François Legault méconnaît les rouages du racisme systémique

Le racisme dépasse les services policiers, les entreprises privées et les politiques à l’égard des Premières Nations, insiste l’auteur.
Photo: IR Stone - Getty Images Le racisme dépasse les services policiers, les entreprises privées et les politiques à l’égard des Premières Nations, insiste l’auteur.

Le premier ministre Legault maintient que le racisme systémique n’existe pas au Québec ; à son déni s’ajoute le fait de réduire le racisme aux attitudes et comportements racistes de quelques individus. Il semble oublier que le racisme sous toutes ses formes est un fléau qui interpelle tout le monde, peu importe l’origine ethnique et/ou nationale, la couleur de la peau, la religion, la langue, etc. Cela ne signifie pas pour autant que la société est raciste en soi comme il le laisse entendre.

Le premier ministre semble exprimer une méconnaissance de ce phénomène institutionnalisé, structuré dit systémique. Le sens des mots importe lorsqu’on prédit un plan d’action contre le racisme, sinon les risques de dérive peuvent conduire à des solutions sans correspondance avec les véritables problèmes. À mauvais diagnostic, intervention erronée et risquée. Dans le cas du racisme, il y a urgence en la demeure, mais il ne faut pas pour autant tomber dans la précipitation et l’improvisation. Un bon regard dans le rétroviseur permettrait au gouvernement de comprendre les réalisations dans le passé et de comparer les bonnes pratiques et les tentatives ratées afin de ne pas répéter les mêmes erreurs.

Depuis les années 1970, de nombreux travaux ont été réalisés sur les enjeux liés au racisme et à la discrimination. Une masse critique de connaissances et d’expériences existe déjà au Québec. Pour n’en mentionner que quelques-unes, au début des années 1990, tout un travail a été fait avec le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) en matière de formation et d’analyse des pratiques. En 2006, une démarche en vue d’un plan d’action a déjà été faite et documentée. L’Observatoire sur le racisme et les discriminations de l’UQAM a aussi développé une expertise et des publications qui ont contribué à faire progresser les connaissances et les pratiques.

Dans Le Devoir du 9 mai, madame Émilie Nicolas explique le racisme systémique dans les services policiers. Il y a là une problématique particulière, mais le problème dépasse les services policiers. Ainsi, certaines lois iniques peuvent avoir des effets délétères à long terme : pensons aux lois et aux règlements qui maintiennent les Premières Nations dans une condition de citoyens et de citoyennes de seconde zone depuis des siècles ; ils contribuent à garder les stéréotypes négatifs bien ancrés dans l’esprit d’une grande partie de la population à leur égard.

Une définition

Aux fins d’explicitation de la problématique, ma collègue de l’UQAM, Micheline Labelle, a déjà publié un lexique des notions relatives au racisme et à la discrimination pour l’UNESCO qui peut s’avérer fort utile pour clarifier les termes, et ce, même si monsieur Legault ne veut pas d’une guerre de mots. Dans le lexique, elle rappelle la définition du racisme systémique utilisée par la Cour suprême du Canada colligée par madame M.T. Chicha-Pontbriand dans son livre Discrimination systémique. Fondement et méthodologie des programmes d’accès à l’égalité en emploi qui mentionna la définition de la Cour suprême du Canada dans le jugement ATF c. C.N ; on « parle d’une situation d’inégalité cumulative et dynamique résultant de l’interaction, sur le marché du travail, de pratiques, de décisions ou de comportements, individuels ou institutionnels, ayant des effets préjudiciables, voulus ou non, sur les membres de groupes visés par l’article 15 de la Charte ». Sur le terrain, cela signifie que des entreprises peuvent adopter des positions (non écrites, bien sûr) qui font en sorte que l’on n’embauche pas de musulmans, pas de femmes qui portent un foulard ou pas de personnes issues de groupes racisés. On évoquera parfois des motifs simples, dira-t-on : « c’est du gros bon sens… » Notre clientèle est mal à l’aise avec ces gens, dit-on parfois comme justification.

Le racisme dépasse les services policiers, les entreprises privées et les politiques à l’égard des Premières Nations, on le voit dans de multiples institutions, des organismes, des associations sportives, etc. En somme, il est temps de réagir et d’agir, mais encore faut-il le faire en connaissance de cause, d’une façon éclairée.


