Le processus d’Oslo, une façade pour préparer l’annexion de la Cisjordanie

«Entre 1993 et 2000, sous l’égide de ce supposé
Photo: Ahmad Gharabli Agence France-Presse «Entre 1993 et 2000, sous l’égide de ce supposé "processus de paix", le nombre de colons en Cisjordanie avait déjà été doublé, passant de 250 000 à près de 500 000», rappelle l'auteur.

De nombreux analystes et diplomates se sont élevés contre le plan israélien d’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie et ont demandé à Israël d’abandonner ce plan et de revenir au processus dit « de paix » amorcé à Oslo.

Or, le processus de négociation entamé à Oslo en 1993 n’a été qu’une façade. Tout en négociant pour gagner du temps, Israël créait des faits accomplis sur le terrain, en préparation de l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie.

Le processus diplomatique d’Oslo avait été accueilli avec enthousiasme par la communauté internationale ainsi que par une partie du leadership palestinien. Même limitée et asymétrique, tout le monde espérait que cette reconnaissance ouvrirait une nouvelle ère de paix. À Montréal, à New York et ailleurs, une pièce de théâtre avait même été montée pour faire l’éloge du processus d’Oslo et pour souligner le courage moral de ses artisans.

Mais le processus diplomatique d’Oslo s’est avéré être un leurre, une fraude politique et morale. Ceux qui l’ont célébré ont contribué à légitimer cette fraude, tout en croyant qu’ils appuyaient un effort de paix louable. Voici pourquoi.

Tout d’abord, la reconnaissance entre Israël et les Palestiniens n’était pas mutuelle dans les accords d’Oslo. Ces accords stipulent clairement que les Palestiniens reconnaissent Israël en tant qu’État juif, mais le terme « État palestinien » est absent dans le texte des accords ainsi que dans les lettres et autres documents préparatoires. Il n’était pas dit non plus que la colonisation devait cesser ou que les colonies devaient être démantelées. Les Palestiniens reconnaissaient donc la légitimité d’Israël (et donc leur propre dépossession) comme prémisse aux accords d’Oslo, mais la reconnaissance de la légitimité d’un État palestinien éventuel par Israël ne devait venir qu’au bout du processus, après que les Palestiniens auraient accepté toutes les autres conditions qui leur étaient imposées. Le flou sur ces questions était justifié par l’idée qu’il fallait rétablir la confiance mutuelle avant d’aborder les questions de fond.

Un leurre

De fait, dès le début des négociations, Israël relançait la construction de logements réservés exclusivement à des colons juifs dans les territoires occupés et entreprenait la construction d’un vaste réseau de voies rapides reliant les colonies de Cisjordanie au territoire israélien en contournant les agglomérations palestiniennes. En même temps, certains quartiers arabes de Jérusalem-Est (la partie arabe de Jérusalem, conquise militairement en 1967) étaient détruits et un programme agressif de « judaïsation » de Jérusalem était lancé. Tout ceci a été amplement documenté par l’organisme israélien B’Tselem et par d’autres.

Les résultats de cette politique ont rapidement été visibles : entre 1993 et 2000, sous l’égide de ce supposé « processus de paix », le nombre de colons en Cisjordanie avait déjà été doublé, passant de 250 000 à près de 500 000. À la fin de l’année 2017, le nombre de colons est de l’ordre de 620 000. Ils sont répartis dans 131 colonies officielles, 110 colonies non officielles (outposts) qui reçoivent tout de même un appui du gouvernement israélien, ainsi que dans la partie occupée de Jérusalem.

Autre signe de l’annexion à venir : le tracé du « mur » ou « barrière de sécurité ». Ce mur ne suit pas la « ligne verte » qui sépare Israël de la Cisjordanie, mais pénètre dans le territoire palestinien, empêchant agriculteurs et commerçants de fonctionner normalement sur leurs propriétés, dont une partie se trouve désormais à l’ouest du mur.

Le mécanisme qui a permis cela, c’est la division de la Cisjordanie en trois zones, A, B et C, en vertu des accords de 1995 (Oslo II). Les zones A et B n’incluent que des Palestiniens. Dans la zone A, ils ont l’équivalent de pouvoirs municipaux, dont celui de policer les habitants et de les surveiller en collaboration avec la puissance occupante. Dans la zone B, ce pouvoir est partagé avec la puissance occupante, Israël. Dans la zone C, territoire palestinien occupé représentant près de 62 % de la Cisjordanie, c’est Israël qui a le contrôle total et c’est là que se déroule l’activité intense de colonisation.

