Déconfiner et relancer la culture

«Afin que la culture émerge plus vivante et plus forte que jamais, il faudra trouver des nouvelles voies pour mutualiser certaines actions philanthropique», affirme l'auteur.
Photo: iStock «Afin que la culture émerge plus vivante et plus forte que jamais, il faudra trouver des nouvelles voies pour mutualiser certaines actions philanthropique», affirme l'auteur.

La relance des activités culturelles se fera de façon graduelle et dans le respect des règles sanitaires imposées par la santé publique et la crainte d’une dévastatrice seconde vague. Ceci étant, la feuille de route des gouvernements pour prévenir une aggravation des répercussions dans les secteurs les plus touchés, comme les arts de la scène et les médias, devra se pencher sur la solidarité avec les milieux créatifs, artistiques et médiatiques, non pas en s’accrochant aux offres de gratuité venues avec la pandémie, mais plutôt à travers des actions philanthropiques d’envergure.

Les industries de la culture et des médias sont tissées par bon nombre d’organismes et d’entreprises sans but lucratif, dont une part significative du financement autonome est relié à des initiatives philanthropiques et à des revenus de commandites. Or, ces deux sources sont marquées par un haut niveau d’incertitude en raison de l’affaissement pressenti des budgets de commandites, et de l’incapacité de recourir aux moyens les plus répandus de collecte de fonds, soit les événements de bienfaisance et les traditionnels encans de biens et services.

Il est sans doute possible que l’aide gouvernementale puisse pendant un certain temps suppléer à la perte de revenus des entreprises concernées. Elles sont pour la plupart admissibles aux subventions à l’emploi et à la formation qui ont déjà été mises en place par les gouvernements, de même qu’à d’autres formes de soutien financier telles que garanties de prêts sans intérêts et versements anticipés de subventions. De plus, les deux gouvernements fédéral et provincial doivent annoncer sous peu des mesures additionnelles pour accompagner les artistes et les organisations culturelles dans leur éprouvante traversée de la pandémie et des contraintes imposées par les directions de santé publique.

Toutefois, sur un horizon qui dépasse le déconfinement complet de la culture, les enjeux liés au financement autonome des organisations sans but lucratif risquent de perdurer. En matière de philanthropie, la culture vient assez loin dans les choix des donateurs. À peine 8 % des dons de bienfaisance sont dirigés vers le secteur, bien loin derrière la santé, l’éducation et les causes humanitaires. Il faut ici noter que les actions philanthropiques dans ces domaines sont généralement dirigées par des machines de guerre utilisant des outils d’intelligence artificielle pour identifier et toucher les donateurs potentiels par les voies numériques.

Face à cette professionnalisation extrême de la philanthropie, les organisations culturelles paraissent encore à l’époque des arcs et des flèches. Dans les médias d’information, comme on peut l’observer à l’heure actuelle aux États-Unis et ailleurs, l’appel à la philanthropie commence à se faire entendre de manière plus insistante. Comme un cri du cœur. Mais il faut bien se rappeler que les dons de bienfaisance sont aussi un marché à conquérir, et que la concertation des milieux de la culture pourrait s’avérer non seulement judicieuse, mais nécessaire pour qu’ils puissent entrer à leur tour dans la modernité numérique.

Les artistes, les organismes culturels et les médias, s’ils ne figurent pas parmi les principales cibles de la bienfaisance, sont néanmoins souvent les premiers à faire preuve d’imagination et d’initiatives solidaires en temps de crise pour atténuer les enjeux sociaux. Dimanche, ils seront des centaines à proclamer haut et fort « une chance qu’on s’a » sur les ondes de TVA et de Télé-Québec. Le temps est venu qu’ils puissent bénéficier d’un retour d’ascenseur pour animer et faire grandir notre vie culturelle commune et redresser l’économie des médias. Peut-être faudra-t-il trouver des nouvelles voies pour mutualiser certaines actions philanthropiques pour que la culture émerge de la pandémie plus vivante et plus forte que jamais.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 9 mai 2020 06 h 42

    TMLEP est déjà déconfiné et relancé

    Au lieu de quémander des subventions à l’infini, vous devriez vous demander combien Radio-Canada (Radio-Pravda pour les connaisseurs) paie pour l’émission TLMEP alors que tout le secteur culturel est sur pause. Pourquoi eux et non pas les autres? Radio-Canada est un institut public qui bénéficie entre autre, de 1,5 milliards des contribuables à chaque année. Alors, combien d’argent notre cher petit Guy A. Lepage empoche à chaque semaine pour son émission de piètre qualité alors que les autres artistes crient famine?

    Cette professionnalisation extrême de la philanthropie passe aussi par Radio-Canada et ses courtisans aux accents multiculturalistes et mondialistes.