Graves reculs à prévoir avec les conservateurs, même minoritaires

Il y a une réelle urgence climatique, rappelle l'auteur, et on ne peut perdre deux ou trois ans et reculer plutôt que prendre des mesures, même imparfaites.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Il y a une réelle urgence climatique, rappelle l'auteur, et on ne peut perdre deux ou trois ans et reculer plutôt que prendre des mesures, même imparfaites.

Certains environnementalistes semblent considérer avec détachement la possibilité qu’un gouvernement conservateur soit élu, surtout s’il est minoritaire. Pour eux, la présence du Nouveau Parti démocratique, du Bloc et des verts serait alors suffisante pour nous préserver de graves reculs environnementaux, propres au Parti conservateur. Je veux rappeler quelques faits et enjeux juridiques qui démontrent que ce ne serait pas le cas.

C’est un gouvernement conservateur qui a retiré le Canada du Protocole de Kyoto et les tribunaux ont confirmé qu’il n’avait pas besoin de consulter le Parlement ou les provinces pour ce faire ni d’obtenir leur accord. Un simple avis du ministre des Affaires étrangères au secrétaire général de l’ONU suffisait. Andrew Scheer pourrait faire de même avec l’Accord de Paris ou tout autre traité international relatif à l’environnement, même si son parti était minoritaire.

Dans les Conférences des parties de la Convention-cadre sur les changements climatiques, ce ne sont pas les parlementaires des partis d’opposition qui discutent et négocient, mais les représentants des gouvernements des États souverains, soit les ministres des Affaires étrangères ou de l’Environnement, qui seraient des conservateurs, même dans un gouvernement minoritaire.

Les provinces de l’Ouest contestent présentement devant les tribunaux la validité constitutionnelle de la taxe carbone qui cherche à mettre un prix sur les GES et à faire en sorte que les provinces qui ont adopté d’autres types de mesures, comme le Québec avec son marché du carbone, ne soient pas pénalisées face à l’inaction des provinces productrices d’hydrocarbures.

Les cours d’appel de l’Ontario et de la Saskatchewan ont donné raison au procureur général du Canada et la cause sera entendue par la Cour suprême l’an prochain. Mais, comme Andrew Scheer veut annuler cette loi, quelle sera alors la position de son procureur général (le ou la ministre de la Justice) devant la Cour suprême ? Encore une fois, cette position ne dépend pas du caractère minoritaire ou majoritaire du gouvernement et les partis d’opposition n’auront rien à dire sur le sujet.

En février 2018, le Sénat canadien, dominé par les conservateurs, a adopté un projet de loi déclarant que le projet de pipeline Trans Mountain et les ouvrages connexes étaient d’intérêt général pour le Canada, en vertu de l’article 92 (10) c) de l’Acte constitutionnel de 1867, de façon à annihiler les compétences provinciales de la Colombie-Britannique qui s’oppose à ce projet. Heureusement, cela a été rejeté par la Chambre des communes. Cependant, les conservateurs sont passés maîtres dans l’art d’inclure dans des projets de loi d’ordre budgétaire d’autres projets de loi sur des sujets divers, comme leur projet « mammouth » de 2012. Un gouvernement conservateur minoritaire pourrait tenter de faire la même chose pour imposer son corridor énergétique, sous prétexte « d’intérêt national ».

Outre ces enjeux juridiques, il faut aussi se rappeler que les conservateurs minoritaires de Stephen Harper ont pu gouverner comme s’ils étaient majoritaires parce que les autres partis étaient engagés dans des courses à la chefferie et ne voulaient pas d’élection. M. Scheer était alors au Parlement et il sait très bien que, s’il se retrouve à la tête d’un gouvernement minoritaire, il aura devant lui des partis qui, sauf le Bloc, se retrouveront probablement avec des courses à la direction et n’oseront pas provoquer d’élection. Or, il y a une réelle urgence climatique et on ne peut perdre deux-trois ans et reculer plutôt que de prendre des mesures, même imparfaites. D’ailleurs, cette urgence climatique aurait dû inciter le mouvement environnemental à adopter une attitude de « désobéissance civile » en faisant ouvertement campagne contre l’élection de tout candidat conservateur au pays, au lieu de se contenter d’une « neutralité » de parade. Pour ma part, dire oui au futur exige de voter contre les conservateurs pour éviter tout gouvernement dirigé par ce parti, minoritaire ou pas.

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13 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2019 07 h 42

    Vous mettez les mots du PM Trudeau en juin 2019 disant que Trans Mountain est d'intérêt national dans une résolution du Sénat de 2018 prétendument contrôlé par les conservateurs.

    En 2017, le était de 46 indépendants, 32 du PC, 11 du PLC, 7 non affiliés et 9 postes vacants sur les 105. Autre point, le Sénat approuve ou non des lois de la Chambre des communes. Il ne les vote pas.

