Québec a-t-il laissé tomber l’éducation secondaire publique?

«Les iniquités existaient déjà entre les écoles privées et publiques, et le manque d’action du ministre Jean-François Roberge n’a fait que les accroître», constatent les autrices.
Photo: Getty Images «Les iniquités existaient déjà entre les écoles privées et publiques, et le manque d’action du ministre Jean-François Roberge n’a fait que les accroître», constatent les autrices.

Cela fait maintenant deux mois que les écoles secondaires du Québec sont fermées. Après deux semaines de confinement, les élèves du système public ont reçu des ressources et des activités éducatives optionnelles en guise de substitution à l’enseignement en classe. Cette mesure vise à consolider le contenu pédagogique déjà appris en classe. Selon le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, la situation de confinement ne se prête pas à l’apprentissage de nouveau contenu, à la correction de travaux et à la tenue d’examens.

Les directives du ministre témoignent certes de l’intention de maintenir l’équité entre les élèves du Québec ; les disparités en matière d’accès à l’Internet, au matériel informatique et à un soutien parental adéquat représentent un réel défi à l’organisation d’une éducation virtuelle de qualité. Toutefois, plutôt que de démontrer du leadership face à ces défis, M. Roberge a laissé tomber les élèves qui fréquentent les écoles publiques. Le ministre aurait dû réfléchir aux façons de mettre à niveau notre système scolaire public, comme les systèmes scolaires à l’extérieur du Québec qui réussissent à maintenir l’apprentissage de leurs élèves durant le confinement.

Face à un confinement qui ne se compte plus en semaines, mais bien en mois, quand les jeunes du système public secondaire retourneront en classe cet automne (s’il y a lieu), ils auront eu l’équivalent de six mois de vacances. Aucune directive d’enseignement à distance n’a été donnée par le ministère jusqu’à maintenant.

Les iniquités existaient déjà entre les écoles privées et publiques et le manque d’action de M. Roberge n’a fait que les accroître. La plupart des écoles privées ont rapidement mobilisé leur personnel enseignant pour développer une structure et des occasions d’apprentissage pour leurs élèves. Ces derniers interagissent quotidiennement, quelques heures par jour, avec leurs enseignants et leurs camarades de classe à l’aide de plateformes virtuelles à des fins éducatives. Bien que ces conditions pédagogiques ne soient pas optimales, les élèves des écoles privées bénéficient néanmoins d’une routine structurée, d’interactions sociales qui dépassent le cadre familial et d’occasions de faire de nouvelles expériences et de nouveaux apprentissages.

Pendant ce temps, ces occasions d’apprentissage sont pratiquement éliminées pour les élèves des écoles publiques. Cette situation risque également d’augmenter les problèmes de santé mentale, sans oublier une baisse de la motivation. De façon encore plus grave, les mesures prises par le ministre Roberge envoient le message que l’apprentissage est optionnel et que l’éducation est d’une importance moindre. N’est-ce pas un dangereux message à envoyer aux prochaines générations ? Pendant ce temps, l’écart entre le système scolaire privé et public au Québec continue de s’agrandir.

La solution est simple. Le gouvernement devrait donner la directive à toutes les écoles de mettre en place des systèmes d’apprentissage en ligne, plusieurs heures par jour, avec l’accompagnement des professeurs. Le changement vers l’enseignement à distance a été fait efficacement dans les cégeps et les universités du Québec. Il n’y a aucune raison pour que les élèves du système public secondaire ne puissent pas bénéficier d’une expérience semblable. Nous ne devrions pas accepter de sacrifier l’éducation de nos élèves du système publique, et ainsi leur futur. Ne laissons pas la pandémie accroître les inégalités en éducation déjà existantes au Québec.

8 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 12 mai 2020 07 h 09

    Bravo !

