Le piège de la nouvelle gauche écologiste au Québec

«Le PQ, tout comme QS d’ailleurs, commet aussi l’erreur de redéfinir son projet indépendantiste en une sorte d’utopie progressiste et écologiste», affirme l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le PQ, tout comme QS d’ailleurs, commet aussi l’erreur de redéfinir son projet indépendantiste en une sorte d’utopie progressiste et écologiste», affirme l'auteur.

Le mois de novembre politique a été marqué par les congrès du Parti québécois et de Québec solidaire. Bien que l’identité, les traditions et les façons de faire des deux formations politiques soient bien différentes, ces frères ennemis semblent arriver aux mêmes conclusions : le mouvement indépendantiste sera de gauche et écologiste ou ne sera pas. Il s’agit d’une erreur stratégique grave qui ne mènera nulle part.

En effet, en se tournant vers une extrémité du spectre politique, le PQ et QS risquent de marginaliser leurs démarches et ainsi de s’isoler des électeurs modérés à la recherche d’une solution progressiste mais pragmatique aux défis du monde d’aujourd’hui. Il est à mon avis trop tard pour QS, qui a déjà fait son lit au sein de la nouvelle gauche populiste. Peut-être le PQ retrouvera-t-il la raison à temps pour se remettre de ses défaites électorales.

La présence de la question nationale au Québec a permis il y a cinquante ans l’émergence d’un parti de gouvernement social-démocrate (le Parti québécois), mais a aussi obligé son principal adversaire (le Parti libéral) à développer une sympathie pour l’État providence ou du moins une hésitation à s’y attaquer.

Aujourd’hui, la Coalition avenir Québec et le Parti libéral dominent l’Assemblée nationale. Les deux partis s’opposent certes sur certains enjeux liés aux valeurs et aux droits individuels, mais un consensus clair existe quant au rôle plus limité que l’État québécois doit jouer. Ce sont également deux partis fédéralistes.

Une comparaison avec notre voisin ontarien est ici particulièrement éclairante. Les citoyens du Québec ne sont pas plus progressistes que ceux de l’Ontario. En fait, sur la plupart des enjeux économiques et sociaux, les deux provinces se ressemblent. Il faut regarder du côté des systèmes de partis pour expliquer la présence de politiques publiques plus généreuses au Québec depuis les années 1960.

En effet, si on exclut l’unique mandat néo-démocrate entre 1990 et 1995, les progressistes ontariens ont été condamnés aux bancs de l’opposition. Il n’y a donc pas eu d’occasions pour établir une assurance médicaments, des services à la petite enfance ou encore des mesures d’accessibilité aux études supérieures. Le nouveau duopole CAQ-PLQ ouvre la possibilité que le Québec devienne aussi frileux que son voisin ontarien en matière de politiques publiques.

Pourtant, le Parti québécois est toujours tétanisé par sa défaite de 2018. La réaction de sa base militante correspond exactement à ce que la science politique prédit à un parti en difficulté : elle durcit ses positions. À la suite du congrès de refondation, le PQ s’éloigne encore plus d’un parti de gouvernement pour se définir comme un parti de niche, indépendantiste et écologiste. Ce faisant, il abandonne un espace électoral conséquent situé quelque part entre le centre et le centre gauche de l’échiquier politique et se met en compétition avec la nouvelle gauche populiste. Le PQ, tout comme QS d’ailleurs, commet aussi l’erreur de redéfinir son projet indépendantiste en une sorte d’utopie progressiste et écologiste qui éloigne les indépendantistes de centre et de droite pourtant essentiels à l’atteinte d’une majorité référendaire. Le PQ risque finalement de s’aliéner l’énorme électorat de banlieues, intéressé par la question environnementale, mais se méfiant des politiques écologistes dont il est souvent le bouc émissaire.