    Qui plus est la motion du PLC adoptée en 2019 fut prise après l'achat de Trans Moutain, la décision de l'ONÉ qui accepta ce projet en suggérant 105 modifications et de nouvelles nouvelle négociations avec des peuples autochtones.

    Avec cette motion, le PM Trudeau s'est engagé à intégrer financièrement des peuples autochtones et à contester la position du Parlement de la Colombie-Britannique parce qu'il estime que le Canada, en pénétrant le marché international du pétrole, fera des gains de 500 millions $ par année.

    Vous pouvez cibler le PC. Je le fais moi-même. Or, le PLC procède comme le PC. Avec des nuances. Déformer les faits pour laisser entendre que le PLC est un ange à côté du diable n’est pas acceptable, car c’est de la désinformation.

    Le Canada est devenu un État pétrolier après la Deuxième Guerre mondiale parce libéraux et conservateurs ont facilité l’essor des sables bitumineux pour minimiser les coûts d’achat de pétrole et inversé les règles de distribution sur son territoire.

    Ces partis poussent dans la même direction pour le bien ( ?) du Canada, l’un en renforçant le pouvoir central, l’autre celui des provinces centrales. Ils creusent néanmoins la tombe du Canada alors que le PM Trudeau père voulait creuser celle du Québec.

    Vous écrivez qu’il urge de prendre des mesures imparfaites plutôt que reculer avec le PC. Que voulez-vous ? Que le Canada implose rapidement ou à petit pas ? Dans les deux cas, il implosera. L’urgence est plutôt que les provinces se redéfinissent. Sous cet angle, le Québec et la Colombie-Britannique sont en avance.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 octobre 2019 08 h 20

      Que vous avez raison de dire M. Bariteau que : « Déformer les faits pour laisser entendre que le PLC est un ange à côté du diable n’est pas acceptable, car c’est de la désinformation. » Les libéraux ont fait la même chose que les conservateurs en matière d’environnement. Le Canada a augmenté ses émissions de GES durant les quatre dernières années. Les néodémocrates et les verts, s’ils avaient le pouvoir, feraient de même.

      Avec des « si », on peut reconstruire le monde à notre façon. Avec des « si », on peut faire dire à nos adversaires ce qu’on veut. Misère.

      Ceci dit, les conservateurs me répugnent tout simplement. Idem pour les libéraux, les néodémocrates et les verts, non pas à cause de leur approche sur l’environnement, mais bien pour leur philosophie de base et leurs valeurs multiculturalistes et anti-laïques. Les gens votent selon leurs valeurs et aucun des partis en lice hors Québec ne remplit les aspirations et respectent les droits inaliénables des Québécois. Aucun. Un vote pour le Québec sera toujours un vote pour le Bloc québécois.

      Enfin, c’est bien beau de parler de la taxe carbone qui cherche à mettre un prix sur les GES, mais ce sont les plus démunis de la société qui en paient le prix. Ce sont eux, et non pas les « bobos » des tours d’ivoire, qui font les sacrifices. Continuer de cette façon et vous allez voir très bientôt, un mouvement de gilets jaunes bien québécois.

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 octobre 2019 10 h 08

      Je suis tout à fait d'accord avec l'auteur, et je le remercie d'avoir étalé les conséquences majeures, mêmes d'un gouvernement minoritaire conservateur. Voter pour les conservateurs aura un impacte dévastateur pour les citoyens et pour l'environnement. Voter pour les conservateurs c'est voter contre ses propres intérêts. C'est un cauchemar à venir. On n'a qu'à consulter l'histoire et les effets destructeurs de ce parti chaque fois qu'il prend le pouvoir.
      Malheureusement, j'ai peur que l'aveuglement volontaire, attaché au pétrole, de l'ouest du Canada aille prendre le dessus du bon sens. Il ne faut jamais faire confiance aux conservateurs pour diriger le pays.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2019 13 h 34

      M. Alexan, faites-vous confiance à un PLC ? Moi, non. Dans le contexte présent, le BQ est porteur d'une vision québécoise, certes à peaufiner, mais de loin plus recevable que celles du PC, du PLC, du PV, du PPP et du NPD. Pourquoi vous retenez-vous de le signaler ?

    • Claude Bariteau - Abonné 16 octobre 2019 13 h 38

      Mes excuses pour le M. « Mme ».

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 octobre 2019 19 h 04

      À monsieur Bariteau: Je suis d'accord avec vous que les PLC sont aussi corrompus que les conservateurs, mais c'est une question de degré. Au moins, les libéraux croient aux changements climatiques!
      Oui. Je suis d'accord avec vous que le BQ va défendre les intérêts du Québec, mais j'espère qu'il vont renoncer aux projets GNL et la 3e ligne.

  • Pierre Rousseau - Abonné 16 octobre 2019 08 h 32

    La politique du pire ?