 
36 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 19 juin 2020 01 h 28

    Voir le racisme dans sa soupe

    Je comprends que le racisme a été votre gagné pain. Mais à la fin pourriez vous cesser cet harcèlement? Vous cherchez quoi à la fin? Oui, il y a du racisme systémique au Québec et il se dresse devant les québécois de souche et dans le roc il s'attaque aux communautés autochtones depuis plus de 150 ans. Depuis l'histoire autour du spectacle Slav on voit toujours apparaître les mêmes acteurs venir feindre leurs conditions misérables. Comme cette Émilie Nicolas qui aime bien jouer à la victime dans ses chroniques. Que vous soyez blanc, brun ou vert c'est pas facile de réussir dans la vie. Si vous êtes si mal ici, pourquoi tant de gens veulent venir ici? Toronto ne leur plaît pas? Le multiculturalisme que vous chérissez est un racisme violent qui n'a pour but que l'éradiquation des différentes cultures en faveur de l'anglais. A t-on le droit d'être québécois sans se faire traiter de tous les noms? Votre agression envers notre peuple va finir par exacerber même les plus sages et le racisme, le vrai, va finir par s'installer. C'est peut-être le but? Allez faire votre nid de perturbateurs ailleurs. Ici essaie de vivre en paix et en harmonie.

    • Christian Roy - Abonné 19 juin 2020 08 h 56

      M. Rivest, la teneur de vos propos me trouble et me perturbe, Je n'ai pas l'impression que votre commentaire mène expressément à "vivre en paix et en harmonie", comme vous le souhaitez et comme je le souhaite également.

      C'est souvent l'effet que crée sur l'esprit les sujets dits sensibles.

      Prenons une bonne respiration...en pensant à la chanson de Renée Claude "Tu trouvera la paix dans ton coeur...et pas ailleurs..."

      Je vous souhaite une belle fin de semaine.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juin 2020 09 h 47

      Comme vous avez raison M. Rivest. Nous sommes maintenant des colonisateurs aux yeux des multiculturalistes de tous crins. Nonobstant du fait qui nous avons subi le racisme systémique du ROC et comme francophone hors Québec, on continue à y goûter, ceux-ci nous accusent ouvertement de racisme. C’est le bon vieux réflexe Adil Charkaoui; si on n’est pas d’accord avec les extrémistes, nous sommes certainement des racistes.

      La définition émise sur le racisme systémique est aussi floue que les nuages dans le ciel. Ici on « parle d’une situation d’inégalité cumulative et dynamique résultant de l’interaction, sur le marché du travail, de pratiques, de décisions ou de comportements, individuels ou institutionnels, ayant des effets préjudiciables, voulus ou non, sur les membres de groupes visés par l’article 15 de la Charte ».

      C’est quoi ce ramassis et ce fourre-tout. Pardieu, on peut inclure tout le monde dans cette définition. Le racisme systémique n’est-il pas la résultante d’études pseudo-scientifiques qui préconisent que la plus grande preuve de l’existence ce celui-ci se résume dans le fait que des gens sensés doués d’une intelligence inaliénable ne le reconnaissent pas?

      Alors, qu’ils les nomment ces situations d’inégalités afin d’y remédier. Encore une fois, je mets au défi de nous donner des exemples probants de ce racisme systémique illusoire.

      Ces nouvelles accusations envers les francophones n’augurent rien de bon pour l’avenir. De toute façon, il faudrait savoir qu’il s’agit d’une très petite minorité qui porte ces accusations, vous savez le 1% de l’orthodoxie extrémiste de la gauche.

      En passant, les Afro-Américains ont six fois plus de chance de se faire tuer que n’importe qui aux États-Unis, et ceci à 95% par des gens de la même couleur. Il y a en moyenne 1 000 personnes qui sont tués par la police aux USA et seulement 25% de ceux-ci sont des Afro-Américains. Les autres sont des Blancs ou bien des Latinos. Mais on ne parle pas de ces derniers.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juin 2020 10 h 26

      Erratum

      Il y a en moyenne par année, 1 000 personnes qui sont tués par la police aux USA et seulement 25% de ceux-ci sont des Afro-Américains.

    • André Jacob - Abonné 19 juin 2020 11 h 01

      Je n'accuse personne de racisme... et je ne traite personne "de tous les noms..."

