Les mutations après la pandémie, selon Gérald Larose

La lutte contre la COVID-19 nous plonge dans une crise qui bouleverse nos certitudes. Est-ce que cette crise va modifier notre façon de vivre et notre rapport aux autres ? Le Devoir a demandé à différentes personnalités de réfléchir aux conséquences de la pandémie dans nos vies. Cette réflexion vous est présentée en page Idées pendant quelques semaines. Aujourd’hui : Gérald Larose et le monde du travail.

« Des artistes de la plume en ont fait des livres. D’autres, de l’image, des séries télévisées. Et des officiels dont c’était le boulot, des rapports… tablettés. Un ennemi, tapi sous l’étal d’un marché, allait un jour surgir, mettre à l’arrêt la Terre entière et faucher un nombre impressionnant de ses habitants. “La paranoïa est créative.” Elle divertit. Mais quand la bombe sanitaire imaginaire éclate pour vrai, elle tue plusieurs fois plus qu’à Pearl Harbor, Nagasaki, Hiroshima, que dans les tours jumelles, etc. C’est un cataclysme planétaire »* aux impacts massifs. Incommensurables sont les dégâts. Tant sur les plans économique, social et politique que sur le plan psychologique.

Plus et pire encore que celles qui crachent le feu, cette bombe a déstructuré les rapports intimes « en confinant à l’isolement des individus par milliards et en dissolvant des lieux de communion par millions »**. Et d’abord le travail, ce lieu de communion parmi les plus importants, sinon le plus important, pour l’immense majorité des citoyens et citoyennes de tous les pays. Quelles mutations ? Son avenir ?

Lieu de communion chamboulé

Dès son surgissement, cette pandémie a condamné à l’inactivité un nombre inimaginable de secteurs entiers : le manufacturier ; le bois et les bâtiments ; les infrastructures de tout ordre ; le commercial ; la restauration et les bars ; l’aérien et l’aéronautique ; le tourisme et l’hôtellerie ; l’évènementiel et les festivals, les colloques, les forums, les symposiums, les assemblées générales et les congrès ; le cinéma et les tournages, les postproductions et leur mise en marché ; les salles de spectacles et les producteurs, les artistes et le personnel de scène ; la justice et ses auditions et plaidoiries ; les services d’esthétique et de soins aux personnes ; et combien d’autres encore.

Seuls les activités pouvant être pratiquées à distance, les urgences mettant en péril la santé et la sécurité du public, le sociosanitaire, l’agroalimentaire et l’information-télécommunication-informatique ont été épargnés. Comme devant un feu dans la prairie, les emplois ont fui. En quelques jours, le Québec est passé de la pénurie de main-d’œuvre à son taux historique de chômage. Le premier impact en est un de nombre, de masse. Disparu, le presque plein-emploi auquel nous étions parvenus.

Le deuxième impact a trait au formidable coup d’accélérateur que la pandémie a donné à une tendance qui préexistait : le travail numérique. Longtemps revendiqué par plusieurs et en un temps record imposé depuis à toutes et à tous, le télétravail signe maintenant la nouvelle normalité. Sans possible retour en arrière. Avec ses avantages en flexibilité et en conciliation travail-famille, mais aussi avec son lot d’isolement, de dépendance et de contrôle et sans collectif immédiat pour négocier la répartition des fruits de l’augmentation de la productivité induite par cette nouvelle organisation du travail.

Un troisième impact ? Le développement accéléré de l’industrie de la sécurité sanitaire, qui sera au coronavirus ce que la plantureuse industrie de l’hypersécurité a été au 11 septembre 2001. De la R & D, des innovations, des brevets, de la production, de la publicité, de la commercialisation et beaucoup de nouveaux emplois.

Et puis, il y aura une reprise graduelle d’un certain nombre d’activités avec reconfiguration des lieux de travail et d’échange qui tiendront compte des mesures de précaution, empêchant ces activités d’atteindre les niveaux antérieurs de rentabilité, ce qui compromettra leur relance définitive. C’est vraisemblablement le quatrième contrecoup immédiat du coronavirus sur le travail et son marché.

Mais là ne sont pas les principaux enjeux de la pandémie relativement au travail. Ces effets seront temporaires. Le temps de trouver un médicament pour se soigner et un vaccin pour se prémunir. Le principal enjeu se joue de l’autre côté de la rivière des Outaouais, où c’est Noël tous les jours. Pour le mieux ou pour le pire ?

