrouth se rassemblent pour dénoncer l’incompétence et la corruption de leur gouvernement, incapable d’assurer le strict minimum : la collecte des vidanges et un réseau d’électricité stable.

La situation est si maussade que leur colère pourrait facilement déborder, mais, dans les manifestations, le pacifisme est de rigueur et les visages sont toujours joyeux. Il y a au Liban l’espoir de la vie meilleure, une flamme que rien n’arrive à éteindre, comme si ces gens disaient à l’univers : nous n’avons rien, sauf nous autres, et c’est assez pour déplacer des montagnes.

Solidarité

Je prends la plume aujourd’hui parce qu’ils n’y arriveront pas seuls. C’est là où nous entrons en scène. Depuis que nous existons sur la scène internationale, le Québec et les Québécois se distinguent par leur tradition de solidarité. Nous avons répondu présents lorsqu’une épidémie d’Ebola s’est déclarée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest en 2014.

Le Québec a apporté son soutien à Haïti lors du passage de l’ouragan Matthew, deux ans plus tard. En 2015, le ministère des Relations internationales aidait le Liban à accueillir les centaines de milliers de personnes fuyant la violence du conflit syrien, troquant la catastrophe pour la vie difficile du réfugié, à l’instar des convois de réfugiés palestiniens il y a plus d’un demi-siècle.

Le temps est venu de tendre la main au Liban une nouvelle fois. Même si, sous la gouverne de la CAQ, les relations internationales du Québec se résument trop souvent au commerce, le Programme québécois de développement international dispose encore de moyens conséquents pour remplir notre devoir de solidarité. Son volet Aide d’urgence permet d’offrir du soutien financier et logistique aux sinistrés des catastrophes comme celle qui vient de plonger les Libanais dans le deuil. Ils en ont bien besoin.

Après la vie chère et la pandémie, la dévastation causée par les explosions de Beyrouth est la crise de trop : les premières estimations parlent de 300 000 sans-abri. Sur quoi ces gens peuvent-ils compter, sinon sur la solidarité de leurs amis, sur la nôtre ? Ne les laissons pas seuls entre les mains d’un gouvernement corrompu et négligent.

Il n’est pas étonnant que des dizaines de milliers de Libanais aient choisi de s’installer au Québec. Notre amour de la littérature, de la musique, de la culture, ces bons vivants le connaissent bien. L’humanisme qui anime les salons de Beyrouth, je le retrouve ici. Nous n’avons pas qu’une langue en commun : lorsque nos langues se délient, nous osons rêver de liberté.

Les Québécois partagent des choses avec le peuple du pays du Cèdre. En ces jours de deuil et de souffrance, partageons un peu de son fardeau.

6 commentaires
  • Hélène Lecours - Abonnée 6 août 2020 06 h 55

    Bien sûr

    J'espère que le Québec se montrera généreux et efficace dans cette situation de fin du monde. Seule la solidarité et le partage peuvent donner sens à cette planète sans dessus-dessous. Beaucoup ne savent pas quoi faire de leur argent à part le jeter par les fenêtres du tourisme de masse et autres bebelles chinoises. C'est le temps de changer d'attitude en ce qui concerne l'argent.

  • Hermel Cyr - Abonné 6 août 2020 07 h 25

    Solidarité avec un peuple frère!

    On ne peut que répondre favorablement à l’appel de Mme Ghazal en étant solidaire du peuple libanais devant cette épreuve épouvantable qui survient dans un contexte économique, politique et sanitaire particulièrement pénible.

    Que le gouvernement et les citoyens du Québec apportent leur soutien et leur aide dans toute la mesure de leur capacité à un peuple frère qui confronte cette terrible catastrophe !

  • Cyril Dionne - Abonné 6 août 2020 08 h 24

    On a toujours les représentant qu’on mérite dans un système démocratique

    Oui, c’est affreux ce qui se passe au Liban. Nous sommes tous peinés de voir les autres souffrir.

    Ceci dit, ce gouvernement des Libanais, a été élu par les Libanais et pour les Libanais. Ce sont toujours les non-dits qui sont tonitruants dans cette affaire gouvernementale. Le Liban est une société multiculturaliste religieuse doté d'un système politique fondé sur une répartition du pouvoir proportionnelle au poids de chaque communauté religieuse. Tiens donc, la proportionnelle religieuse. Vous ajoutez à cela les différents groupes terroristes qui y foisonnent, le parti de Dieu, le Hezbollah, l’OLP, l’État islamique, le Hamas, les Frères musulmans, le Jihad islamique égyptien et j’en passe et vous avez la recette pour un état dysfonctionnelle et moribond, politiciens inclus.

    Cette société multiculturaliste religieuse n’est pas un pays dans le sens du terme; c’est une coalition qui maintient, isole les groupes ethniques, renforce une mentalité de repli sur soi et conduit à de fortes divisions entre les groupes à l'intérieur même de l'État.

    On ne peut pas parler de nation libanaise, mais plutôt un alignement de diverses croyances et religions qui se côtoient et où la méfiance est de mise et naturelle. Très facile de souligner l’incompétence de politiciens élus, mais ils ne sont que le sombre reflet de leur société respective. On a toujours les représentant qu’on mérite dans un système démocratique.

    • Marc Levesque - Abonné 6 août 2020 11 h 03

      "On a toujours les représentant qu’on mérite dans un système démocratique"

      Voyons, ce sophisme est une sur simplification.

    • Hermel Cyr - Abonné 6 août 2020 13 h 28

      Vous avez raison de souligner la présence au Liban d’un nombre appréciable de factions radicalisées sur la base religieuse.

      De ce point de vue, la situation prévalant au Liban doit être un avertissement à tous ceux qui se complaisent à satisfaire politiquement les groupes identitaires sous prétexte de diversité. Dans les États où la citoyenneté est phagocytée par les factions, l’autorité et la légitimité de l’État de droit sont sapées et entrainent le dysfonctionnement et la corruption qu’on constate au Liban.

      À ces facteurs endogènes s’ajoutent les facteurs exogènes. En effet, le Liban est un État qui demeure potentiellement la proie de ses voisins expansionnistes, nommément Israël et la Syrie. On ne saurait sous-estimer les projets sionistes et syriens de Grand Israël et de la Grande Syrie. C’est pourquoi la situation actuelle est critique à cet égard.

      Autrement dit, le Liban est dans de très mauvaises positions tant civiques que géostratégiques. Et son avenir en tant qu’État souverain reste incertain.

      Mais dans l’immédiat, il importe de démontrer notre solidarité en termes d’aide humanitaire et à plus long terme, notre soutien au peuple libanais pour des réformes nécessaires visant un Liban libéré de ses démons intérieurs et extérieurs.

    • Marc Therrien - Abonné 6 août 2020 18 h 18

      On comprend que vous ne voteriez pas pour Ruba Ghazal si vous habitiez dans son comté.

      Marc Therrien