Les élections fédérales, les langues officielles et le Québec

«La population francophone et anglophone du Québec a été solidaire des francophones de l’Ontario depuis l’automne 2018 dans leur résistance aux compressions du gouvernement Ford», rappellent les auteurs.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse «La population francophone et anglophone du Québec a été solidaire des francophones de l’Ontario depuis l’automne 2018 dans leur résistance aux compressions du gouvernement Ford», rappellent les auteurs.

La campagne électorale fédérale ne sera pas de tout repos. Alors que la question de l’environnement occupera sans doute une large place, et nous le souhaitons, qu’en sera-t-il du dossier des langues officielles ? La population francophone et anglophone du Québec a été solidaire des francophones de l’Ontario depuis l’automne 2018 dans leur résistance aux compressions du gouvernement Ford. Toutefois, le Québec a aussi un rôle à jouer dans le domaine des langues officielles au-delà des enjeux ponctuels qui concernent les francophones dans les différentes provinces au pays.

Cette campagne électorale constitue une bonne occasion pour la population québécoise d’interpeller les candidats des différents partis politiques fédéraux afin de leur demander comment ils ou elles entendent faire avancer la promotion du français au pays. Cette question devrait la concerner autant que les francophones hors Québec. Voici quelques enjeux communs à tous les francophones au pays.

Fonction publique

La dualité linguistique au sein de la fonction publique fédérale : il existe des problèmes systémiques récurrents dans la mise en oeuvre des obligations linguistiques par le gouvernement canadien au sein de la fonction publique fédérale. Un récent rapport à l’intention du greffier du Conseil privé a bien mis en lumière qu’une culture de dualité linguistique inclusive fait toujours défaut dans la fonction publique fédérale.

De plus, l’utilisation de nouvelles technologies dans la fonction publique fédérale s’accélère, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’égalité réelle du français et de l’anglais. Par exemple, le recours à la traduction automatisée de l’anglais vers le français engendre des communications qui ne sont pas de qualité équivalente dans les deux langues. Aussi, la mise en place d’équipes décentralisées peut rendre le droit de travailler dans la langue de son choix difficile à opérationnaliser.

Lentille francophone

L’absence d’une lentille des langues officielles, c’est-à-dire d’un outil d’analyse différencié, au sein du gouvernement et les pouvoirs limités du commissaire aux langues officielles à l’égard des institutions récalcitrantes comme Air Canada sont autant d’enjeux qui devraient aussi interpeller la population québécoise. Un outil d’analyse différenciée selon les langues officielles pour la planification, la formulation, la mise en oeuvre et l’évaluation de politiques et de programmes devrait obligatoirement être utilisé par les institutions fédérales, comme l’est l’outil qu’elles utilisent déjà en matière d’analyse comparative entre les sexes.

La langue, un vecteur d’identité et de citoyenneté : la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada réclame une nouvelle gouvernance des langues officielles au pays, des ententes fédérales-provinciales plus contraignantes pour les provinces, le bilinguisme obligatoire des juges à la Cour suprême et l’obligation pour les institutions fédérales d’utiliser les services du Bureau de la traduction dans le cadre de l’exercice en cours de modernisation de la Loi sur les langues officielles piloté par la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly. La population québécoise devrait appuyer ces revendications.

Par ailleurs, l’intervention du gouvernement canadien en matière de langues officielles au pays prend appui sur trois principes clés qui doivent continuer à guider son action en vue de la modernisation de la présente loi. Ce sont :

1. La langue est un puissant vecteur de cohésion sociale et doit continuer de l’être.

2. La langue française est un élément clé de la citoyenneté canadienne parce qu’elle est aussi une langue de culture, de science, de vie publique.

3. La progression de l’égalité du français et de l’anglais doit être soutenue, sans exclure par ailleurs la possibilité de permettre à d’autres langues de s’exprimer, en particulier les langues autochtones.

La population francophone du Québec ne doit pas bouder le dialogue sur les langues officielles au pays. La campagne électorale qui s’amorce constitue une bonne occasion de montrer qu’elle en mesure l’importance.

 

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12 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 12 septembre 2019 02 h 27

    Jargon indigeste.

    De quoi les auteurs de ce texte hiéroglyphique ("lentille des langues officiielles", de kossé?) veulent-ils parler au juste? Quel est leur propos et que veulent-ils? Ils désirent, à ce qu'il semble, que les Québécois appuient les soi-disant "réformes" pilotées par la controversée ministre Mélanie Joly et les interventions du gouvernement actuel sur le dialogue (???) des langues officielles. Serait-ce une crypto-publicité partisane au profit du PLC?

    Autant de questions sans réponses.

  • Jean Lacoursière - Abonné 12 septembre 2019 07 h 22

    « La population francophone du Québec... » (Dernier paragraphe.)

    Il y a aussi :

    - la population germanophone de l'Allemagne;
    - la population francophone de la France;
    - la population russophone de la Russie;
    - etc.

    Quant aux « principes clés » listés par les auteurs :

    « 1. La langue est un puissant vecteur de cohésion sociale et doit continuer de l’être. »

    Vrai..., surtout quand tout le monde accepte l'existence d'une langue commune. (!)

    « 2. La langue française est un élément clé de la citoyenneté canadienne parce qu’elle est aussi une langue de culture, de science, de vie publique. »

    Voilà quisonne creux et pas très terre à terre. Les citoyens du ROC, qui en grande majorité ne peuvent s'exprimer en français, n'en ont pas grand-chose à cirer du français. Leur identité principale repose sur le fait qu'ils ne sont PAS des Étatsuniens, sur l'existence d'un système de santé universel et sur leur domination au jeu de hockey sur glace.