Le vieux ou le nouveau ?

On pourrait s’étonner que, chaque matin que la nature lui apporte, Justin Trudeau trouve sur son palier de porte des dizaines de centaines de milliards de dollars à distribuer à toutes les victimes économiques de la pandémie. Cet argent n’existe pas. Il l’emprunte aux générations futures. Elles conviendront certes que parer aux urgences est nécessaire. Particulièrement pour les personnes qui ont perdu leur gagne-pain. Mais cet argent vise aussi à préserver le présent pour préparer l’avenir. Lequel ? Seront-elles d’accord, ces générations, pour financer la reconduction du vieux modèle ou souhaiteront-elles plutôt, « tant qu’à payer », investir systématiquement dans l’urgence de l’heure qu’est le rapatriement d’un certain nombre d’activités essentielles de production et de services qui garantissent l’autonomie des nations et les transitions énergétique et écologiques qui en assurent leur développement sain et durable ? C’est de ce changement de paradigme que dépendent les plus grandes mutations du travail.

Dans l’ordonnancement des priorités, tout en haut de la liste devrait se trouver la revalorisation globale de l’éducation, de la culture, de la recherche fondamentale, de la recherche appliquée et de la formation à la responsabilité civique, pour que toutes et tous développent la capacité de participer de plain-pied à l’identification de l’intérêt général, à sa défense et à sa promotion. Revalorisé et reconnu, le travail dans ces secteurs d’activité sera plus créatif, contributif, innovant et performant.

Mais ensuite, et selon la tonitruante leçon qu’il faut tirer de la pandémie elle-même : il faudra décentraliser, « dé-hiérarchiser », « dé-hospitalocentrer », « dé-médicaliser » et « dé-marchandiser » le système de santé et des services sociaux pour le démocratiser. Il faudra aussi redéployer les services d’hygiène et de prévention et les services de soins à domicile et rebrancher les établissements à leurs communautés en redonnant à leurs personnels de direction, de gestion et de prestation de services les pouvoirs de les aménager en fonction des besoins de leurs milieux. Investi de responsabilités et exigeant de rendre des comptes à la collectivité, le travail, dans ces conditions, sera plus exigeant, plus polyvalent, plus relationnel, mais aussi plus gratifiant et satisfaisant.

Pas moins, mais plus de travail

Le suivi massif de consignes très contraignantes par la population fait la preuve que nous sommes capables collectivement de changements majeurs dans notre travail et dans nos comportements. Emprunter des centaines de milliards de dollars aux générations futures requiert que nous accélérions grandement aujourd’hui l’aménagement du travail de demain. Celui qu’appellent précisément les transitions énergétique et écologique garantissant notre développement sain et durable.

Si ces milliards servent à développer en agriculture la régénération des sols, le virage biologique des cultures et l’autosuffisance alimentaire ; dans les transports, les modes actifs et collectifs ; dans le secteur de la construction, l’efficacité énergétique et les sources propres de chaleur ; dans le manufacturier, la conception écologique des produits, le réemploi, le recyclage et la stratégie du zéro émission ; dans le secteur commercial, les circuits courts et l’achat local ; dans le tourisme, la découverte de son propre territoire et de ses richesses ; en économie, la présence accrue de l’écosystème social et solidaire ; en gouvernance, l’accès à l’information, la transparence et la reddition de comptes ; s’ils servent à développer des propriétés plus collectives et démocratiques, comme les coopératives et les organismes à but non lucratif  bref, si ces milliards favorisent le déploiement d’un nouveau modèle de développement, plus concerté, plus social, plus solidaire, plus respectueux du vivant et de la Terre, il n’y aura pas moins, mais plus de travail que dans la tentation et tentative de relancer la vieille machine de production-consommation-accumulation-gaspillage-croissance continus qui nous conduit inexorablement dans le mur. Et ce travail sera moins aliénant parce que partie prenante d’un véritable projet de société qui fait s’épanouir les personnes et les communautés en leur permettant de répondre à leurs besoins réels sans creuser les inégalités et taxer la nature. Un travail qui a du sens et un projet qui a de l’avenir.