    Je suis d'accord avec cette lettre. En particulier la phrase suivante:

    « De façon encore plus grave, les mesures prises par le ministre Roberge envoient le message que l’apprentissage est optionnel et que l’éducation est d’une importance moindre. »

  • Geneviève Dubreuil - Abonné 12 mai 2020 09 h 44

    Ne pas sous-estimer le besoin de motivation des jeunes

    Il est mentionné dans cette lettre que les directives du ministre témoignent de l’intention de maintenir l’équité entre les élèves du Québec. C'est également ma compréhension d'après ce que je lis dans les journaux et ce que j'entends à la radio. Donc, si ce n'est pas parfait pour tous les élèves, on les abandonne tous?

    Des tonnes de fonctionnaires travaillent comme ils le peuvent à distance (y compris moi-même). Leurs employeurs sont compréhensifs lorsque la performance n'est pas au rendez-vous.On s'entraide entre collègues. Il y en a qui ont des enfants à la maison, on sait qu'ils ne peuvent pas produire grand chose. On fait ce que l'on peut en groupe, mais on avance tranquillement, on se rend utiles! Mais nous nous faisons dire que ce n'est pas possible pour les professionnels du système scolaire public du Québec...

    Les jeunes et les parents sont capables de comprendre que la situation n'est pas normale et que leurs professeurs ne leur fourniraient pas tous le même niveau de support. Mais voir des gens se dépatouiller pour eux, cela ferait une grande différence. Mon neveu, qui a déjà abandonné 2 programmes d'études, a tout simplement reçu un coup de téléphone d'encouragement d'un de ses profs récemment. Je ne vous dis pas l'effet que cela a eu sur lui. Il se sentait important! Pour mon fils, on a un peu plus de chance: 2 de ses professeurs donnent des nouvelles via une plate-forme numérique. Ils redonnent des notions déjà vues, mais bon, c'est leur présence et la régularité des contacts qui est importante pour la motivation des jeunes. Ce ne sont pas tous les éleves qui assistent, mais il y a au moins les 2/3 de la classe qui assiste. C'est excellent! Imaginez si TOUS les profs faisaient ce petit peu!!

  • Cyril Dionne - Abonné 12 mai 2020 10 h 18

    OUI!

    Québec a-t-il laissé tomber l’éducation secondaire publique? Réponse courte: OUI.

    La réponse qui est plus longue dicte que ce sont les élèves du secondaire qui sont la plus à risque dans leur cheminement scolaire. Ce sont eux qui auraient dû retourner à l’école, pas les enfants du primaire. Cette décision relève uniquement de la chambre de commerce et non du gros bon sens.

    Le site du ministère de l’éducation, « l’école ouverte », est un ramassis de sites internet où l’étudiant navigue dans un univers sans guide ou sans objectifs clairs et précis qui ne reflètent aucunement le curriculum selon l’âge chronologique de l’apprenant. Si on le compare à celui de l’Ontario, le Québec est encore dans les années 90 en fait d’apprentissage en ligne. Il n’y a aucune attente ou contenus d’apprentissage précis qui reflète l’année en cours et la matière à l’étude de l’étudiant. C’est du n’importe quoi. Et je suis enseignant.

  • Michel Dev. Elche - Inscrit 12 mai 2020 15 h 49

    Oui, mais...

    J'ai été responsable au niveau collégial comme conseiller pédagogique. Je sais donc que les élèves qui nous viennent du publique réusissent mieux dès la première année du niveau Cégep régulier. Les modèles éducatifs du public sont variés et développent bien mieux l'autonomie. Voir pour cela une publication du Ministère : 'Les options en éducation" (Bertrand 1980 je crois).

    • Patrick Daganaud - Abonné 13 mai 2020 04 h 15

      les éleves qui viennent du public....

  • Chantale Jeanrie - Inscrite 12 mai 2020 16 h 34

    Allo! la terre!

    Il existe une première raison toute simple pour ne pas avoir instaurer d'emblée l'école à distance dans le secteur public. Très décevant de voir qu'aucun de ces deux auteurs n'y a songé: les enfants qui fréquentent les écoles privées sont nettement plus susceptibles d'avoir accès à internet à la maison, de posséder une tablette ou un ordinateur que les enfants des écoles publiques
    !