    • Léonce Naud - Abonné 19 juin 2020 14 h 20

      Christian Roy : si Renée Claude était libre de chanter : « Tu trouveras la paix dans ton cœur et pas ailleurs…», c'est parce qu’il existait au pays à cette époque des forces de police respectées et bien armées (merci Maurice Duplessis). Une couche au-dessus de ces braves policiers, le bouclier protecteur de la chanteuse québécoise s’appelle toujours les Forces de Défense des États-Unis. Ces dernières ont pris en charge le contrôle de l’Amérique du nord jusqu’à la Russie, les forces Britanniques s’étant retirées en 1871. Les anciens Romains, dont l'expérience était sans commune mesure avec celle de Renée Claude, avaient appris par expérience : « Si vis pacem, para bellum. » Tout ça pour dire que de temps à autre, il n’est pas interdit de jeter un coup d’œil au-delà des limites de son quartier.

    • Marc Therrien - Abonné 19 juin 2020 17 h 36

      M. Roy,

      Il est plus facile pour plusieurs de vivre « en paix et en harmonie » quand rien ne vient perturber les croyances qui assurent leur tranquillité d’esprit. Essayez pour voir de temps en temps de dire à quelqu’un : « Je ne suis pas d’accord » ou « Je crois que tu as tort ». Être infirmé dans ses convictions rassurantes est souvent source de souffrance pour les gens qui préfèrent penser à l'unisson ou ne pas penser, c'est selon.

      Marc Therrien

  • Léonce Naud - Abonné 19 juin 2020 04 h 44

    S’autopeluredebananiser

    Qualifier le hidjab islamique de « foulard » n’est pas le meilleur moyen de se faire prendre au sérieux, en particulier par les fidèles de l’islam.

  • Claude Bariteau - Abonné 19 juin 2020 06 h 44

    La discrimination, concept englobant, convient mieux que le racisme si on réfère à des inégalités cumulatives « résultant de l’interaction, sur le marché du travail, de pratiques, de décisions ou de comportements, individuels ou institutionnels, ayant des effets préjudiciables, voulus ou non, sur les membres de groupes visés par l’article 15 de la Charte ».

    Selon cet article « tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’âge ou les déficiences mentales ou physiques ».

    En clair, le recours au concept de racisme cible la discrimination fondée sur la race et induit à une généralisation pour laquelle le concept de discrimination est approprié, car il englobe des pratiques instituant des inégalités par récurrence, qui entrent dans la discrimination systémique.

    M. Legault ne devrait pas être répulsif à ce terme englobant, plus inclusif que le racisme pour aborder ce que les données et les analyses révèlent depuis des générations. Ce serait, M. Jacob en conviendra probablement, une précision permettant d'agir « en connaissance de cause, d’une façon éclairée ».

    S'agissant des Premières Nations, rien dans l'article 15 n'empêche des lois, des programmes et des activités pour améliorer la situation d'individus ou de groupes. Par contre, la constitution de 1982 affirme aussi que seules les Premières Nations sont reconnues des « nations » au Canada.

    Voilà qui peut expliquer les réticences du gouvernement de la CAQ, aussi des autres partis qui reconnaissent l'existence d'une « nation » québécoise même si leurs définitions ne concordent pas, notamment celle de la CAQ qui réfère aux descendants des Canadiens-français, une approche associée à l'histoire dans un État provincial, totalement inappropriée pour fonder un État indépendant et une cioyenneté.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 juin 2020 07 h 49

      Pardieu M. Bariteau. Une loi, la Loi sur les Indiens qui réduit les peuples Autochtones comme des pupilles de l’État, qui les a mis dans des prisons à ciel ouvert, un apartheid bien « Canadian » et vous nous parlez d’améliorer leur situation? Cela veut dire quoi une « nation » au Canada selon cette constitution lorsque vous êtes considérés comme des sous-hommes par celle-ci et le gouvernement fédéral issu de l’empire hégémonique britannique où le soleil ne se couchait pas?

    • Claude Bariteau - Abonné 19 juin 2020 08 h 56

      M. Dionne, La loi sur les indiens continue d'exister au Canada. Par contre, le Canada en a rajouté une couche. Il a reconnu comme seule nation au Canada les Premières Nations. Ça renforce leur statut issu d ela loi sur les Indiens, mais ouvre la porte à leurs demandes de reconnaissance, entre autres, territoriale.