Est-ce rêver trop dans un Canada pétrolier qui distribue à vau-l’eau et sans écoconditions des milliards qu’il n’a pas ? Il veut peut-être s’acheter à crédit son avenir économique et politique. Mais il n’aura pas participé à la mise en place du nouveau modèle de développement dans lequel le travail aura beaucoup changé. Il nous faudra véritablement regarder ailleurs.

*Extrait d’un article à paraître dans L’Action nationale de juin 2020

24 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 3 juin 2020 07 h 40

    Quel beau programme

    Et réalisable en plus, sans commencer par détruire notre société.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2020 08 h 02

    L’automne 2020 sera une mutation et l’hiver 2021, une lutte, coronavirus oblige

    Désolé pour faire court encore une fois. C’est cela la définition même des pandémies; elles arrêtent toutes les activités humaines. Bien oui, c’est difficile d’être en communion sociétale puisque l’autre, même s’il est bien intentionné, peut nous rendre très malade et nous faire mourir.

    Maintenant, bienvenue au siècle de la 4e révolution industrielle. La plupart des activités seront faites à distance et la plupart du temps, seront automatisées et nul besoin de gens pour le faire. Lorsqu’on parle de la 4e révolution industrielle, elle est indissociable de la révolution numérique. Enfin, c’est la vengeance des « nerds ». Bien oui, les sociétés vont se mettre au pas de la précaution sanitaire en y dépensant des fortunes sans compter. Il n’y aura pas de vaccin pour ce coronavirus; seulement des médicaments pour alléger son effet. Et le Père Noël de l’autre côté de la rivière des Outaouais ne pourra plus être généreux lorsque nous allons entamer la 2e vague qui sera suivie probablement par une 3e et même une 4e.

    Oui, on reviendra à un régionalisme plus en ligne avec nos objectifs d’autonomie. Mais pour les transitions énergétique et écologiques, à part du Québec avec son hydroélectricité, les autres nations seront à court. Vous savez que les énergies éoliennes ont besoin du pétrole dans la fabrication de celles-ci, que les panneaux solaires sont fabriqués avec du quartz et du charbon, le tout cuit avec du charbon et que la biomasse, sans le charbon et les pneus déchiquetés qu’on y rajoute, ne peut pas atteindre une température critique. On peut s’apercevoir rapidement que les transitions énergétique et écologique sont un mythe durable.

    Ce qui nous est proposé subtilement, c’est un retour au Moyen-Âge avec la simplicité volontaire et son agriculture bio qui ne peut certainement pas nourrir la planète ou la surpopulation est le problème le plus urgent et le troupeau d’éléphants dans la pièce climatique. L’automne 2020 sera une mutation et l’hiver 2021, une lutte.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 3 juin 2020 09 h 00

    Oui monsieur!!!

    Merci beaucoup, M. Larose, pour cet appel à des lendemains meilleurs. Vivent les coopératives dans tous les domaines. Que les capitalismes d'actionnaires meurent dans leurs ruines.
    Réintégrons-nous harmonieusement dans la Nature et retrouvons-y notre vraie nature.

    «Pour retourner à la nature,
    Il faut sortir de la sauvagerie,
    Se détacher de la bestialité.
    Retrouver la Nature
    Au bout de la Culture.»
    Bashô

  • Annie Marchand - Inscrite 3 juin 2020 09 h 06

    Un beau grand rêve

    Deux questions me viennent à l’esprit en vous lisant M. Larose.

    1- Que va-t-il se passer chez les pays du sud qui comptent sur notre (sur)consommation pour se développer? Nous leur dirons: "Merci pour vos loyaux services? Arrangez-vous?" Il manque à votre analyse un plan ambitieux d’aide internationale pour soutenir ces peuples à organiser leur propre transition.

    2- Comment accomplir une transition verte en s’appuyant sur le développement de technologies qui auront besoin -encore!- de composantes issues de l’extraction de ressources, notamment de minerais? Vous prévoyez le (re)démarrage de mines au Québec? Si tel est le plan, cela passera-t-il le test de l’acceptabilité sociale, notamment si les territoires autochtones sont concernés? Nous leur ferons miroiter des emplois? À moins que l’on continue d’importer ces minerais des pays du sud sans se soucier des conditions atroces dans lesquelles doivent opérer les travailleurs (en plus des dégâts écologiques)? Dans ce cas, nous resterions partiellement dépendants de l’économie mondialisée?

