La science, pour la suite du monde, selon Pierre Chastenay

Pierre Chastenay est astronome, auteur, communicateur scientifique et professeur didactique des sciences à l’UQAM.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pierre Chastenay est astronome, auteur, communicateur scientifique et professeur didactique des sciences à l’UQAM.

La lutte contre la COVID-19 nous plonge dans une crise qui bouleverse nos certitudes. Est-ce que cette crise va modifier notre façon de vivre et notre rapport aux autres ? Le Devoir a demandé à différentes personnalités de réfléchir aux conséquences de la pandémie dans nos vies. Cette réflexion vous est présentée en page Idées pendant quelques semaines. Aujourd’hui : Pierre Chastenay et la science.

Je ne me souviens pas d’un moment dans ma vie adulte où les décideurs gouvernementaux se sont autant fondés sur les recommandations des scientifiques pour guider les politiques publiques que depuis le début de la pandémie de COVID-19.

Qu’il s’agisse de François Legault à Québec ou de Justin Trudeau à Ottawa, tous n’ont de cesse d’invoquer les données probantes et les avis des scientifiques à l’appui de leurs décisions. Ailleurs dans le monde, de nombreux dirigeants — et, fait à noter, de nombreuses dirigeantes — ont eux aussi adopté le discours des scientifiques et s’en sont fait les promoteurs. Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande, Angela Merkel en Allemagne, Tsai Ing-wen à Taiwan, Moon Jae-in en Corée du Sud ont fait un remarquable travail de communication publique qui s’est traduit dans ces pays par un aplatissement des courbes de contagion qui font l’envie du reste du monde.

Il y a bien sûr des exceptions, notamment les présidents Trump et Bolsonaro, dont les décisions erratiques et contraires au discours scientifique sont en train de mener leurs pays respectifs à la catastrophe. Mais il y a de l’espoir, puisque même le premier ministre ontarien, Doug Ford, à qui l’on a déjà reproché un certain populisme, se présente aujourd’hui comme un fervent défenseur de la science et des données probantes pour vaincre le virus. Je me prends à rêver que cette approche basée sur la science sera encore populaire auprès de nos représentants politiques une fois la pandémie passée…

Car il y a là une leçon importante pour nos dirigeants, mais aussi pour leurs citoyens : les connaissances scientifiques et les données probantes issues de la recherche demeurent nos meilleurs outils pour comprendre les phénomènes naturels, humains et sociaux qui influencent et affectent nos vies au quotidien, et pour nous aider à prendre les meilleures décisions possible face aux défis que nous rencontrons.

Écoutez le point de vue de Pierre Chastenay

Bien sûr, la science n’a pas toutes les réponses, et l’actuelle pandémie le démontre chaque jour, puisque nos connaissances sur le virus, sur ses modes de transmission, sur la façon dont il nous affecte et sur les meilleures façons de le combattre évoluent d’heure en heure. Mais les réponses que la science nous offre sont toujours les meilleures auxquelles nous ayons accès, ici et maintenant.

Certains voudraient utiliser le caractère nécessairement incomplet ou perfectible de nos connaissances scientifiques pour promouvoir diverses théories complotistes (la 5G comme vecteur de pandémie) et autres remèdes miracles (une injection de désinfectant, avec ça ?), mais ce n’est pas parce que nos connaissances scientifiques sont incomplètes que cela donne le droit à tout un chacun de remplir les « trous » au gré de ses fantaisies et de ses lubies ! De ce point de vue, la science, qui sépare constamment le bon grain de l’ivraie grâce à un système éprouvé de vérifications par les pairs et d’autocorrections, assure un niveau de confiance que peu d’autres entreprises humaines peuvent offrir…

Une portée universelle

Il est un autre aspect de la science qui prend une importance capitale tandis que nous considérons l’après-pandémie : les connaissances scientifiques forment un tout cohérent, indivisible et à portée universelle. En effet, la science, en tant qu’ensemble de faits, de connaissances, de théories et de lois, cherche à rendre compte du fonctionnement du monde en se fondant sur des processus toujours plus élémentaires et d’application de plus en plus générale.