Les progressistes québécois doivent évidemment s’ajuster aux transformations politiques et démographiques du moment. Deux stratégies sont possibles. Ils peuvent se braquer idéologiquement, radicaliser leur programme et tenter d’exister dans l’opposition avec beaucoup de batailles perdues et quelques coups de gueule médiatiques. Cela semble être la stratégie de Québec solidaire. Ils peuvent aussi se montrer pragmatiques et proposer un message différent de celui de leurs adversaires plus à droite sans pour autant renoncer à leurs valeurs politiques fondamentales d’égalité et de justice. C’est toujours agréable d’avoir raison en politique. Mais n’est-ce pas encore mieux de gouverner en plus ?

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18 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 20 novembre 2019 08 h 35

    La politique conjugue autant à gauche qu’à droite, mais il n’y a pas de peuple à gauche ou à droite; il y a seulement le peuple

    Si le mouvement indépendantiste est de gauche et écologiste, eh bien, il n’existera jamais. L’indépendance d’un pays se fait autant par la droite que par la gauche en passant par le centre. Enfin, la majorité des gens, comme moi, sont au centre et non pas dans les extrémités et cela, la CAQ l’a bien compris. C’est toujours drôle de se faire définir par ses opposants. Vous demandez à quelqu’un qui conjugue au temps de Québec solidaire et on vous dira que vous êtes de droite. C’est le même phénomène avec ceux du parti libéral du Québec qui vous dira que vous êtes de gauche puisque vous n’êtes pas d’accord avec l’austérité économique. Disons poliment que vous êtes au bon endroit sur l’échiquier politique puisqu’on retrouve la très grande majorité des Québécois.

    L’auteur a raison. Les Québécois ne sont pas plus progressistes que les autres. L’unique gouvernement néo-democrate en Ontario s’est soldé par un échec cuisant. Ce gouvernement faisait peur à tous les investisseurs étrangers. L’économie s’est contractée à un point tel que le gouvernement ne pouvait plus rencontrer ses obligeances et payer ses employés. Les enseignants avaient des journées de congé sans solde à la hauteur de 11 jours par année. Idem pour les infirmières.

    Être progressiste aujourd’hui, eh bien, cela signifie que vous allez être très pauvre, individuellement ou bien collectivement. Si on appliquerait toutes les demandes des extrémistes islamo-gauchistes de Québec solidaire au point de vue de l’environnement, le PIB du Québec serait coupé de moitié en moins d’un mandat. Idem pour le revenu moyen et pour la cote de crédit du Québec sur les marchés internationaux qui en prendrait pour son rhume et bonjour inflation. 75% des exportations québécoises vont aux USA. Pensez-vous pour une minute que les Américains seraient d’accord de transiger avec une entité de gauche qui veut tout nationaliser sur son territoire? Pensez à Cuba. Les jours risqueraient d’être très sombres.

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 novembre 2019 12 h 35

      @Dionne
      "Si on appliquerait toutes les demandes des extrémistes islamo-gauchistes de Québec solidaire "
      j'ai de la difficulté à réconcilier cette citation avec celle où vous vous situer au centre. Pour moi en général lorsqu'on se situe au centre on sait être mesuré dans ses propos.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 novembre 2019 16 h 51

      @Patenaude

      Désolé si je ne fais pas dans la dentelle pour vous. J'appelle un chat, un chat. Je ne verse pas dans la très Sainte rectitude politique et la langue de bois.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 20 novembre 2019 22 h 35

      @CD Vous avez tout à fait raison ....Et M. Bodet nous apporte des arguments fort intéressants. Mais il est malheureux de constater jusqu'à quel point les journaux dont Le Devoir sont inféodés aux propos d'une "gaugauche-QSiste-rétrograde.".

      Le PQ a intérêt à se recentrer dans ses positions ...suite au récent Congrès de re-fondation...et, devrait sortir de ce silence qui tue.
      L'Indépendantiste que je suis attend plus...beaucoup plus... que des propositions "drabes" et sans "mordant".
      Arrêtez de regarder dans le rétroviseur...et foncez.