    Un vent de localisme, de repli, souffle en ces temps de pandémie. Attention de ne pas tomber dans les vices narcissiques de notre pays voisin et... de son dirigeant...

    Je comprends le sens de l'urgence de réduire les GES. Il faut néanmoins agir tout en réfléchissant aux conséquences sur la vie d'autres peuples. Nous y arriverons.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2020 16 h 03

      Sur votre argument #2 Mme Marchand, vous faites bien de mentionner les mines. Beaucoup oublient que l'acier est un alliage de charbon et de fer. Enfin, si le cuivre, le zinc, l'argent et l'or ne proviennent pas des mines du Québec, les industriels seront ailleurs pour acheter leurs minerais et bonsoir les emplois de 100 000$ dollars et plus en plus de ceux pour les Autochtones. De toute façon, nous produisons de l'aluminium et pourtant nous n'avons aucune mine de bauxite au Canada. La seule raison pourquoi nous avons des alumineries au Québec, c'est à cause du prix abordable de l'électricité pour raffiner la bauxite pour en faire de l'aluminium par le processus de l'électrolyse.

      Et le régionalisme a bien meilleur goût et f*@%$#*& le mondialisme.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 juin 2020 07 h 29

      M.Dionne,
      je suis d'accord avec vous pour la décentralisation comme mode de gestion efficace et donc pour le régionalisme.
      Mais, si je ne me trompe, le terme «mondialisme» désigne une théorie de la conspiration selon laquelle certains chercheraient à imposer un gouvernement mondial au détriment de l'état-nation. Une conspiration surtout promue par la droite (définie comme un maintien des inégalités). On pourrait voir le fédéralisme canadien comme un pas dans cette direction, un gouvernement central étant plus commode à manoeuvrer que dix.
      Il y a de facto un gouvernement mondial qui impose sa loi et ses sanctions au reste du monde, régi par un King qui pratique allègrement la mondialisation. Il n'utilise jamais le terme «mondialisation».

      Wikipédia: «D'après le politologue Jean-Yves Camus, il s'agit d'un « néologisme apparu au début des années 1980 dans les milieux complotistes de l'extrême droite anti-juive (cf. Yann Moncomble, La Trilatérale et les secrets du mondialisme, 1980) »

  • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2020 09 h 20

    Comme le président Trump, le premier ministre du Canada se sert de la Banque centrale pour des programmes à court et à long terme, les premiers étant temporaires, les seconds permanents.

    Les deux se déploient dans le cadre de la crise sanitaire grâce à un rapport « dette/PIB » favorable à une injection de fonds qui se transformeront en obligations ou autres types d'emprunt è des taux d'intérêt des plus bas.

    Il y aura certes des frais pour rembourser ces emprunts, mais à cause des taux d'emprunt et de la valeur des émissions d'obligation, ils ne seront pas un poids coercitif, sauf si la crise perdure et le Canada emprunte encore plus, car son ratio « dette/PIB » ne sera plus le même.

    Cela dit, le texte de M. Larose ne distingue pas les injections de fonds sur le court et le long terme. Il suggère par contre une approche qui transformerait le Canada en quittant son statut d'État pétrolier pour se muter en un État prônant un « nouveau modèle de développement dans lequel le travail aura beaucoup changé ».

    Ça m'a un peu étonné que M. Larose cherche à sauver le Canada en proposant un programme avant-gardiste aux antipodes des axes majeurs de développement que ce pays privilégie dans le moyen et le long terme par ses investissements actuels.

    Je m’attendais plutôt qu’il prône une sortie d’urgence du Canada et un projet économique bien ancré dans les forces connues du Québec. Peut-être a-t-il manqué d’espace pour y faire écho ?