Les 460 points de contrôle (environ) et les voies de contournement établies en vertu des accords d’Oslo avaient divisé le minuscule territoire de la Cisjordanie en 64 morceaux séparés par les contrôles israéliens. Cela rendait le passage des Palestiniens d’une section à l’autre pénible, humiliant et très lent. Une des conséquences de cet état de fait a été de mettre fin au rôle de Jérusalem comme centre de l’économie palestinienne. De telle sorte que, sous le régime des accords dits « de paix », la situation économique et politique des Palestiniens était bien pire que ce qu’elle était avant la paix. […]

Ce n’est certainement pas à Oslo qu’il faut revenir. C’est plutôt à une politique de sanctions sévères pour forcer Israël à se conformer au droit international. Mais ce n’est pas cela qui se dessine. À un moment historique de remise en question des effets de la colonisation et de l’esclavage, le gouvernement canadien et la plupart des puissances de l’OTAN continuent à appuyer une politique coloniale d’apartheid héritée du XIXe siècle.

17 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 9 juillet 2020 07 h 07

    Remise en question

    Décourageant de constater que nous sommes au XXIe siècle physiquement, mais que mentalement, nous sommes restés figés dans le XIXe . Peut-être avons-nous atteint nos limites et qu'il est là justement le problème: cette société dirigée par des êtres avides, cupides et sans culture, sinon celle de la force et de l'argent, n'a tout simplement pas les facultés nécessaires afin de se remettre en question...

    • Nadia Alexan - Abonnée 9 juillet 2020 09 h 55

      Vous avez tellement raison, madame Garneau. En effet, la plupart des états aujourd'hui sont dirigés par des psychopathes.

    • Hélène Paulette - Abonnée 9 juillet 2020 10 h 56

      Ce conflit qui a commencé dès la fondation d'Israël en 1948, alors que les palestiniens furent chassés de leurs propriétés, s'est aggravé en 1967, à la guerre de sept jours, par le refus d'Israël de quitter les territoires occupés, malgré les multiples dénonciations et sanctions votées à l'ONU et auxquelles les USA ont toujours opposé leur veto. Naturellement, tout ça est bien peu couvert par nos médias. À côté de ça, ne trouvez-vous pas exagéré tout ce battage autour de la Chine? On voudrait nous préparer au larguage d'une bombe nucléaire américaine sur la Chine, qu'on ne ferait pas mieux...

  • Richard Lupien - Abonné 9 juillet 2020 07 h 09

    Quel politicien se lèvera à l'ONU....

    ....tel monsieur Mulroney l'a fait pour dénoncer l'apartheide en Afrique du Sud dans les années 80 pour dénoncer maintenant l'apartheide crée par l’état d’Israël, qui bafoue jour après jour les droits du peuple palestinien depuis plus d'une soixantaine d’années.

    Richard Lupien

    • François Beaulne - Abonné 9 juillet 2020 10 h 09

      Certainement pas le Canada avec comme dirigeant Trudeau qui a peur de Trump comme de son ombre. Pourtant, et c'est là que la mascarade devient insupportable, c'est de le voir accueillir à l'aéroport des réfugiés du Moyen-Orient tous déplacés avec comme toile de fond le conflit israélo-palestinien qui perdure depuis la création artificielle de l'État d’Israël en 1948.

  • Robert Bernier - Abonné 9 juillet 2020 07 h 58

    Combien vrai

    Encore une fois, l'auteur Rachad Antonius écrit juste. Tout le processus n'aura été qu'un leurre. Si Le Devoir ne présente pas, dès demain, une rebuffade en provenance de quelqu'organisme juif, ce sera signe que, les choses étant devenues ce qu'elles sont, ils ne pensent même plus avoir besoin de se défendre.