    • Claude Bariteau - Abonné 21 novembre 2019 05 h 56

      Les vues de M. Bodet sur QS et le PQ sont ses vues. Celles sur QS concordent avec un alignement socialisant et pro-environnement. Celles sur le PQ surprennent parce que M. Bodet les place dans les mêmes catégories. J'arrive par contre difficilement à me convaincre de sa justesse.

      QS a fait de l'environnement sa planche de salut à gauche. Le PQ a fait de l'environnement un dossier fondamental et s'est positionné plus social-démocrate que capitaliste néolibéral. Ses alignements s'apparentent plus à ceux de Mme Warren que de M. Sanders.

      À mon avis, M. Bodet a piégé les lecteurs en peinturant à l'identique le PQ et QS, ce qui lui a permis de se poser en promoteur d'une gestion à la façon CAQ et PLQ, qui n'est pas au centre mais à droite du centre, comme le PLC et le PCC.

      Du coup, toute perspective politique québécoise est banalisée alors que les questions que pose l'environnement invitent précisément à penser le Québec de demain autrement qu'en catégorisations aux antipodes.

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 novembre 2019 09 h 16

      @ Dionne
      Je ne suis pas moi-même amateur de rectitude politique. Cependant parler "d' extrémistes islamo-gauchistes" c'est un peu comme de parler de "dangereuses pantères-chats" en amalgament les deux car ils sont des félins. C'est ce qui à mon avis n'est pas le propre d'une personne centriste. Il me semble que pour se situer au centre on doit être capable d'éviter les amalgames grossiers pour bien situer ce qui est aux extrêmes du spectre politique et ainsi en trouver le centre.

  • Jacques Patenaude - Abonné 20 novembre 2019 09 h 31

    Gauche, droite ou rôle de l'État?

    "La députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon, a saisi la balle au bond et invité les fédéralistes de gauche à militer au sein du PLQ.
    « J’espère que les gens vont voir clairement, maintenant, c’est quoi la définition de Québec solidaire, et bien entendu, les fédéralistes ont un véhicule, et c’est le Parti libéral du Québec », "tiré de « Gabriel Nadeau-Dubois «conscient» que QS donne des munitions au PLQ « 

    QS est un parti foncièrement libertaire, Il y a plus d’affinités idéologiques entre les solidaires et les libéraux, (sauf sur la question économique) qu'entre les péquistes et les solitaires. Si le PLQ adopte une position libérale sociale tel que l'a fait Justin Trudeau les électeurs de QS seront plus attirés par le PLQ dont ils sont idéologiquement plus près. De son côté si la situation politique actuelle continu d'évoluer dans la même direction le PQ continuera à perdre son électorat au profit de la CAQ car ceux-ci s'avère plus étatiste que ce qu'on s'attendait.
    La fracture politique actuelle se fait d'avantage sur le rôle de l'État dans la société que sur la question gauche-droite (progressiste vs conservateurs) même si ça demeure important.

  • François Beaulé - Abonné 20 novembre 2019 09 h 51

    Le piège du centrisme indépendantiste

    Ce que propose le professeur Marc-André Bodet n'a aucun sens. Il suggère au PQ de revenir à ses positions des quinze dernières années pendant lesquelles il s'est enfoncé dans l'échec. La réalité politique du Québec est têtue : une large majorité de Québécois ne veut pas l'indépendance du Québec.

    La meilleure chose qui pourrait éclaircir l'horizon politique est la disparition du PQ. Ce qui ferait de la place pour l'émergence d'un parti véritablement social-démocrate et non séparatiste. Un seul parti rêveur socialiste et indépendantiste suffit amplement et c'est Québec Solidaire.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 20 novembre 2019 12 h 06

      Et où iront les indépendantistes qui ne se retrouvent pas à la démarche radicale de Québec Solidaire?