En d’autres termes, la science révèle l’unicité du monde en expliquant le plus grand nombre possible de phénomènes à l’aide d’un minimum de concepts. Ceci nous apparaît d’autant plus clairement au fur et à mesure que nous saisissons l’impact des activités humaines sur la biosphère. Ainsi, les connaissances acquises à propos de l’origine animale du virus de la COVID-19 et des conditions de sa transmission à l’humain sont parfaitement congruentes avec nos connaissances quant à l’impact néfaste de notre empiétement sur les zones naturelles et la trop grande promiscuité entre humains et animaux sauvages qui en résulte. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Logiquement, on devrait donc en conclure qu’il faut renoncer à poursuivre le développement humain dans les milieux sauvages et laisser de la place à la nature, ne serait-ce qu’au nom de la sauvegarde de l’humanité face aux pandémies. Les politiciens accepteront-ils de suivre les scientifiques sur ce terrain-là ? Rien n’est moins sûr…

Autre exemple de cette dichotomie entre science et politique du côté des changements climatiques, enjeu crucial mais oublié en ces temps de pandémie.

Il n’y a plus de doute dans la communauté scientifique quant à l’origine anthropique de la hausse du CO2 dans l’atmosphère et à ses effets délétères sur l’ensemble de la biodiversité, humains y compris. Ce que la science dit avec insistance depuis plusieurs années, c’est qu’il faut laisser les combustibles fossiles dans le sol, cesser toute forme d’extraction, entreprendre immédiatement une transition vers des énergies renouvelables (dont le nucléaire, s’il le faut !) et commencer à capter les GES pour les retirer de l’atmosphère.

Comment se fait-il alors que nos gouvernements continuent à dépenser des milliards de dollars chaque année pour soutenir l’industrie pétrolière et envisagent même d’approuver des projets de transport comme Trans Mountain et GNL Québec ? Même les arguments économiques que l’on nous sert à l’appui de ces décisions mal avisées ne tiennent plus la route lorsque l’on met dans la balance la détérioration accélérée de nos infrastructures due aux changements climatiques, les problèmes de santé qui iront croissant et le fait, incontournable, que nous vivons dans un monde fini dont les ressources et la capacité de renouvellement sont limitées. De fait, il y a longtemps que ces limites ont été franchies, et ça aussi, la science nous le démontre. Que les politiques fassent la sourde oreille nous mène tout droit à la catastrophe.

Des réponses objectives

On pourrait multiplier de tels exemples à l’infini. Ainsi, comment se fait-il que nos gouvernements permettent la mise en marché de produits cosmétiques dont on sait qu’ils contiennent des agents carcinogènes reconnus ? Pourquoi nos élus tolèrent-ils la présence de quantités astronomiques de sucre et de sel dans les aliments transformés alors qu’il ne fait plus de doute que ces produits nuisent à la santé des consommateurs ? Qu’attend-on pour interdire les insecticides néonicotinoïdes qui tuent les abeilles et les autres pollinisateurs ? Qui, parmi nos dirigeants, arrêtera la surpêche avant que les grandes industries halieutiques n’aient vidé les océans ?

Sur ces questions, et sur bien d’autres, la science nous donne des réponses objectives, basées sur des données probantes et un processus d’examen rigoureux, vérifiable et reproductible, réponses qui devraient guider les politiques publiques de la même manière que la science guide actuellement la réponse à la pandémie. Alors que de plus en plus de citoyens réfléchissent à ce que devrait être la vie après la COVID-19, il est bon de rappeler que la science n’est pas un buffet chaud où on peut prendre ce qui fait notre affaire tout en ignorant le reste. La science, qui nous a si bien servis en temps de pandémie, ne devrait-elle pas continuer à nous guider tandis que nous nous engageons dans un avenir incertain ? La science est, comme le monde naturel, un tout à prendre ou à laisser, et l’humanité pourrait l’ignorer à ses risques et périls.