    • Jean Richard - Abonné 3 juin 2020 11 h 24

      Une sortie d'urgence du Canada, je suis bien d'accord avec vous. Visiblement, le fédéral ne veut pas sortir du pétrole dans l'Ouest et de l'automobile en Ontario, ce qui est contraire aux intérêts du Québec.
      Sauf qu'en remontant la courte histoire, on y retrouve un référendum où le rêve a été rattrapé par la réalité. On a trouvé des faux coupables, l'argent et les immigrants. Erreur ! Ce qui a fait échouer le projet de sortie du Canada, c'est qu'on a voulu rêver d'un Québec sans sa métropole. Or, la métropole avait son mot à dire et elle a parlé.
      Le référendum, il est loin, et pourtant si proche. Qu'arriverait-il si demain, le nationalisme latent de certains caquistes fasse l'effet d'une contagion virale ? Une question viendrait à l'esprit de plusieurs : comment se fait-il que tout le Québec sauf la métropole ait été pratiquement épargné de la covid-19 ? Et si une certaine Dre Drouin avait raison ? Ce n'est pas sur les Plaines D'Abraham que le virus a déclaré la guerre aux Québécois mais dans les résidences pour personnes âgées et les CHSLD de la région de Montréal. La guerre ? Oui, le premier ministre l'a martelé : cette bataille-là, on va la gagner. Le bel optimisme des premiers jours s'est rapidement dissipé. On avait beau chercher des coupables, des jeunes à moins de deux mètres au parc Lafontaine par exemple, ça ne résistait pas à l'analyse.
      Comme quelqu'un l'a si bien écrit, on a livré la guerre mais les généraux sont restés bien loin du champ de bataille. Le télétravail, soit, mais le télégouvernement, la téléguerre, ça ne marche pas toujours. À Montréal, l'image pieuse et paternaliste du Dr Horacio et de M. Legault a commencé à pâlir. À tel point qu'on risque fort de voir surgir dans la population une perte de confiance dans le gouvernement du Québec (qui n'a pas été élu par Montréal après tout). Alors, le fédéral qui nous envoie l'armée en temps de crise, ça vous dit quelque chose ?

    • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2020 15 h 25

      M. Richard, il y a urgence, et vous feignez de la voir en ciblant l’approche de la CAQ face à un virus entré par l’aéroport de Montréal et les frontières avec les États-Unis avant de s’irradier dans les maisons de personnes âgées en suivies de longues durées par transmission communautaire.

      Le Canada a tardé à rendre étanche les zones d’entrée, mais s’est empressé d’expédier ses réserves d’équipements sanitaires à Hong Kong. Pressé par le PM Legault qui découvrit tardivement que la situation pourrait s’envenimer, il tergiversa et donna des directives demandant aux arrivants de s’isoler volontairement parce qu’il ne disposait pas de locaux à cette fin ni d’appareils de dépistage.

      Ce qu’a dit la Dre Drouin, elle l’avait signalé et la ministre de la santé savait pertinemment que la gestion des services de santé aux personnes en soins de longue durée était un casse-tête poreux en l’absence de pouvoirs entre les mains de la Dre Drouin. Sous cet angle, la présence du Dr Arruda n’aura rien changé. Il fallait plutôt renforcer les pouvoirs de la Dre Drouin. Ce ne fut pas fait.

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      Le Grand Montréal, c’est la moitié de la population du Québec. Les problèmes actuels ne découlent pas de l’élection de la CAQ. Ils proviennent en grande partie d’un système politique qui octroie le pouvoir provincial au parti qui fait élire une majorité de députés et gouverne en solo sans un appui majoritaire des électeurs et des électrices. Ça lui évite de faire des alliances pour avoir une légitimité démocratique.

      Il en résulte des politiques qui défont et refont différemment des activités provinciales sur lesquelles le gouvernement fédéral, par ses pouvoirs de dépenser, peut forcer des alignements.

      Là est le point névralgique. Et les gens du Grand Montréal le découvrent. Vous, par vos propos, vous ramenez tout à une lecture qui alimente le contraire. Permettez-moi d’être plus qu’étonné devant une analyse qui cadre avec les vues du Canada.