      Le hic est là. Cette reconnaissance octroie au Canada un pouvoir nouveu pour reconfigurer les territoires des provinces. Il l'a fait en créant, entre autres, le Nunavut et limitant celui du Nunavik et des provinces du Manitoba, de l'Ontario et du Québec. Vous raisonnez en oubliant 1982.

      Autre point. Mon texte ne fait pas écho à une amélioration de la situation des peuples autochtones. Votre commentaire, oui. Le mien dit seulement que la constitution de 1982 a modifié le statut des peuples autochtones. Ces peuples peuvent dorénavant faire valoir leur statut de peuple distinct pour s'autodéterminer autant à l'interne qu'à l'externe. L'appui des Mohawks aux revendications autochtone en territoire affirmé Wet’suwet’en par le Conseil des chefs héréditaires alors que les Conseils locaux ont donné leur aval au projet.

      On ne peut pas comprendre ces deux types de revendications sans référer à la constitution de 1982. C'est mon avis. Cette constitution a fait des peuples autochtones ce qu'en ont fait les Briitanniques avant de laisser au Dominion of Canada leurs pouvoirs après une phase initiale en 1841.

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 juin 2020 10 h 04

      Tout ce "débat" si on peu qualifier ainsi ce dialogue de sourd me semble se résumer à ceci "si tu nie la discrimination dont je suis victime, je vais nier celle qui te concerne.
      L'auteur a raison de dire :"Une masse critique de connaissances et d’expériences existe déjà au Québec."
      Au Québec on a déjà reconnue le phénomène, on aussi une charte des droits de la personne d'inspiration beaucoup plus universelle que la charte des droits et liberté fédérale. On semble l'oublier car on cite toujours la charte canadienne. Le diagnostic quand moi est déjà posé. Il me semble que de chaque côté du mur qui sépare les oreilles de chaque "dialogueur" si on devrait se solidariser en vue de défendre une cause commune. Trudeau a prononcé les mots racisme systémique mais au fond qu'a-t-il fait concrètement? "Beau parleur ti faiseur" comme on dit. Une simple revue de littérature serait suffisante pour cerner le problème. La querelle de mots me semble moins importante que l'actiion solidaire qui devrait nous unir entre québécois.

    • André Jacob - Abonné 19 juin 2020 14 h 12

      Je suis d'accord avec le commentaire suivant: "M. Legault ne devrait pas être répulsif à ce terme englobant, plus inclusif que le racisme pour aborder ce que les données et les analyses révèlent depuis des générations. Ce serait, M. Jacob en conviendra probablement, une précision permettant d'agir « en connaissance de cause, d’une façon éclairée »."

  • Marc Therrien - Abonné 19 juin 2020 07 h 41

    Et on agit du côté du JDM


    En tout cas, ces discussions sur le racisme systémique ont tout un impact du côté du JDM qui a accueilli tout récemment deux nouveaux chroniqueurs : Maka Kotto et Harold Fortin. Fallait lire hier les 150 commentaires générés par la première chronique de Harold Fortin pour constater que leur clientèle est mal à l’aise avec ce changement de ton et de couleur.

    Marc Therrien

    • Pierre Desautels - Abonné 19 juin 2020 10 h 04


      Mais oui, c'est un autre exemple du "Chu pas rassisse, mais..."

    • Marc Therrien - Abonné 19 juin 2020 17 h 53

      Et nous verrons dans les prochaines semaines si leurs chroniques seront plutôt peu commentées comme l'a été dernièrement le texte de Dany Laferrière intitulé: "Le racisme est un virus" qui, si je me souviens bien, avait généré à peine 10 commentaires.

      Marc Therrien

  • Christian Roy - Abonné 19 juin 2020 08 h 40

    Merci de votre apport, M. Jacob

    À la lecture de votre texte, j'en conclus que la discrimination systémique fondée sur la race est présente au Québec.

    Par-delà la guerre des mots, on devrait finir par s'orienter collectivement vers ces idéaux que sont l'Égalité et la Justice.

    Nous avons une civilisation à faire advenir.

    • André Jacob - Abonné 19 juin 2020 11 h 04

      Vous le dites bien: "nous avons une civilisation à faire advenir..." dans la recherche de l'égalité et de la justice.
      Merci!
      André Jacob

    • André Jacob - Abonné 19 juin 2020 11 h 44

      Voici un autre article qui précise le sens de systémique!

      https://iris-recherche.qc.ca/blogue/qu-est-ce-que-le-racisme-systemique