 
17 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 30 mai 2020 07 h 38

    Retour au Moyen-Âge

    Bon, pourtant cela avait bien commencé. Oui la science naturelle, pure et appliquée nous donne les réponses aux phénomènes qui nous entourent. En bref, on aurait pu résumer la première partie de cette lettre en disant que la science nous procure des réponses vérifiables par les pairs et reproductibles. C’est la deuxième partie qui nous donne tous les drapeaux rouges lorsque vous associer UQAM avec science dans la même phrase, oxymore oblige.

    Ceci dit, on enseigne dans le cours de science en troisième année au primaire que tout être vivant a besoin d’un habitat, la sécurité et enfin la nourriture. On enseigne aussi que la nature a des mécanismes en place pour s’assurer que si une espèce se reproduit trop et son nombre devient trop grand, elle va manquer de nourriture tout simplement et d’où le contrôle des populations. Or, les humains ont contourné cette dernière en trichant avec la science et la technologie, mais nous arrivons à la fin de cette aventure.

    Enfin, notre empiétement sur les zones naturelles et la trop grande promiscuité entre humains et animaux sauvages est une résultante directe de l’étalement et de la surpopulation. Le nier, c’est se mentir. L’origine anthropique de la hausse du CO2 dans l’atmosphère est due à l’utilisation des produits fossiles et à la surpopulation. Encore une fois, le nier, c’est se mentir. Les énergies renouvelables n’existeraient pas sans le pétrole et le charbon. Les panneaux solaires sont faits avec du charbon, les éoliennes, avec du pétrole et la biomasse à besoin du charbon pour atteindre une température critique. Pour ceux qui revendiquent l’utilisation du nucléaire, eh bien, ne connaissent rien de cette pollution invisible.

    Ce qui est proposé par nos gourous de l’environnement, c’est la simplicité volontaire qu’ils ne pratiquent même pas. Le développement durable et les énergies vertes, en occultant l’hydroélectricité, ne sont que des rêves chimériques. C’est un retour au Moyen-Âge qu’ils envisagent.

    • Clément Fontaine - Abonné 30 mai 2020 09 h 57

      Vous nous servez encore votre rengaine obsessionnelle de la surpopulation, M. Dionne. Vous refusez de voir que les pays en voie de développement que vous pointez du doigt parce qu’ils figurent parmi les plus populeux de la planète, sont ceux qui dépensent le moins d’énergie par capita pour leur propres besoins, leur économie ayant été orientée vers la production de biens pour satisfaire la boulimie consumériste des pays riches - et peu populeux - comme le nôtre. Si pour vous la simplicité volontaire, ou même involontaire, représente le retour au Moyen Age, c’est que vous faites davantage partie du problème et non de la solution.

    • Cyril Dionne - Abonné 30 mai 2020 15 h 02

      Cher M. Fontaine,

      Si les pays les plus populeux pouvaient consommer et dépenser de l'énergie comme un Américain, ils le feraient sans aucun remord. Bien oui, dans les pays du tiers monde, ils vivent comme au Moyen-Âge, mais en pensant toujours qu'un jour, ce sera leur tour de devenir riche. Le problème avec tout cela, c'est qu'ils voient l'immigration comme leur seul porte de sortie. C'est pour cela que les migrants économiques défoncent les frontières illégalement partout et empruntent des chemins comme celui de Roxham pour venir consommer dans les pays du nord. Et la dernière fois qu’on a vérifiée, ils consommaient autant que nous chez nous.

    • Marc Therrien - Abonné 30 mai 2020 17 h 46

      En somme, ce que M. Dionne nous répète ad nauseam, c'est que quand on aime et on sait surconsommer, on ne fait pas plus que deux enfants par famille.

      Marc Therrien

  • Annie Marchand - Inscrite 30 mai 2020 08 h 06

    Comment distinguer une science éthique d’une science manipulée?

    M. Chastenay,

    Merci pour votre texte qui arrive à point.

    Je suis inquiète d'une manipulation croissante de la science par l'industrie.

