Procès Salvail: Donald Duguay est celui qui fait preuve de dignité et de courage

Donald Duguay la semaine dernière, au palais de justice de Montréal
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Donald Duguay la semaine dernière, au palais de justice de Montréal

Au cours de la dernière semaine s’est déroulé le procès opposant le présumé agresseur sexuel Éric Salvail et sa présumée victime Donald Duguay. Puisque je parle au nom des victimes d’agressions sexuelles depuis dix ans déjà, je sens la responsabilité de me déclarer solidaire de Donald Duguay. Le déroulement du procès m’oblige à faire plus qu’une simple déclaration remplie de bonnes intentions.

Établir une preuve hors de tout doute raisonnable devant une cour de justice, en matière d’agression sexuelle, représente un défi important parce qu’une agression sexuelle se commet généralement dans un endroit où seuls la victime et l’agresseur sont présents. Ainsi, l’agresseur n’a qu’à nier les affirmations du plaignant ou connaître la victime. Ce faisant, il est très facile d’établir un doute raisonnable.

Alors, comment parvenir à faire condamner un agresseur sexuel ? Par définition, ces individus pervers ne se contentent pas d’agresser une seule victime. Ces prédateurs imposent un puissant rapport de force à l’égard de leurs nombreuses victimes pour les garder sous leur emprise. Nous sommes donc en présence de personnes totalement centrées sur elles-mêmes et qui n’ont aucune empathie pour les personnes qu’elles agressent.

Aussi, ces derniers jours, j’ai lu sur les réseaux sociaux des écrits de deux personnes connues du milieu artistique qui ont admis avoir été agressées sexuellement par Éric Salvail, mais qui ne pensent pas que leurs témoignages puissent avoir une incidence sur l’issue du procès.

Précisons que, pour permettre à un plaignant de gagner sa cause contre son agresseur sexuel, il faut faire la démonstration que ses affirmations sont fausses, en démontrant un schéma comportemental d’agresseur compulsif. Ce que j’ai lu au cours des derniers jours me semble démontrer un tel schéma de la part d’Éric Salvail.

Si mon hypothèse est exacte, il n’y a qu’une manière de démontrer cela, c’est que TOUTES les personnes, je dis bien TOUTES les personnes qui ont vécu une histoire semblable avec Éric Salvail se rendent sans délai au poste de police le plus près de chez elles et déposent une plainte pour permettre à des témoins de venir appuyer les affirmations de Donald Duguay.

Si, comme société, nous voulons que les agresseurs sexuels puissent être condamnés devant les tribunaux, nous avons le devoir de participer à ces procès. Je souhaiterais que ceux qui hésitent, en ce moment, bénéficient du soutien de leurs proches et qu’ils acceptent de parler en toute confiance, avec sérénité.

J’ajoute que j’entends trop souvent des victimes me dire en privé qu’elles ont subi des agressions sexuelles mais que cela n’a pas eu d’impact sur elles. Je comprends cette réaction, je l’ai longtemps eue moi-même, mais il faut savoir que les effets des agressions sexuelles sont très insidieux mais bien présents, donc il faut consulter un spécialiste.

Enfin, je me dois de constater que les photos de ce procès qui ont été publiées nous montrent un Éric Salvail tiré à quatre épingles et un Donald Duguay mal en point. Ces images sont puissantes et surtout injustes. Donald Duguay est celui qui fait preuve de dignité et de courage ici.

De plus, il faut déplorer que les questions intimidantes de l’avocat de la défense ne soient pas remises en question par le juge en fonction. Culpabiliser Donald Duguay parce qu’il s’est lavé les mains plutôt que de s’enfuir du lieu de l’agression n’a rien à voir avec les actes présumément posés par Éric Salvail. Serions-nous revenus à l’époque où on reprochait aux femmes d’avoir une jupe trop courte pour justifier une agression sexuelle ?

7 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 26 février 2020 11 h 12

    J'approuve les propos de votre lettre M. Richard. Mais ce n'est pas facile pour les victimes d'être victimisées une deuxième fois en se révélant dans une cour de justice et en subissant un contre-interrogatoire déshumanisant.

  • Claire Faubert - Abonnée 26 février 2020 17 h 34

    La peur n'est pas un alibi pour se taire

    Comme dans l'affaire Matzneff, où madame Bombardier disait que la littérature n'est pas un alibi, il importe avant tout que toutes les victimes se manifestent, même sous le couvert de l'anonymat, afin que justice soit rendue. La peur n'est pas un alibi pour se taire.

    J'admire monsieur Duguay qui a su affronter ce procès avec dignité et courage. Bonne chance!

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 27 février 2020 10 h 19

      Facile à dire..

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 26 février 2020 18 h 28

    Je suis d'accord avec vous et je pense que M.Dionne met le doigt sur le bobo.
    Des approches comme celle de l'avocate de Weinstein devraient être éthiquement revues.
    Si il est d'intimider et d'humilier les victimes, elles resteront chez elle.
    Qui veut vivre ce genre de traitement? Je les admire d'encaisser silencieusement et garder leur calme, moi je péterais ma coche en pleine cour.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 février 2020 20 h 54

    Que voilà un fait divers difficile à commenter

    Il faut enfiler des gants blancs et s'atteler à réviser sa copie jusqu'à abonder dans le sens de la critique au goût du jour, ce que je ne ferais pas.



    P

    • Hélène Lecours - Abonnée 27 février 2020 09 h 25

      Il faut surtout apprendre à parler, identifier, verbaliser correctement même sur des émotions difficiles.

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 février 2020 10 h 13

      Pourquoi des gants blancs quand les accusateurs n'en mettent pas? Y en a marre qu'on foule aux pieds la présomption d'innocence avec campagne de dénigrement à la clé, sous prétexte d'opinion et au mépris du "sub judice", pour rallier l'opinion publique en espérant influencer les tribunaux...