    L'auteur a bien raison quant au dossier environnemental des conservateurs mais le dossier des libéraux est à peine meilleur et, en ce qui a trait aux changements climatiques, c'est blanc bonnet, bonnet blanc. Les Canadiens ne semblent pas se rendre compte de la crise que nous traversons et les manifestations des dernières semaines ne sont que du vent quand on les compare au pouvoir des électeurs qui pourraient vraiment changer les choses au pays. Si les conservateurs gagnent l'élection, il y aura des pleurs et des grincements de dents et cela finira peut-être par convaincre les gens de l'urgence d'agir. Mais l'alternative, c'est-à-dire l'élection de Trudeau et ses libéraux n'est pas mieux car ils nous jettent de la poudre aux yeux avec des belles paroles mais les bottines ne suivent pas les babines.

    Le pire avec les libéraux c'est que les gens ne se rendent pas compte que l'on glisse vers la catastrophe car c'est comme le supplice de la goutte : on ne se rend pas compte que ça fait mal jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Avec les libéraux on se fait endormir par des paroles vides jusqu'à ce qu'il soit trop tard et, alors là, les Trudeau et autres libéraux auront pris la poudre d'escampette. Alors, si on est vraiment sensibilisés à la situation et qu'on est conséquents, il faudra aller voir ailleurs que chez les libéraux et les conservateurs.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 16 octobre 2019 16 h 18

      Je suis entièrement d'accord avec vous.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 16 octobre 2019 10 h 06

    Bonnet blanc, blanc bonnet

    Il faut être passablement apte à gober des couleuvres pour prendre au sérieux l'analyse de M. Baril. Alors que les cibles de réduction des GES de Justin Trudeau demeurent les mêmes que celles de Stephen Harper, alors qu'il a spolié les contribuables de 4,5 milliards $ pour acheter un pipeline dont les scientifiques disent que le pétrole sale qu'il transporterait devrait demeurer dans le sous-sol si nous voulons éviter d'empirer le dérèglement climatique, alors que la taxe proposée par le PLC n'est rien de plus qu'un miroir aux alouettes pour ignorants tant elle demeure insuffisante pour ne serait-ce qu'amorcer un vrai virage, alors que rien ne nous garantit qu'il ne s'engagera pas à vouloir imposer à la nation québécoise une autre mouture d'Énergie-Est, cet oléoduc qui devait traverser plus d'une centaine de cours d'eau au Québec, nous devrions faire confiance à ce comédien?

    Un vote pour Sheer ou un vote pour Trudeau jr, c'est opter encore une fois pour les intérêts de la ploutocratie ayant les deux mains bien enfoncées dans les sables bitumineux au détriment du vivant.C'est comme choisir entre deux marques de soda. C'est comme choisir entre deux saveurs d'un même dentifrice.

    La seule avenir qui reste aux électeurs, c'est de ne pas donner un pouvoir trop important à ces menteurs, c'est d'obtenir un parlement où ils ne peuvent y faire la pluie et le beau temps. Bref un gouvernement minoritaire où les représentants du Québec pourraient y faire valoir et défendre les intérêts de notre peuple. C'est de voter pour le Bloc québécois.

  • Jean Jacques Roy - Abonné 16 octobre 2019 11 h 00

    Monsieur Baril,
    Votre texte démontre bien que le pire choix politique pour combattre les changements climatique c’est d’élire un gouvernement « pro-pétrole d’exportation ». Vous mettez le chapeau sur la tête des conservateur; mais n’oubliez pas que le gouvernement Trudeau mérite un gros bonnet avec son achat d’oleoduc pour passer le pétrole de l’Alberta vers la CB!
    Vous invitez le mouvement environnemental à adopter une attitude de désobéissance civile. C’est déjà partiellement le cas si on considère différentes actions et manifestations de certains groupes ou organisations qui se définissent « environnementalistes », par exemple Green Pace. Mais là ou vous errez, c’est d’invitez ce mouvement à n’avoir pour cible le seul gouvernement conservateur! Or, vous savez fort bien que ce faisant vous demandez au environnementalistes d’endosser la propagande électoraliste de Trudeau et Guilbeault.
    La désobéissance civile, dans la mesure ou elle est utilisée pour exiger un PLAN, un programme efficaz pour combattre les changements climatiques doit interpeller non seulement les gouvernements mais également les partis d’opposition, si verts se prétendent-ils. En ce sens, l’une des grande responsabilité du parti vert et d’un parti progressif comme le NPD, c’est d’être à l’écoute des environnementalistes et des scientifiques et de savoir proposer UN PLAN, un programme politique et socio-économique pour amorcer lla lutte contre les changements climatiques.

  • Pierre Desautels - Abonné 16 octobre 2019 12 h 31

    Bien dit.

    "Pour eux, la présence du Nouveau Parti démocratique, du Bloc et des verts serait alors suffisante pour nous préserver de graves reculs environnementaux."

    Monsieur Baril a raison. Ces partis vont se gonfler l'égo, mais l'éparpillement du vote progressiste va favoriser les conservateurs, et les gens qui ont à coeur l'environnement vont se retrouver d'ici peu avec un Québec (et un Canada) moins vert...