    J'écrivais, en 2006, dans ce même journal : "L’avènement d’un État palestinien et le retour à une vie décente, hors des camps de réfugiés, c’était ce que Arafat avait promis à son peuple en échange de l’acceptation du fait accompli de l’existence d’Israël sur 78% des terres et dans des maisons qui avaient appartenu aux Palestiniens auparavant. Tout l’extrémisme actuel du Hamas et du Hezbollah viennent de ce qu’Israël n’a jamais permis que celà arrive, n’a jamais permis qu’Arafat livre cette marchandise des plus minimales. .... La communauté internationale doit se réveiller. L’une des grandes injustices de notre époque continue à se dérouler devant nous et entraîne, protégée derrière le double standard de nos analyses politiques dépendant qu’on se tourne vers les actions et responsabilités d’Israël ou celles du monde arabe, un flot ininterrompu de catastrophes humaines où les perdants sont massivement du côté du monde arabo-palestinien.
    Il faut trouver un moyen de ramener Israël à l’intérieur du royaume du Droit, lui qui rejette systématiquement toute résolution de l’ONU, toute Convention de Genève, de même, on le sait bien, que le Traité de non-prolifération nucléaire. Une forme de boycott comme celui qui fut imposé à l’Afrique du Sud, sous l’impulsion de l’ancien Premier Ministre Brian Mulroney, doit être imposé à Israël. "( http://www.ledevoir.com/international/actualites-i

    Rien ne change. Décourageant.

  • Bernard Terreault - Abonné 9 juillet 2020 08 h 19

    Malheureusement

    Suite à la Shoah, l'Occident s'est senti culpabilisé envers les Juifs, d'autant plus que les Juifs ne constituaient pas une quelconque ethnie sous-développée, comme celles de ses colonies africaines, mais plutôt un peuple à l'avant-garde au points de vue intellectuel, artistique et financier (plus de prix Nobel et de milliardaires par habitant que toute autre nationalité). Et ces Juifs qui se sont établis en Israël se sentent maintenant justifiés de traiter les Palestiniens comme des sans-droit, un sous-peuple. Et l'Occident laisse faire pour ne pas ête accusé d'antisémitisme (terme bizarre en passant, étant donné que l'arabe est aussi une langue sémitique et que les religions juive siont doctrinalement très très proches).

    • Nadia Alexan - Abonnée 9 juillet 2020 09 h 52

      Ce que je trouve vraiment étrange est le fait que les juifs et les Arabes ont toujours vécu en paix au Moyen-Orient pendant des siècles et les juifs avaient des professions distinguées et appréciées auprès des dirigeants de pays arabes. Tandis qu'en Europe, les juifs étaient méprisés et discriminés, culminant pas l'ignoble Shoah.
      Même Shakespeare a fait état de ce racisme envers les Juifs dans sa fameuse pièce de théâtre «Le Marchand de Venise». Shakespeare a mis l'un de ses discours les plus éloquents contre le racisme dans la bouche de Shylock :
      « Un Juif n'a-t-il pas des yeux ? Un Juif n'a-t-il pas des mains, des organes,
      des dimensions, des sens, de l'affection, de la passion ; nourri avec
      la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
      aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
      dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
      que les chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
      Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
      ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »
      — William Shakespeare, Le Marchand de Venise, Acte IIl.
      Au lieu de remercier les Arabes pour leur tolérance proverbiale envers les juifs pendant des siècles, les ressortissants de l'Allemagne accaparent les terres palestiniennes et réduisent ceci à une colonisation brutale.
      Beaucoup de Juifs honnêtes se dissocient de la politique d'apartheid de l'État d'Israël.

    • Pierre Fortin - Abonné 10 juillet 2020 11 h 23

      Mais dans son œuvre, Madame Alexan, Shakespeare ne fait pas moins de Shylock un usurier qui, pour se venger des humiliations des chrétiens à son endroit, réclame toujours qu'on respecte son contrat et le remboursement de son prêt sous la forme d'une livre de chair.

      Et Shakespeare le dramaturge de trancher : « une livre de chair, mais pas une goutte de sang.»

  • Nadia Alexan - Abonnée 9 juillet 2020 08 h 24

    Pas de paix sans justice.

    Merci, monsieur Antonius, pour votre explication lucide de la tragédie palestinienne et l'arrogance de l'État d'Israël.
    Voici un autre exemple de l'hypocrisie de l'Occident qui d'un côté fait l'éloge de la justice sociale et de la démocratie et de l'autre, pratique le laissez-faire envers l'État d'Israël qui bafoue les lois internationales avec impunité.
    Tant et autant que le peuple palestinien soit délaissé à son sort par la communauté internationale, l'État voyou d'Israël va poursuivre sa pratique de l'apartheid éhonté et de son mépris pour les citoyens colonisés sans remord. La souffrance des Palestiniens depuis 1948 se prolonge encore.