    • Jean Richard - Abonné 3 juin 2020 16 h 13

      M. Bariteau, n'y a-t-il pas au moins certains points sur lesquels il faut s'interroger ? Beaucoup de gens, surtout dans la grande région de Montréal, durement touchée, ont écouté avec attention les conférences de presse de 13 heures. À votre avis, quel message pourrait avoir été le plus facilement partagé entre les autorités et l'homme de la rue : le cafouillage à la frontière, celui du matériel médical ? Et si c'était plutôt le problème de la semaine de relâche, celui du non respect des consignes de lavage de main et des rassemblements ? Et si on avait retenu surtout l'ambigüité de ce message, le flou, qui a fait que des gens ont mis à risque leur santé mentale parce qu'ils avaient compris que passé 70 ans, il était interdit de franchir la porte de son appartement ? Il n'est pas impossible que loin des micros et des caméras, M. Legault ait été un peu plus agressif face au fédéral. Mais devant public, il a fait le doux, le très doux, comme pour ne pas réveiller l'anti-fédéralisme.
      Par ailleurs, aux premiers jours de la crise, M. Legault et M. Arruda ont été consacrés vedettes du moment par des publics aux idées politiques diamétralement opposées. C'est qu'ils se faisaient rassurants. Oui, le pic de la célèbre courbe devait s'afficher le 20 avril et on devait s'en sortir avec 2000 décès. Ça ne s'est pas passé ainsi et la méfiance a commencé à s'installer.
      Par la suite, l'inévitable s'est produit : on a réouvert les régions sauf celle de Montréal. Les gens des régions se sont manifestés : on ne veut pas voir de Montréalais chez nous. C'était une occasion de plus de constater l'existence de deux Québec. De quoi réjouir le fédéral non ! M. Legault et M. Arruda ayant perdu des plumes dans un des deux Québec, celui de la métropole, il faudra réparer les pots cassés avant de reparler de la sortie du Canada. De l'autre côté d'une grande rivière, M. Trudeau a volé très bas depuis le début, ce qui lui donne la chance de monter, ne pouvant plus descendre.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 juin 2020 17 h 38

      M. Richard, il faut réparer les plats cassés et les veilleries qui alimentent une pratique politique dépassée et déphasée. Ça va exiger plus qu'une approche à la CAQ. Il faut réinventer le politique au Québec et ça urge terriblement.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2020 17 h 44

      M. Richard, ne pensez-vous pas que des manifestations importées d'ailleurs à Montréal, d'un autre pays, où les gens ne respectent plus la distanciation sociale n’est pas un des symptômes de la décadence de cette ville envers un virus qui ne fait pas de cadeaux? Attention, dans deux ou trois semaines, le nombre de contaminés accompagné de plusieurs décès pourrait monter en flèche « in Montreal ». Et nous n’en sommes même pas à la 2e vague.

      Maintenant, à l'heure de ce commentaire, il y a plus de 1 675 décès par million ou 168 par 100 000 à Montréal. Elle est maintenant 2e au palmarès infâme de la COVID-19 au niveau mondial. Misère.

      Oui, il y a deux Québec ou pour être plus précis, un îlot « Canadian » au sein de la province du Québec. Pardieu, on voterait pour une boîte aux lettres rouges avec le sigle du parti libéral avant n’importe lequel des candidats des autres partis dans cette ville. Le vote montréalais des immigrants et des anglophones est devenu anti-francophone tout simplement.

      Et oui, et ne le prenez pas personnellement, on ne veut pas voir des Montréalais en région.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 juin 2020 08 h 05

      M.Bariteau,
      Vous dites «face à un virus entré par l’aéroport de Montréal et les frontières avec les États-Unis»
      La Suède, qui ne fait pas partie de l'UE et qui contrôle ses aéroports, vient de reconnaître qu'elle a erré. Et elle a comme nous des snowbirds qui peuvent ramener le virus dans leurs bagages, d'Espagne dans leur cas.
      Un Québec souverain devrait commercer avec les provinces voisines et les USA. Nous n'avons malheureusement pas le choix. Nous participerions probablement à l'AECUM, ce qui rend la fermeture unilatérale des frontières moins facile. La fermeture des frontières, mais surtout le confinement strict, les tests et le traçage (manuel) semblent pour l'instant les conditions gagnantes. M.Legault, qui se faisait l'écho des inquiétudes des chambres de commerce en espérant un déconfinement hâtif, aurait-il fermé rapidement les frontières?
      La souveraineté permettrait de définir les pouvoirs que nous pouvons déléguer au lieu de nous les voir imposés par un pouvoir colonial.

      M.Dionne,
      le Québec compte les décès de la covid avec rigueur. La GB (et certainement les USA) ont largement sous-estimé leurs décès covidiens. La GB ne comptait que les décès en milieu hospitalier! Exit les décès en résidences pour aînés. Les villes, états, comtés sont proportionnellement plus touchés. Ce qui explique aux USA pourquoi les répus, soutenus par les campagnes, semblent moins concernés.
      https://comparaisons-sante-quebec.ca/mortalite-par-covid-19-quebec-et-comparaisons-internationales/