Le projet d’annexion sous respirateur?

«Le premier ministre Benjamin Nétanyahou fait face à des manifestations continues et violentes de la part des Israéliens», écrit l'auteur.
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse «Le premier ministre Benjamin Nétanyahou fait face à des manifestations continues et violentes de la part des Israéliens», écrit l'auteur.

La recrudescence de la pandémie et ses effets désastreux sur l’économie et l’emploi tant aux États-Unis qu’en Israël rendent l’hypothèse d’une annexion immédiate de territoires en Cisjordanie prématurée. Depuis le 1er juillet, date officielle du début du processus d’annexion, rien n’a vraiment bougé, selon plusieurs ministres proches de Benjamin Nétanyahou.

Étant donné la gravité de la remontée de la pandémie tant en Israël qu’aux États-Unis, la grande priorité de Donald Trump et de Nétanyahou est de concentrer tous leurs efforts afin de juguler la pandémie et de minimiser les pertes d’emploi. Les deux leaders se sont rendu compte que la levée hâtive des restrictions a été désastreuse en raison de l’augmentation rapide des cas de contamination, d’hospitalisation et de décès.

Bibi fait face à des manifestations continues et violentes de la part des Israéliens, tous partis confondus. Les Israéliens protestent contre la gestion pitoyable de la pandémie et la récession économique, mais aussi contre la corruption et son autoritarisme.

Les sondages qui étaient favorables à Nétanyahou et à Trump pendant la première vague de la pandémie sont présentement en chute libre. Les sondages actuels donnent quand même Bibi gagnant avec quelques sièges de majorité. Malgré ses déboires judiciaires et en ce qui concerne la pandémie, Bibi demeure, de loin et contre toute attente, le leader politique le plus populaire en Israël. Cependant, depuis quelques semaines, son pouvoir absolu au sein du Likoud est contesté ouvertement pour sa gestion déplorable de la pandémie.

La priorité numéro 1 de Nétanyahou, c’est de sauver sa peau face aux poursuites judiciaires pour corruption, entre autres. Selon des observateurs israéliens, Bibi est persuadé que la justice israélienne cherche à le déboulonner de son poste de premier ministre, qu’il assume normalement jusqu’en novembre 2021, pour être remplacé, selon l’accord de coalition, par Benny Gantz, le ministre de la Défense du parti centriste Bleu et blanc. En effet, la justice israélienne a annoncé qu’il doit comparaître régulièrement devant les juges dès décembre prochain, avec toute la publicité négative qui pourrait s’ensuivre. Ce qui l’inquiète aussi, c’est que le gouvernement de coalition actuel ne lui permet pas d’influencer et de dénigrer le système judiciaire, dont l’indépendance est protégée par un ministre centriste. Toujours selon les observateurs, Nétanyahou n’hésitera pas à déclencher des élections cet automne afin de reprendre le plein contrôle de la machine gouvernementale.

Les partisans américains traditionnels de Trump sur l’annexion, comme les évangéliques, qui comptent pour 25 % de l’électorat et dont 85 % votent pour Trump, sont actuellement plus préoccupés par la pandémie et la réouverture de leur église que par le projet d’annexion.

L’empressement de Nétanyahou à lancer le processus d’annexion dès le 1er juillet, afin de s’assurer, entre autres, de l’appui de la droite et de l’extrême droite contre les poursuites judiciaires, semble avoir été mal géré. Selon Haaretz, le processus aurait été peu ou pas coordonné avec ses partenaires centristes, dont Trump exige l’accord au projet d’annexion, les autorités militaires et sécuritaires, qui doivent établir à l’avance les plans sécuritaires, dans le cas probable de violences palestiniennes, et les autorités diplomatiques dans les cas de sanctions ou de mesures de rétorsion de la part des différents acteurs internationaux. Les sondages faits en juillet montrent que l’annexion n’est pas du tout une priorité pour les Israéliens.

La survie d’abord

Le 25 août prochain est la date ultime pour voter le budget proposé par Nétanyahou et contesté par Gantz, peu populaire dans les sondages. S’il n’est pas adopté par la Knesset, selon la loi, les élections devront être déclenchées, à moins qu’un compromis soit trouvé. Une élection israélienne en novembre signifierait le report du projet d’annexion après les élections américaines.

Trump, le maître du jeu quant au processus d’annexion, va continuer à se concentrer sur sa réélection, alors que plusieurs têtes d’affiche du Parti républicain n’hésitent pas à dire ou à faire le contraire de ce que Trump propose en ce qui concerne la gestion de la pandémie. Si l’annexion peut aider à sa réélection, Trump devrait la soutenir ouvertement, ce qu’il a cessé de faire depuis la recrudescence de la COVID-19. Tant que la pandémie et l’économie ne seront pas maîtrisées, il est peu probable que Trump donne le feu vert à Nétanyahou. Sinon, la question serait réexaminée après les élections. S’il est réélu.