    « 3. La progression de l’égalité du français et de l’anglais doit être soutenue, sans exclure par ailleurs la possibilité de permettre à d’autres langues de s’exprimer, en particulier les langues autochtones. »

    La PROGRESSION de l'égalité du français et de l'anglais qui doit être soutenue ? Cette égalité serait donc en train de progresser, vraiment ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 12 septembre 2019 12 h 17

      En effet, M. Lacoursière

      Puis-je en ajouter sur "La population francophone du Québec ne doit pas bouder le dialogue sur les langues officielles au pays".

      Il n'y a aucun dialogue. Le dernier a eu lieu quelque part au cours des années soixante et a été officiellement et proprement étouffé par Trudeau quand il a inventé le multiculturalisme pour tuer le biculturalisme. Depuis le fossé se creuse, toujours par la faute des Québécois selon la version du ROC et, semble-t-il, de plusieurs franco-canadiens.

      Les mêmes qui se dépêchent de s'allier avec les anglo-québécois pour faire avancer leur cause en enseignement, croyant peut-être que leurs positions respectives sont comparables ?

      Pour ma part je considère que les efforts d'Ottawa pour diviser les francophones ont parfaitement réussi et ne peuvent plus être inversés.

      La plus grande minorité est au Québec. Elle perd chaque jour du pouvoir.
      C'est ce que doivent se représenter les communautés françaises un peu partout : les francophones du Québec sont une minorité tant pour le capital que pour les moyens de communications. Donc, une minorité tout court.

      Il n'existe aucune arrogance québécoise face aux autres communautés. Nous sommes tous et chacun seuls à se battre, comme Ottawa l'a toujours souhaité. Arrogance n'est pas un mot français en Canada.

    • Jean Lacoursière - Abonné 12 septembre 2019 19 h 19

      Monsieur trottier,

      Au sujet des « efforts d'Ottawa pour diviser les francophones », je vous invite à lire, car cela vaut le détour, le texte du géographe Léonce Naud fait le 1er mars 2014 dans la tribune des commentaires du Devoir et intitulé « L'art de diviser les Québécois » :

      https://www.ledevoir.com/opinion/idees/401447/voter-la-tete-haute

      JL

  • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2019 07 h 31

    Le français, la langue silencieuse des francophones hors Québec

    Quel culot ! Après s’être allié avec la minorité la plus choyée de la planète, les anglophones du Québec pour pourfendre les méchants Québécois, maintenant vous voulez qu’ils interpellent les candidats des différents partis politiques fédéraux afin de leur demander comment ils ou elles entendent faire avancer la promotion du français au pays. Vous ne vivez pas sur la même planète que nous.

    Parler de la dualité linguistique au sein de la fonction publique fédérale, qui est une fonction publique de trop pour les Québécois, n’avancera pas votre cause. Pardieu, le ROC, c’est le Canada anglais qui a piétiné les droits linguistiques et assimilé tous les francophones hors Québec. Et elle est pathétique cette loi sur le bilinguisme « canadian ».

    Si la langue est un puissant vecteur de cohésion sociale et doit continuer de l’être, alors pourquoi on ne retrouve aucun mot de français parlé hors des enceintes des tours d’ivoire dans le ROC? Personne ne peut vivre en français hors Québec. Si la langue française est un élément clé de la citoyenneté canadienne, pourquoi donc que si peu de gens la parle après avoir vu plus de 200 000 à 300 000 élèves par année défiler dans les cours d’immersion française hors Québec, et ceci depuis plus des 50 dernières années? Si la progression de l’égalité du français et de l’anglais doit être soutenue, pourquoi après des milliards investis dans des cours de français pour ceux qui gravitent hors de l’orbite québécoise ne parle pas un mot de français? En passant, les élèves des Premières Nations ne parlent pas leurs langues maternelles; ils parlent tous l’anglais par cœur et ne veulent savoir de leur langue autochtone.

    Enfin, on aimerait que ce soit des gens ordinaires qui vivent hors Québec qui viennent nous parler des droits linguistiques des francophones si vous pouvez en trouver. Pas les subventionnés des tours d’ivoire qui sont payées pour parler et écrire en français.

    • Louise Collette - Abonnée 12 septembre 2019 11 h 10

      Merci, très bon commentaire Monsieur Dionne.

      Le français hors Québec c'est du folklore, ça se résume à ça.
      Et le blinguisme au Canada en est un de façade, point à la ligne.
      Ils se payent notre tête avec leur bilinguisme <<coast to coast>>

  • Bernard Terreault - Abonné 12 septembre 2019 08 h 13

    Dommage

    C'est dommage, mais les francophones hors Québec ne font pas le poids, sauf peut-être dans la région d'Edmunston (N.-B.). Ils seront bientôt, sinon déjà, moins nombeux que les locuteurs du chinois ou de l'hindi, et ils n'ont aucune chance de se débrouiller en public ou de gagner leur vie sans utiliser l'anglais au moins 80% du temps. Les politiciens n'ont pas besoin de leur vote pour se faire élire. Ils inspirent au mieux la compassion, mais jamais la crainte. C'est au Québec que la bataille doit se faire.

  • Gilles Théberge - Abonné 12 septembre 2019 10 h 03

    Ça commence mal... Très mal quand vous dites « La population francophone et anglophone (!) du Québec a été solidaire des francophones de l’Ontario depuis l’automne 2018 »...

    Ah oui ? Donnez nous donc un exemple ou vous voyez la population "anglophone" être solidaire du peuple francophone au Canada... Vous rêvez monsieur et madame. Vous rêvez...!

    • Louise Collette - Abonnée 12 septembre 2019 11 h 14

      Les anglophones solidaires des francophones au Canada, je dirais que c'est permi de rêver.........................