Les proprios, des sangsues?

«Je ne crois pas qu’il devrait être accepté de s’enrichir sur un besoin humain de base comme celui d’avoir un toit sur la tête», affirme l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Je ne crois pas qu’il devrait être accepté de s’enrichir sur un besoin humain de base comme celui d’avoir un toit sur la tête», affirme l'auteur.

Quelle époque, on va se le dire ! En pleine période de crise du coronavirus, alors qu’on appelle tout le monde à apporter sa juste part pour la santé et la sécurité de tous et toutes, les débats font rage sur les réseaux sociaux entre les locataires et les propriétaires d’appartements. À lire ces derniers, ils se situeraient juste après les sans-abri et les centaines de milliers de nouveaux chômeurs sur la liste des plus grandes victimes de cette pandémie…

En cause ? Plusieurs locataires récemment mis à pied doivent choisir actuellement s’ils écoulent leurs dernières économies en payant le loyer d’avril ou en choisissant plutôt de se nourrir.

Face à cet état de fait, un mouvement planétaire s’est créé, virtuellement, en appelant à faire la grève des loyers pendant le temps de la crise. Il n’en fallait pas plus pour voir apparaître des commentaires, tous plus virulents les uns que les autres, de proprios inquiets et frustrés de ne pas recevoir leurs paiements à temps.

Pourtant, les banques canadiennes ont toutes annoncé publiquement la possibilité de négocier, sans frais, une suspension de six mois sur les hypothèques. Les futurs grévistes, quant à eux, réclament également l’annulation des paiements d’hypothèque pour la durée de la grève.

Alors, si ce n’est pas pour profiter de la crise pour s’enrichir sur le dos de leurs locataires, on se demande bien pourquoi on voit essaimer ce grand mécontentement de la part de ceux qui nous logent…

Profiter de la crise

Collectivement, on s’est tous un peu moqués de ces nouveaux survivalistes qui ont profité du début de la pandémie pour faire leurs réserves de papier hygiénique, créant une pénurie complètement artificielle.

Bien que les compagnies qui produisent ce genre de produit aient toutes annoncé qu’elles ne manquaient aucunement de réserve, certains ont tout de même cru bon de dévaliser les magasins. Les plus crasses allaient même jusqu’à essayer de vendre des rouleaux à des prix exorbitants sur Facebook. Un bien triste portrait de notre société.

Il est tout de même difficile de ne pas faire le parallèle avec tous ses proprios qui aujourd’hui crient à l’injustice nationale en prévision de ne peut-être pas recevoir leur paiement de loyer à temps. Ne serait-on pas censés se serrer les coudes tout le monde ensemble pour passer au travers de cette crise ? Eh bien, il semble qu’à l’instar des collectionneurs de Purell et de papier hygiénique, les proprios veulent plutôt en profiter pour s’enrichir sur le dos des moins chanceux.

Les nouveaux seigneurs

Dans mes cours d’histoire, on nous expliquait comment le régime seigneurial, hérité du Moyen-Âge était archaïque, ce qui expliquait les grandes révolutions qui nous ont amené la démocratie libérale telle qu’on la connaît aujourd’hui. Les nombreux paiements que devaient effectuer les serfs auprès de leur seigneur en échange du droit de s’établir sur une terre faisaient en sorte de les maintenir dans la pauvreté, ce qui aurait en partie mis le feu aux poudres. Ça ne vous rappelle pas un peu le premier du mois ?

Personnellement, je crois qu’on devrait reléguer le marché locatif immobilier aux poubelles de l’histoire, aux côtés du régime seigneurial. Je ne crois pas qu’il devrait être accepté de s’enrichir sur un besoin humain de base comme celui d’avoir un toit sur la tête.

Je vous suggère d’aller lire les commentaires des proprios qui promettent de se faire justice eux-mêmes sur la page Facebook de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). Certains, expliquant qu’ils ont aussi perdu leur emploi, exigent aussi que leurs locataires se forcent à aller travailler pendant la crise, puisque les Wal-Mart et autres Dollarama de ce monde cherchent à combler plusieurs postes. Pourquoi ne pas appliquer leurs propres conseils dans ce cas, puisque ça semble si simple ?

Alors, les proprios, des sangsues ou pas ? Et bien si ces dernières viennent s’accrocher à notre peau pour nous pomper un peu de notre sang, les premiers visent plutôt à nous pomper chaque mois entre le tiers et la moitié de notre salaire pour avoir le droit de se loger. À vous de voir si la comparaison, assez populaire sur les réseaux sociaux, tient…

Évidemment, je vais me faire rappeler à l’ordre, on me dira que ce ne sont pas tous les proprios qui sont des pourris, que certains, principalement ceux qui résident dans leur bloc, ont accepté de négocier avec leurs locataires pour faire face à la crise. Cependant, en me basant sur mes expériences personnelles et celles de mon entourage, force est de constater que ces derniers sont plutôt l’exception à la règle, du moins dans les quartiers centraux des grandes villes.

Pourquoi ne pas terminer sur une note positive en lien avec la crise du COVID-19 ? Vous avez sûrement tous entendu parlé de ces proprios qui essaient par tous les moyens d’expulser leurs locataires pour transformer leurs appartements en Airbnb ? Et bien, avec le marché du tourisme qui s’écroule, certains doivent être en train de se mordre les doigts. Maigre consolation, après avoir mis à la rue des locataires pas assez payants… Parfois, il faut croire, les sangsues pompent aussi du sang empoisonné !

Et vous, avez-vous eu les capacités de payer votre loyer d’avril ?


 
24 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 2 avril 2020 01 h 55

    Pourris?

    «on me dira que ce ne sont pas tous les proprios qui sont des pourris»

    Et c'est vrai. Par contre, j'ai de la difficulté à ne pas associer à ce qualificatif les représentants de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), surtout celui qui pense utile de ressortir pendant cette crise la revendication de ce lobby pour instaurer un dépôt de garanti, d'autant plus que ce dépôt n'est absolument pas conçu pour compenser des retards de loyers, mais bien pour servir en cas de détérioration du logement que le propriétaire remettrait seulement au départ d'un locataire, selon l'argumentaire avancé par ce même lobby. Pitoyable...

  • Hélène Gervais - Abonnée 2 avril 2020 06 h 15

    Pour moi ...

    Ça toujours été prioritaire de payer mon loyer le 1er du mois peu importe la sorte de proprio que j'avais et peu importe les circonstances

  • Marcel Vachon - Abonné 2 avril 2020 08 h 50

    Se parler

    Une bonne idée serait qu'un(e) locataire glisse sous la porte des autres locataires, un court texte avec son adresse courriel, invitant les locataires à lui écrire et sans se réunir phisiquement, pourraient ainsi toutes et tous se parler avec en Cci. Une décision collective pourrait être envisagée selon les circonstances locales. Une discussion avec le propriétaire pourrait ainsi être faite aux yeux et sûs de toutes et tous.
    Soyons imaginatifs svp. Bonne chance.
    (Et dire que je suis propriétaire.....)

  • Paul Gagnon - Inscrit 2 avril 2020 09 h 24

    Est-ce que GND a payé le sien

    de loyer?

    • Sylvain Fortin - Abonné 2 avril 2020 18 h 51

      Votre haine contre Québec solidaire n'a pas sa place ici. Vous déraillez du sujet de l'article.

  • Louis Perreault - Abonné 2 avril 2020 09 h 52

    Ouf...

    Texte d'une mauvaise foi inouïe.