Pour Nétanyahou, l’annexion n’est plus prioritaire, c’est sa survie politique qui l’est. Pour survivre, il doit juguler la pandémie et aider les Israéliens massivement au chômage (20 % contre 3,9 % avant la pandémie) à survivre économiquement. Quant à Joe Biden, s’il devient président, le projet d’annexion unilatérale devrait connaître une mort certaine.

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 31 juillet 2020 08 h 11

    Biden, vraiment ?

    Vous dites que, quant à Joe Biden, s’il devenait président, le projet d’annexion unilatérale connaîtrait une mort certaine. Je ne suis pas expert comme vous, mais pensez-vous vraiment que le lobby juif laisserait faire? À moins que le lobby pétrolier saoudien, lui aussi très fort, vire capot et décide que, cette fois-ci, il devait appuyer les Palestiniens ?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 31 juillet 2020 08 h 18

    Pas le bon moment

    Dans votre document, pas un mot sur la légitimité et les raisons de cette annexion. Tout simplement une analyse froide du moment mal choisi pour la faire.

    Comme moi, j'imagine que les palestiniens ne vous porteront pas dans leur coeur.

  • David Cohen - Abonné 31 juillet 2020 15 h 12

    david cohen

    Suite au commentaire de M. Terreault sur le lobby juif, je vous fait remarquer que si j' ai choisi de parler des évangéliques et non des juifs, c' est parce que les juifs américains devraient voter massivement pour Biden comme ils l' ont fait en 2016 (75%) et en en 2018 (80%). Pour votre information, les juifs américains votent traditionnellement démocrate. L'important lobby pro- israelien américain AIPAC a décidé de rester neutre sur la question de l' annexion, ce qui est considéré comme un progrès significatif par les groupes juifs sionistes progressistes importants américains tels que JStreet et American Peace for Now. Je ne parle pas des juifs et groupes anti- sionistes qui ont très peu d' influence sur la question Israel-Palestine, y compris le SQUAD gauchiste au sein du parti démocrate

    Suite au commentaire de M.Marcoux, "pas un mot sur la légitimité de l annexion". Dans un texte court,on ne peut pas tout dire. J' essaie d' être le plus objectif possible dans mon analyse ( ce qui est ma signature et est contraire à un pamphlet partisan, violent et agressif), en minimisant les prises de position émotives , excepté lorsque je parle de tueries de civils ou de situations spécifiques abjectes. Si vous lisez mon précédent texte publié dans le devoir du 29 mai dernier "La communauté internationale va-t-elle sanctionner le projet d’annexion d’Israël?, vous noterez que je qualifie la reaction du PM Trudeau contre le projet d' annexion de "timide" ce qui veut dire que ses critiques ne vont pas assez loin . Pour tout vous dire, je suis autant pro- Israel qie pro- Palestine. Je suis membre des Amis canadiens de La Paix maintenant, chapitre de Montréal. une organisation sioniste qui promeut la vision de deux états souverains, Israel et la Palestine, et s' oppose fortement à l' annexion et l' occupation des territoires palestiniens. Voila

    • Bernard Terreault - Abonné 1 août 2020 08 h 27

      Certaines de vos remarques sur les juifs des ÉU sont éclairantes. J'ai vécu huit ans dans ce pays dans deux universités et les collègues qui se disaient juifs étaient à 90% ''progresistes'' sur la plupart des enjeux, mais soutenaient invariablement Israêl. Pour ma part, je crois que l'idée du retour (après 2000 ans!) des juifs persécutés dans ce coin du monde a été une erreur qui nuira à long terme aux juifs. À ce compte, les Noirs américains ont-ils un ''droit au retour'' en Afrique et le droit de s'y approprier un territoire aux dépens des actuels africains? Et les Amérindiens un droit au retour en Asie? J'aimerais aussi que M. Cohen m'éclaire sur sa vision de l'identié juive: appartenance à une religion particulière, ou à une ''ethnie'' (identifiable par son ADN?), ou groupe culturel? Pour comparer, moi je suis canadien de passeport, québécois culturellement et émotivement, et ''ethniquement'' un quart irlandais, un huitième écossais et cinq huitièmes français (mais je ne sais pas en quelles proportions je suis gaulois, romain ou franc!). J'apprécierais vraiment que M.Cohen me réponde.

  • Robert Laliberté - Abonné 31 juillet 2020 20 h 23

    petite remarque

    « en cas probables de violences palestiniennes », je remarque qu’il s’agit là de la seule occurrence du mot « violence » dans le texte de M. Cohen. Il présente la question de l’annexion comme une affaire de politique politicienne à l’israélienne, nulle part il ne souligne la violence exercée à l’égard des Palestiniens, il n’évoque pas le droit international : comment peut-on par exemple s’objecter à l’annexion de la Crimée par la Russie, si l’on approuve celle de la Cisjordanie ? M. Cohen ne dit pas trop quelle position il a sur la question, on ne peut s’empêcher de penser que c’est un soutien inconditionnel d’Israël.