    Je donne l'exemple du BTI, insecticide homologué biologique, dont l'innocuité était démontrée scientifiquement par un laboratoire universitaire allemand, des données probantes et reproductibles. Pourtant, aujourd'hui, des chercheurs dénoncent ce produit qui ne serait pas du tout inoffensif. Au contraire, il aurait des impacts sur la qualité de la nourriture disponible aux oiseaux et aux grenouilles, ce qui nuit à leur développement et à leur reproduction. Les chercheurs qui ont fait ses découvertes font l'objet de poursuites judiciaires bâillons.

    (Voir le reportage à l'émission La semaine verte, épisode 28 de cette saison).

    Comment distinguer une science éthique d'une science manipulée? À qui peut-on se fier, d'autant plus lorsque l'on constate que de grandes corporations et multinationales financent nos universités et la recherche?

  • François Beaulé - Inscrit 30 mai 2020 08 h 11

    L'économie capitaliste a récupéré la science

    Le pouvoir économique est plus grand que le pouvoir politique depuis qu'il s'est associé aux technologies. De la machine à vapeur aux ordinateurs, du moteur à combustion aux médicaments, antibiotiques et vaccins. Sans oublier les centrales thermiques et les avions. La place formidable que l'humanité prend sur Terre est le résultat de l'alliance entre la science et le système capitaliste. C'est la science qui a permis l'augmentation de la productivité par l'utilisation de l'énergie fossile dans des machines. Cette augmentation de la productivité est nécessaire pour faire fructifier le capital. C'est la science qui a permis le développement des vaccins et des antibiotiques. Ceux-ci ont ouvert la voie à la surpopulation et donc au ratatinement des espaces naturels.

    Contrairement à ce que M. Chastenay prétend, les hommes ont été en contact avec la nature depuis très longtemps, particulièrement quand ils étaient des chasseurs-cueilleurs. Avant de faire de l'élevage, ils consommaient des animaux sauvages. Le jugement qu'il porte, « la trop grande promiscuité entre humains et animaux sauvages qui en résulte » est arbitraire et n'a rien de scientifique. Cette promiscuité existe depuis que l'homme existe, depuis des centaines de milliers d'années.

    Jusqu'à maintenant, l'usage que l'humanité a fait de la science, via le système économique, est la principale cause de la destruction de la nature.

    • Joane Hurens - Abonné 30 mai 2020 11 h 28

      ... Contrairement à ce que prétend M. Chastenay, les hommes ont été en contact avec la nature depuis très longtemps...
      M. Baumé, M. Chastenay n’a jamais prétendu une telle insanité. Ce genre d’allégation affaiblit votre argumentation.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 mai 2020 08 h 31

    Pourquoi ?

    Parce que malgré tous les mérites inhérents à l'activité scientifique, elle n'arrive jamais à se hisser au rang des fins. Elle n'a jamais qu'un moyen. Aujourd'hui, sans doute, au service d'une fin qui s'impose pour tous à peu près pareil : la santé publique. Mais dès que cette fin s'imposera avec moins d'urgence (c'est déjà commencé), elle recommencera à être tiraillée entre les intérêts au service desquels elle est asservie.

    • Marc Therrien - Abonné 30 mai 2020 09 h 26

      Et c'est ainsi que les personnes âgées de 70 ans et +, bien portantes et heureuses de vivre, se demandent de plus en plus si la fin qui leur est imposée justifie les moyens employés.

      Marc Therrien

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 30 mai 2020 09 h 30

      À titre d'exemple, l'article du Lancet sur les dangers de l'hydrochloroquine a eu un effet énorme : suspension des tests et interdictions. Pourtant, plusieurs remettent en question sa légitimité. Sont-ils complotistes.

