Évitons les amalgames sur la Loi sur les langues officielles

«Au Québec, la Loi 101 reconnait le besoin pour les francophones de travailler et de vivre dans leur langue dans l’espace public», rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Au Québec, la Loi 101 reconnait le besoin pour les francophones de travailler et de vivre dans leur langue dans l’espace public», rappelle l'auteur.

Entrée en vigueur il y a 50 ans ce mois-ci, la Loi sur les langues officielles (LLO) a fait l’objet d’amalgames dans certaines représentations récentes. Quelques précisions et réflexions s’imposent.

Ce qu’elle accomplit

En 1969, la LLO est voulue par la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme et la majorité écrasante des Québécois.

Elle garantit aux citoyens l’accès aux services fédéraux en français et en anglais, la représentativité de la population canadienne dans la fonction publique fédérale et le droit pour les fonctionnaires de travailler dans la langue officielle de leur choix dans les bureaux fédéraux du Québec et des régions bilingues de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

Des programmes parallèles complémentent la LLO pour dédommager les provinces pour le coût additionnel de l’instruction dans la langue de la minorité et soutenir les réseaux institutionnels des minorités francophones.

Les bureaux fédéraux au Québec fonctionnent déjà dans les deux langues en 1969, mais la LLO renforce le droit des fonctionnaires de travailler en français et élève le français au rang de première langue de travail, d’affichage et de services fédéraux au Québec.

Certes, le premier ministre Pierre Trudeau rejette la reconnaissance d’une société d’intégration francophone dans une fédération renouvelée et charcute la réconciliation substantielle imaginée par André Laurendeau.

Or, la LLO n’a jamais eu la prétention d’être un plan d’aménagement global pour la société canadienne-française.

Ce qu’elle n’accomplit pas

Agissant de façon complémentaire, les politiques fédérales et la Charte de la langue française ont fait qu’entre 1971 et 2016, c’est au Québec où le bilinguisme individuel a le plus progressé : il a doublé chez les francophones et triplé chez les anglophones sans déclencher un courant important de transferts culturels.

Si la secondarisation du français à Montréal et à Gatineau tout comme la stagnation dans la francisation des immigrants appellent à une actualisation de la Loi 101, le Québec vit déjà un certain équilibre linguistique.

Hors Québec, un équilibre n’a jamais été atteint : la fonction publique fédérale peine toujours à faire du français une langue normale de travail dans plusieurs ministères à Ottawa et le taux d’assimilation de la francophonie s’élève maintenant à 43 % ; c’est près d’un jeune francophone sur deux qui perd la capacité de s’exprimer dans sa langue maternelle.

La tragédie est réelle, mais la LLO n’en est pas la cause. Pour comprendre la situation, il faut regarder aux rapports de force subtils, dont le poids de la langue dans les affaires, les perceptions et comportements de la majorité, ainsi que les déficits démocratiques de la minorité.

Au Québec, la Loi 101 affronte ce déséquilibre social en reconnaissant le besoin pour les francophones de travailler et de vivre dans leur langue dans l’espace public ; sans elle, leurs occasions d’épanouissement seraient limitées.

Ce qu’on peut en faire

L’échec dont on peut parler, c’est l’incapacité du régime actuel à créer des milieux de vie adaptés aux besoins culturels, économiques et politiques de la francophonie canadienne. Et la tendance au Québec de tenir les minorités francophones dans les marges n’aide pas à renverser la situation.

Pourrait-on entrevoir une coopération pour que les minorités francophones obtiennent de nouveaux mécanismes d’autonomie et des politiques pour doter d’obligations linguistiques les villes et les grandes entreprises des régions bilingues ?

Puis, le Québec pourrait-il faire appel à ce million de francophones, dont la majorité habite près de sa frontière, pour renforcer son réseau d’éducation et combler ses pénuries de main-d’oeuvre dans les domaines où les Franco-Canadiens sont obligés de travailler en anglais et, bien souvent, de s’assimiler ?

Le gouvernement caquiste a la sage réserve de ne pas instrumentaliser la francophonie canadienne, c’est-à-dire de ne pas casser du sucre sur son dos pour justifier le projet de pays ou de ne pas invoquer son existence pour défendre le fédéralisme du statu quo.

L’autonomisme s’inscrit dans une tradition qui remonte au XVIIIe siècle et qui a apporté, au compte-gouttes, des gains sur lesquels les francophones comptent aujourd’hui.

Dans cette perspective, si le Sommet de rapprochement entre le Québec et les francophonies canadiennes prépare bien le terrain, il porte en lui le potentiel de dénouer des impasses.

La francophonie canadienne pourrait-elle être un peu moins le dommage collatéral d’un régime linguistique incomplet et un peu plus l’allié privilégié d’un Québec épanoui ?

La multiplication de rapports et de projets politiques mutuellement bénéfiques permettrait de mieux lutter contre les défis contemporains de notre petite société francophone en Amérique du Nord.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 19 septembre 2019 09 h 24

    On parle et on vit en français par cœur

    F*C* le Sommet de rapprochement entre le Québec et les francophonies canadiennes. Cette proximité est un cheval de Troie pour le Québec. Les impasses ont été créées par les assimilés fédéralistes qui osent encore se dire francophone aujourd’hui pour avoir des subventions. C’était les mêmes qui ont massivement travaillé dans les coulisses pour faire avorter le projet d’indépendance en 1995. Vous vous reconnaissez le Nouveau-Brunswick et les Franco-Ontariens dans cette phrase? Enfin, vous êtes les alliés de la minorité la plus choyée du monde, les anglophones « of the West Island of Montreal ».

    La Loi sur le bilinguisme ne veut rien dire pour celui qui parle français par cœur si il ou elle ne travaille pas pour le gouvernement fédéral hors Québec. Rien. « Nothing ».

    Oui, le bilinguisme a progressé, mais seulement au Québec. Ailleurs, dans le monde merveilleux anglo-saxon du ROC, il a régressé. Pourtant, plus de 200 000 à 300 000 élèves ont paradé dans les cours d’immersion française à toutes les années, et ceci, depuis plus de 50 ans et pourtant, personne ne parle la langue de Vigneault. Il ne faudrait pas oublier les soi-disant écoles francophones hors Québec où les participants sont presque tous des assimilés en bonne et due forme. Et c’est plus bien plus que 43% le taux d’assimilation hors Québec. Dans la vraie vie et la réalité, il frôle le 90% en une génération seulement. Que voulez-vous, la majeure partie de la vie d’un individu se passe au travail et l’environnement de celui-ci hors Québec, se défile exclusivement en anglais.

    Pour la « francophonie » du Canada, vous voulez gardez votre langue et votre culture française, eh bien, déménagez au Québec. La guerre linguistique de Lord Durham est terminée hors Québec il y a longtemps. Lorsque vous vivez en anglais à la maison, travaillez en utilisant la langue de Doug Ford et de Don Cherry et que toutes vos sorties culturelles se passent en anglais, eh bien, vous êtes assimilés.