Propositions pour une commission d’enquête sur les centres d’hébergement

«Le meilleur système de maintien et de soins à domicile, tout comme en institution, doit être un service public offert sans discrimination économique», insiste l’auteur.
Photo: iStock «Le meilleur système de maintien et de soins à domicile, tout comme en institution, doit être un service public offert sans discrimination économique», insiste l’auteur.

On parle de plus en plus d’une possible commission d’enquête sur les centres d’hébergement pour personnes âgées, en réponse aux multiples ratés survenus pendant la pandémie de coronavirus. Mais de quoi parlera-t-on au juste ? D’une commission dont le rapport est déjà voué aux tablettes poussiéreuses de l’histoire ou dont le rapport est déjà « écrit » dans la tête de nos dirigeants ? D’une commission « complaisante », composée de personnes vouées à la continuité fondamentale du système actuel ? Ou bien veut-on vraiment changer les choses et organiser des soins de qualité pour les personnes plus âgées qui ont besoin de services à domicile ou en établissement ?

J’ai suivi toutes les réformes du réseau de la santé depuis plus de quarante ans et j’ai vu des commissions proposer parfois des aberrations tout comme de bonnes idées. J’ai surtout vu des propositions prôner sans vergogne la privatisation des services, ou encore leur supposée socialisation vers des organisations sous-financées, du communautaire ou non. D’ailleurs, de nombreuses personnes ayant promu ces idées reviennent aujourd’hui faire mousser publiquement leurs idées, prétextant que, si on les avait écoutées vraiment, il y aurait eu moins de problèmes durant cette crise. Avec des si…

Puisque je ne serai certainement pas approché pour faire partie de cette commission, je me permets de faire quelques suggestions. D’abord, il faut rejeter l’idée d’exclure a priori des personnes associées à des groupes de pression. Je pense entre autres au Conseil pour la protection des malades ou à des organisations syndicales représentant tous les titres d’emplois en milieu hospitalier, centres d’hébergement et à domicile. Et oui, je prêche pour ma paroisse, mais la CSN représente toutes ces travailleuses depuis les années 1960 ! Il faut aussi songer sérieusement à inviter un médecin qui œuvre à domicile et en CHSLD ; l’ancienne association de médecins en CLSC pourrait sans doute proposer des noms très intéressants.

Il faut aussi intégrer quelques personnes qui connaissent bien les méandres du réseau : soit d’anciens hauts fonctionnaires « fonctionnels », soit des directrices générales de CHSLD en fonction ou à la retraite, ayant démontré des capacités d’innovation ou de réaction rapide et efficace lors de la pandémie. Finalement, il faut adjoindre à ces personnes des chercheurs universitaires de haut niveau dans ce domaine ; soit des « penseurs universitaires » tel Damien Contandriopoulos par exemple, soit des « chercheurs terrain », souvent médecins gériatres et professeurs à l’université.

Depuis des années, nous savons que le meilleur système de maintien et de soins à domicile, tout comme en institution, doit être un service public offert sans discrimination économique. Il doit aussi être organisé dans la communauté et mettre en place des mécanismes de détection, de prévention, ainsi que des services de maintien et de soins donnés par du personnel bien formé, bien rémunéré et travaillant dans des équipes multidisciplinaires. Et comme on l’a vu cet hiver, il faut des organisations flexibles, capables de développer rapidement une réaction intelligente et ordonnée face à une crise appréhendée, mais imprévisible. Sans tout cela, un changement ne sera que cosmétique.

3 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 3 juin 2020 10 h 32

    Il faut démocratiser la gestion des CISSS et des CIUSSS

    Personne n'est élu par la population pour sièger sur ces boÎtes qui administrent en vase clôs.Est-ce normal que ce soit un employé, soit le DG nommé par le ministre, qui soit autorisé à aller sur la place publique?

    IL est temps de discuter de santé et services sociaux sur la place publique.

  • Sylvie Demers - Abonnée 3 juin 2020 21 h 38

    CLSC...

    ...redonnons aux CLSC leur vocation premìère soit répondre aux besoins de proximité et en coordonner les divers services...!

  • Jana Havrankova - Abonnée 4 juin 2020 10 h 24

    Que pense-t-on apprendre lors de cette commission que l'on ne sait déjà ?

    Bâtiments vétustes, chambres et salles de bain partagées à plusieurs, manque de climatisation, insuffisance du personnel soignant, manque d'autonomie des directions des résidences, tendance à loger les aînés dans divers foyers plutôt qu’investir dans les soins à domicile, peu d’élan pour intégrer les ancêtres dans les familles, tout cela est bien connu.

    De toute évidence, les soins de longue durée ont besoin des rénovations et des rajustements substantiels. Et ça presse ! Une commission d’enquête ne devrait surtout pas servir d’excuse pour retarder l’action.