Pour une vision à long terme sur la connectivité nordique

«Malgré des investissements substantiels dans le Nord canadien, la connectivité au Nunavut n'a été que marginalement améliorée», affirment les auteurs.
Photo: Geoff Robins Agence France-Presse «Malgré des investissements substantiels dans le Nord canadien, la connectivité au Nunavut n'a été que marginalement améliorée», affirment les auteurs.

La connexion Internet haute vitesse est considérée comme acquise dans presque l’ensemble du pays, surtout les centres urbains. Toutefois, la situation est bien moins rose dans le Nord canadien. La pauvreté des infrastructures de connectivité offre une connexion chère, limitée en capacité, lente et instable, ainsi que de fréquentes ruptures de service. Cette situation a un effet sur les individus, mais aussi sur le développement d’opportunités socio-économiques dans une économie de plus en plus dépendante de cette interconnectivité.

Il est regrettable de constater que cet enjeu est passé inaperçu durant la présente campagne électorale, car la politique du gouvernement fédéral en la matière requerrait un sérieux coup de barre. Le gouvernement fédéral ne peut être taxé d’inactif sur la question ; des investissements significatifs ont été mobilisés sur la question au cours des quatre dernières années.

Le gouvernement a investi 107 millions de dollars entre 2015 et 2019 dans le Nord canadien pour tenter d’améliorer la connectivité, en priorité via le satellite. Pourtant, au Nunavut, cette connectivité n’a été améliorée qu’à la marge et le fossé numérique reste béant entre le Nord et le Sud. D’autres investissements fédéraux sont annoncés, en majorité dans le satellite, avec 285 millions de dollars pour des projets bénéficiant uniquement au Nord et 685 millions de dollars pour la constellation LEO de Telesat. D’autres fonds pourraient venir des 750 millions du fonds du CRTC pour la large bande et enfin une partie des 700 millions du budget fédéral réservés à l’Arctique, sans compter les fonds d’Infrastructure Canada.

Bien que ces investissements soient substantiels, ils soulèvent autant de questions que de réponses, surtout lorsqu’on les compare aux initiatives mises en place dans la région arctique en général. Par exemple, les projets dans le Nord canadien ressemblent à une mosaïque de projets à court terme qui ne font que cibler quelques communautés plutôt que la région dans son ensemble et en particulier le satellite. En comparaison, le projet Arctic Connect qui se chiffre à environ 700 millions d’euros, devrait connecter à terme le Nord des pays scandinaves et de la Russie via le passage du Nord-Est jusqu’en Chine et au Japon.

Par ailleurs, une occasion a été manquée au moment où était mené le projet de câble canadien Arctic Fibre qui, pour un montant similaire, visait à connecter l’Amérique du Nord à l’Europe et l’Asie via le Passage du Nord-Ouest en connectant au passage les communautés d’Alaska et du Canada. Faute de fonds publics, ce projet a été depuis racheté par la société américaine Quintillion, qui se trouve maintenant en mauvaise posture.

Un système de câble sous-marin de fibre optique pensé de manière globale et non plus locale permettrait de connecter tout l’Arctique canadien aux grands foyers de populations que sont l’Asie et l’Europe, pour moins cher et plus fiable que ce qui a déjà été investi dans le satellite. Toutefois, le satellite est indispensable dans l’Arctique au vu des usages des territoires nordiques canadiens et du Passage du Nord-Ouest. De plus, ce système assure une redondance dans le réseau, ce qui est vital pour disposer de plusieurs moyens de connexion et assurer un réseau plus stable.

Financer un système de câble visant à connecter tout l’Arctique canadien comme le fut Arctic Fibre est un bon moyen pour le gouvernement canadien de garder la main sur ces infrastructures stratégiques à l’heure où l’espionnage numérique est devenu une arme économique et politique dans les mains des grandes puissances et ainsi permettre de ne pas laisser des compagnies soumises à des juridictions étrangères d’imposer leurs équipements et leurs standards sur ces infrastructures stratégiques.

Une telle politique devrait se faire en étroite collaboration avec les gens qui habitent le Nord canadien, surtout les communautés autochtones. Un autre constat qui s’impose, lorsque l’on place le Nord canadien dans le contexte plus large de la région arctique : le financement public de telles infrastructures est incontournable et déterminera de la viabilité des projets d’infrastructure de connectivité nordique. Reste à souhaiter que les partis politiques donnent à cet enjeu l’importance qu’il mérite : le réchauffement climatique ne fera qu’accentuer les besoins en la matière dans notre Nord et la connectivité dans le Nord est un des enjeux majeurs du développement économique tant attendu dans cette région.

 

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2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 26 septembre 2019 08 h 32

    Question

    Pourquoi s'entêter à vivre au Nord si tout y est si cher et si difficile? Il y a manque de main d'oeuvre à Montréal, Québec, Vancouver ou Hamilton, déménagez ! Des Africains et des Pakistanis font 8000 km pour s'établir ici, pourquoi pas un petit 1000 km pour s'établir à Drummonfville ?

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 26 septembre 2019 09 h 38

      J'ai le goût de connaître ce territoire qui fait encore partie du Québec. Le tourisme devrait y être mieux organisé, moins cher. Il est à proétger, par des réserves de la biosphère Unesco.C'est un trésor à chérir. Différent point de vue que le vôtre!