Des aînés sont déracinés de leur milieu de vie en temps de pandémie

Les aînés ne doivent pas être transférés en centre hospitalier si leur souhait est de demeurer dans leur lieu de résidence, insiste l'autrice.
Photo: Jean-Francois Badias Associated Press Les aînés ne doivent pas être transférés en centre hospitalier si leur souhait est de demeurer dans leur lieu de résidence, insiste l'autrice.

Les temps sont difficiles pour nombre d’entre nous en cette période de pandémie. Notre quotidien est bousculé et beaucoup ont perdu leurs repères. Perte de travail ou télétravail, distanciation sociale ou promiscuité familiale accrue et peur de ce que nous réserve demain.

Ce virus nous entraîne dans des zones d’incertitude… Ce qui est certain, cependant, c’est le sort qui est réservé à plusieurs de nos aînés. Cette situation inédite n’est comparable à rien d’autre. Ce que nous en savons, ce que les soignants et les familles nous en disent est inacceptable. Je parle de toutes ces personnes en CHSLD. Ces personnes qui sont devenues, depuis cette pandémie, la priorité de notre gouvernement, et avec raison. Isolement, souffrance non soulagée, manque de soins de base… Un bilan devra être fait pour que cette réflexion serve à ce qu’on ne vive plus jamais de telles atrocités au Québec. Une société est jugée à la façon dont elle traite les personnes les plus vulnérables. Et cette société, c’est chacun de nous.

Au même moment, dans des résidences privées pour aînés (RPA) autonomes et semi-autonomes, des soins de confort qui peuvent être offerts sont refusés. J’ai reçu, vendredi dernier, le courriel d’un médecin qui travaille à domicile, qui me faisait aussi suivre le courriel d’un autre médecin. En fait, ces médecins me lançaient un cri du cœur. Ces soignants prodiguent des soins de confort à domicile à des personnes âgées atteintes de la COVID-19, et le domicile c’est aussi, pour certains, une résidence privée.

Lorsque des propriétaires de RPA n’acceptent pas que des résidents très malades ou en phase terminale demeurent sous leur toit, même si ces personnes souhaitent être soignées à la RPA, c’est honteux ! Nous sommes en droit de nous questionner sur le souci qu’ils accordent à leur image plutôt qu’à leurs résidents. Envoyer à l’hôpital, contre leur gré, ces personnes âgées ne fait aucun sens.

En ce temps de COVID-19, cela veut dire qu’elles sont transférées à « l’étage COVID », un endroit qui n’a rien à voir avec leur milieu de vie, une unité de soins palliatifs ou une maison de soins palliatifs, tous des lieux adaptés à l’offre des soins palliatifs prodigués par leurs soignants compétents.

Il est vrai que nos équipes de soins palliatifs à domicile ne sont pas assez nombreuses. Mais ces équipes font tout ce qui est en leur pouvoir pour respecter le choix des personnes de demeurer chez eux, entourés de leurs proches. Elles soutiennent les proches et les responsables des résidences pour personnes âgées en mettant en place, entre autres, des prescriptions préventives pour éviter les souffrances, une garde en disponibilité 24/7, des protocoles de détresse respiratoire offerts au chevet des personnes très malades, de l’oxygène, etc.

Les CHSLD ont besoin de bonifier leurs services de soins de confort. De toute évidence, il nous faudra revoir les ratios personnel / patient et notre organisation des soins. À domicile, toutefois, alors que nous travaillons à améliorer l’accès aux soins palliatifs pour tous, il est insensé de savoir que ceux qui pourraient en bénéficier dans certaines résidences en sont privés. Cela est d’autant plus déchirant en période de pandémie.

L’Association québécoise de soins palliatifs se sent interpellée par ces situations, car elle prône l’accès pour tous à des soins palliatifs de qualité, dans le respect du choix de chaque personne.

Ne transférons pas nos aînés en centre hospitalier si leur souhait est de demeurer dans leur lieu de résidence, quel qu’il soit. Respectons leur volonté. Ne les isolons pas. Ne les déracinons pas de leur milieu. Pour eux, leurs proches, les personnes malades qui doivent être hospitalisées et toute notre société.

Reconnaissons le travail de ces équipes multidisciplinaires à domicile qui travaillent pour que chaque personne vive dignement, jusqu’au dernier souffle, dans le confort, accompagnée de ses proches.