      Il manque un terme essentiel à votre équation.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 20 novembre 2019 16 h 00

      "La disparition du PQ... ferait de la place pour l'émergence d'un parti véritablement social-démocrate et non séparatiste. Un seul parti rêveur socialiste et indépendantiste suffit amplement et c'est Québec Solidaire." - François Beaulé

      En somme, vous suggérez de laisser l'indépendance du Québec en exclusivité à QS, une chapelle de radicaux socialistes qui est boudée par 83% de l'électorat. C'est votre proposition qui n'a aucun sens.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 novembre 2019 09 h 14

      "Une chapelle de radicaux socialistes.." - Jean-Charles Morin

      Ça, c'est le préjugé et la campagne de peur que font circuler les adversaires pour nuire à Québec solidaire, pas la réalité.

      - Qu'est-ce qu'il y a de radical dans le programme de Québec solidaire 2018?

      - Le salaire minimum à 15$ de l'heure ?

      - La gratuité scolaire du CPE à l'université ?

      - L'augmentation des prestations d'aide sociale ?

      - La réduction des tarifs de transport en commun de 50% ?

      - Une assurance dentaire pour tout le monde ?

      - Un régime de pension universel ?

      - La création de Pharma-Québec pour économiser entre 2 et 3 milliards de dépenses par année?

      - L'augmentation des redevances sur les ressources naturelles ?

      - Des CLSC ouverts 24 heures par jour 7 jours sur sept ?

      - L’augmentation du nombre de paliers d'impôt pour une fiscalité plus équitable ?

      - La construction de 12,000 logements sociaux ?

      - La création d'une banque nationale du Québec ?

      * Extraits de la plateforme électorale de Québec solidaire 2018

  • Gabriel Rompré - Abonné 20 novembre 2019 10 h 50

    Un réalignement politique?

    Commentaire intéressant, mais l'auteur prend pour acquis que le Parti Libéral et la CAQ vont laisser le champ politique de centre gauche libre pour le PQ. En surplus budgétaire, la CAQ a lancé un programme de réinvestissement de type social-démocrate et calme son aile droite avec des politiques sociales et culturelles plus conservatrices. L'environnement semble effectivement être le flanc le plus faible de la CAQ, une faille que QS travaille à exploiter et à mettre en évidence. Il serait surprenant que le PQ soit capable de tirer son épingle du jeu sur ce plan puisque la question écologique est particulièrement importante chez les plus jeunes électeurs et que le PQ connait de graves difficultés électorales auprès de ce public.

    Il n'est pas non plus à exclure que le Parti libéral se réaligne pour occuper un centre électoral "progressiste" un peu comme le fait le Parti libéral du Canada. Les apparachiks du parti ne seraient peut-être pas ravis, mais il faudra attendre l'élection du nouveau chef pour le savoir.

    Finalement, la stratégie de centre gauche pragmatique avancée par monsieur Bodet semble très près de celle qu'avait choisi d'adopter Jean-François Lisée à la dernière élection avec les résultats que l'on connait. Bref, rien de très nouveau ici, mais il est clair que la voie d'avenir pour le PQ est très incertaine dans le système politique actuel. Il sera dans leur intérêt de militer très fort en faveur du référendum pour la proportionnelle compensatoire au cours de l'élection de 2022.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 20 novembre 2019 12 h 15

    Un constat navrant mais juste.

    "Bien que l’identité, les traditions et les façons de faire des deux formations politiques soient bien différentes, ces frères ennemis semblent arriver aux mêmes conclusions : le mouvement indépendantiste sera de gauche et écologiste ou ne sera pas. Il s’agit d’une erreur stratégique grave qui ne mènera nulle part... Le PQ, tout comme QS d’ailleurs, commet aussi l’erreur de redéfinir son projet indépendantiste en une sorte d’utopie progressiste et écologiste qui éloigne les indépendantistes de centre et de droite pourtant essentiels à l’atteinte d’une majorité référendaire." - Marc-André Bodet

    Merci de traduire dans des mots clairs ce que tout le monde semble comprendre, sauf bien sûr ceux du PQ et de QS qui mènent la barque pour se réfugier dans le déni idéologique.

    Beaucoup d'indépendantistes doivent se sentir orphelins par les temps qui courent.