Il y a 70 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme

La Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies à Paris il y a 70 ans, soit le 10 décembre 1948.
Photo: Stringer Agence France-Presse La Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies à Paris il y a 70 ans, soit le 10 décembre 1948.

Il y a 70 ans, soit le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) était adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies à Paris. Le texte affirme la reconnaissance des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, tout comme il reconnaît à son article 28 que « Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet ». L’adoption de la DUDH a été suivie en 1966 de l’adoption de deux traités contraignants : le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Aujourd’hui, ce sont neuf traités qui constituent ce qu’on désigne comme le régime universel des droits de la personne.

Composée de 30 articles, la Déclaration proclame l’égalité en dignité et en droits de toutes les personnes, sans distinction de race, de sexe, de langue, de religion ou d’opinion politique. Elle affirme notamment le droit à la vie et à la sécurité et condamne la servitude et l’esclavage, la torture et les châtiments inhumains. Elle affirme le droit à la reconnaissance pour chacun de sa personnalité juridique, le droit à ne pas être incarcéré de manière arbitraire ou exilé, le droit à la propriété, au travail, à un niveau de vie suffisant et à l’éducation.

Ces droits forment un tout et ne peuvent se penser de manière isolée les uns des autres. Ils sont les piliers des institutions démocratiques contemporaines. Rien ne permet toutefois de croire qu’il s’agit d’acquis définitifs. Partout, le respect et l’existence mêmes des droits exigent une vigilance constante, et nous sous-estimons leur importance dans notre vie quotidienne : difficile de penser le droit d’être représenté par un avocat ou le droit à l’éducation publique gratuite, sans référence aux droits de la personne. Les luttes actuelles contre le harcèlement et contre le racisme systémique s’appuient sur ces mêmes droits.

Adoption de la Charte des droits et libertés québécoise

Au Québec, les répercussions concrètes de l’adoption de la DUDH devront attendre les années 1970, alors que la Ligue des droits et libertés (alors la Ligue des droits de l’homme) entame un travail pour exposer au gouvernement de l’époque l’importance d’une loi protégeant les droits de la personne. Ainsi, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec sera adoptée en 1976. La Charte garantit tout autant les libertés fondamentales que des droits civils, politiques, économiques et sociaux. Toutefois, elle refuse aux droits économiques et sociaux qu’elle protège (car il en manque, dont le droit au logement) le statut de droits ayant préséance sur les lois ordinaires du Québec.

Tous les droits de la personne sont interdépendants et indivisibles. Mais protéger ce principe exige un travail militant constant.

Certains condamneront la DUDH et la Charte parce qu’elles dépolitiseraient les rapports sociaux entre les individus. Pourtant, s’il est un combat politique mené depuis au moins 70 ans, c’est bien celui pour le respect des droits. Pensons au Québec à l’importance du mouvement communautaire autonome, au travail des groupes de défense des droits et aux luttes pugnaces des organisations syndicales. Pensons aussi au rôle central d’institutions comme la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, qui nous permettent précisément de rapporter les droits à leur dimension politique, c’est-à-dire collective, en les ramenant à l’idée même du bien commun.

Il reste que la Déclaration est surtout un idéal vers lequel il faut tendre. Si elle demeure d’actualité, c’est parce qu’elle nous rappelle nos engagements pour l’universalité et l’indivisibilité des droits de la personne. Il suffit d’ouvrir les journaux pour trouver une foule d’exemples où les droits sont bafoués et où les idéaux ne correspondent plus qu’à de vaines promesses ou à des paravents pour cacher ou justifier les pires atrocités. Tout en demeurant critique sur sa portée et son contenu, ce 70e anniversaire devrait surtout nous rappeler l’importance d’une oeuvre collective en devenir.

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5 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 10 décembre 2018 09 h 14

    À défendre fermement

    La Déclaration universelle: un grand mais toujours fragile pas pour l'Humanité. À célébrer et à préserver fermement et avec courage, en dépit des vents contraires.

    M.L.

  • Bernard Dupuis - Abonné 10 décembre 2018 11 h 00

    Une invention inspiré par le libéralisme et l'individualisme

    Il me semble qu’il est assez rare qu’un défenseur de la Déclaration universelle des droits de l’homme admette qu’il s’agit en fait d’un idéal au caractère très relatif.

    Au début, le terme « droits de l’homme » ne semblait pas susciter d’opposition. Maintenant, le terme « droits de la personne » a remplacé le premier, parce que moins sexiste et plus inclusif.

    Pour les Occidentaux, dire que les droits de la personne ont un caractère universel et indivisible est une évidence. Pour les Orientaux, ces droits sont loin d’être universels. En Orient, les droits économiques et politiques peuvent être conçus bien différemment qu’en Occident. Pensons à l’éternel conflit entre les droits des Israéliens fondés sur des valeurs religieuses, économiques et politiques et les droits des Palestiniens fondés sur un développement millénaire d'un territoire.

    Chez les Amérindiens, les femmes ont le droit fondamental de participer aux décisions politiques et communautaires ce qui n’est pas le cas des femmes de culture occidentales.

    Au Canada, le droit à l’éducation n’est pas reconnu comme égal selon qu’on est francophones ou anglophones. Les francophones ontariens se sont vu retirer le droit d’obtenir une université alors que les anglophones du Québec ont droit à trois universités subventionnées par la province au coût de six cents millions de dollars. Le droit des uns est plus étendu que le droit des autres.
    Toujours au Canada, le droit des libertés religieuses est pratiquement considéré comme un absolu. Même quand le bien commun l’exige, comme la neutralité religieuse de certaines fonctions des employés de l’état, certains fondamentalistes religieux se cachent derrière les droits de la personne pour être exemptés . Ces derniers se livrent au chantage social en menaçant d’obliger l’État de les congédier à cause de leurs convictions religieuses fondamentales et ainsi d’en faire porter l’odieux par ce même État national.

    Il est vrai de dire que la Déclaration est surtout u

    • Bernard Dupuis - Abonné 10 décembre 2018 11 h 05

      Une invention inspirée par ... (fin)

      Il est vrai de dire que la Déclaration est surtout un idéal, mais qui est souvent instrumentalisé au profit de certains et au détriment des autres. Il m’apparaît bien avisé de reconnaître son caractère relatif.

      Bernard Dupuis, 10/11/2018

  • François Beaulé - Abonné 10 décembre 2018 12 h 17

    La Déclaration est une affirmation de la dimension individuelle de l'être humain et de sa valeur irréductible

    Cependant, l'humanité n'a pas qu'une dimension individuelle. Elle a une dimension sociale, nationale et universelle. Les droits et libertés des individus s'opposent. Par exemple le droit à la propriété de la majorité est limité par l'appropriation des richesses par une minorité d'individus. Les ressources de la Terre sont limitées, la libre consommation des ressources non renouvelables appauvrit les générations futures. La procréation ne peut s'exercer en toute liberté sans avoir de conséquences sur les écosystèmes et sur la liberté de consommer.

    Appréhender l'humanité strictement par la défense des libertés individuelles est voué à l'échec. La Déclaration ne peut donc pas à elle seule constituer un idéal. L'Occident devra arriver à dépasser le libéralisme, la survie de sa civilisation en dépend.

  • Yvon Bureau - Abonné 11 décembre 2018 06 h 47

    Et si en plus on déclarait la

    Déclaration universelle des responsabilités de la Personne?