      Vous avez peut-être remarqué que c'est l'une de mes marottes, mais pour les changements climatiques, si l'on se fie uniquement au «Rapport sur le climat changeant du Canada », on constate qu'il y a quand même une incertitude et surtout on parle d'un réchauffement naturel sur lequel on ne revient jamais. Il est donc possible que des changements climatiques, naturels et non reliés à l'hypothèse anthropique aient un effet sur les infrastructures, lesquelles vieillissent et sont peut-être peu résilientes. Le Pont Champlain est un bon exemple : innovation avec du béton précontraint qui n'a pas fait bon ménage avec les abrasifs, son usure a été prématurée et nous avons dû, à très grands couts, le remplacer.

      Je trouve donc particulier « qu'un auteur, communicateur scientifique et professeur didactique des sciences » fasse un raccourci en écrivant que « les arguments économiques que l’on nous sert à l’appui de ces décisions mal avisées ne tiennent plus la route lorsque l’on met dans la balance la détérioration accélérée de nos infrastructures due aux changements climatiques ».

      Voici par exemple l'une des conclusions d'Ouranos : « Il serait tout à fait possible d'avoir vécu les crues de 2017 et de 2019 sans l'ajout de gaz à effet de serre dans l'atmosphère par les humains. Par exemple, les crues de 1974 et de 1976 ont été deux crues importantes sur une
      courte période de temps. »

      L'auteur fait l'économie des écarts naturels de température de 60 degrés au Québec pour « vendre » ses énergies alternatives dont on sait qu'elles ne règleront pas le problème et surtout, il néglige la science et les raisons qui nous permettent de voir qu'elles sont très peu écolos finalement.. Finalement, je lis simplement un intello victime du zeitgesit.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 31 mai 2020 08 h 49

      Ben voyons donc, monsieur Gill... Dominic Champagne se promène partout en soutane pour enseigner aux peuples de la Terre de se mettre à l'écoute de La Science comme si elle était Une Sainte et Apostolique et nous promettait surtout seule un authentique salut sinon tsé c'est l'apocalypse....

      Au plaisir d'être moins d'accord une autre fois.

  • Marc Therrien - Abonné 30 mai 2020 09 h 36

    Le XXI ième siècle sera scientifique ou il ne sera pas


    S’il n’y avait que la raison affranchie de l’émotion et la rationalité scientifique, le monde se porterait-il mieux? C’est probablement ce que croient les amoureux virtuels des robots en devenir. Mais il y a encore l’émotion qui génère très tôt dans le développement de la conscience les questions « Pourquoi? » et « Pour quoi? ». Et c’est dans l’immense vacuité entourant les réponses du comment que se développe les explications fictives de d’où ça vient tout ça et de vers où ça s’en va tout ça. Je pense que la science est encore impuissante face à l’absurde.

    Marc Therrien

    • Marc Therrien - Abonné 31 mai 2020 10 h 23

      Au nombre de fois où on entend le mot science ces temps-ci, c’est à croire que le scientisme est en voie de s’imposer pour nous convaincre que ces questions des fins première et finale de l’existence sont futiles parce qu’elles ne mènent qu’à des fictions qui coexistent dans le relativisme et nous faire croire que seuls l’esprit et la méthode scientifique peuvent régler tous les problèmes rencontrés dans tous les domaines de la vie humaine. Il y a la science pour la suite du monde et le scientisme qui veut « organiser scientifiquement l’humanité » comme le pensait Ernest Renan.

      Quant à la question qui introduisait comme commentaire, j’avais déjà trouvé une perspective avec Étienne Groleau, professeur de philosophie au collégial dans son livre « L’oubli de la vie. Critique de la raison parodique ». « L’absurdité est pourtant la seule conclusion possible face au nihilisme qui ne laisse aucun espoir de sortie. En misant uniquement sur la raison instrumentale, la modernité s’est condamnée au relativisme et au nihilisme puisque la raison laissée à elle-même n’a accès qu’à un univers ontologiquement neutre. » (…) « Une fois rabattue sur la seule vérité la raison a engendré un homme étriqué, mutilé, version parodique de ce qu’il pourrait être et qui aujourd’hui, à travers des doutes, des crises et des excès, ne fait que manifester les symptômes de la déchéance qui accompagne une raison déshumanisée ».

      Marc Therrien