De l’acceptabilité du pot et des bitcoins

Si le bitcoin est un prolongement du «cash», il en amplifie les effets indésirables à l’échelle planétaire et l’actualité témoigne des dangers de la cybercriminalité, croit l'auteur. 
Photo: Nhac Nguyen Agence France-Presse Si le bitcoin est un prolongement du «cash», il en amplifie les effets indésirables à l’échelle planétaire et l’actualité témoigne des dangers de la cybercriminalité, croit l'auteur. 

On connaît le cannabis, les bitcoins, moins. C’est une monnaie électronique (fichier numérisé), privée (sans cours légal dans un État) et cryptée (codée par algorithmes) permettant aux internautes de commercer directement entre eux sans l’intervention d’institutions financières ; une forme évoluée de cash dont la valeur fluctue avec les marchés et ses chances de s’imposer comme un moyen d’échange dans le cyberespace.

Qu’ont en commun ces deux produits ? Peu à l’heure actuelle, sauf l’intérêt des boursicoteurs et une certaine acceptabilité sociale. Un jour peut-être, le bitcoin servira à l’achat de cannabis et chacun pourra décider s’il est préférable de conserver sa monnaie plutôt que de la convertir en fumée, aussi récréative soit-elle. Mais d’où vient donc cette relative et récente acceptabilité et où aboutira-t-elle ?

Des élus et leurs électeurs, lassés de l’incapacité de l’État de prohiber efficacement le cannabis, jugent préférable d’encadrer et de taxer son commerce, donc de récupérer le produit d’activités illégales au bénéfice des contribuables et de la santé publique. Des milliers de contrevenants ne seraient plus marqués d’un casier judiciaire et les coûts du système de justice s’en trouveraient diminués. Sa légalisation permettrait de s’affranchir de 40 ans d’échecs de politiques répressives pour mobiliser une société lucide à la réalité de générations de consommateurs.

À l’égard du bitcoin, des commerçants, attirés par des marchés virtuels, disent qu’il faut reconnaître une monnaie universelle spécifiquement conçue pour le commerce électronique ; une monnaie sans frontières qui assure par codage la sécurité et la confidentialité des transactions, y compris dans des marchés sous régime totalitaire. La libéralisation des marchés serait une fin justifiant ce moyen d’échange même s’il peut favoriser un commerce illégal.

Bref, qu’il s’agisse du pot ou des bitcoins, pourquoi ne pas accepter et tirer profit de ce que l’on ne peut empêcher en raison de la demande des consommateurs ou de la technologie ? Pourquoi ne pas accepter en faisant preuve de pragmatisme, d’une volonté de satisfaire les marchés et d’un arbitrage entre légalité et criminalité ?

La réponse à ces questions se trouve dans les contreparties offertes pour rallier les sceptiques. C’est à cette contrepartie qu’il faut s’intéresser pour juger de cette acceptabilité sociale.

Réglementation stricte

Les militants pour la légalisation du cannabis rappellent qu’elle est assortie d’une réglementation stricte pour restreindre l’accès des jeunes et en contrôler la commercialisation. Ils évoquent la protection du public par l’imposition de normes d’innocuité et de qualité et des campagnes de sensibilisation. Ils renvoient aux consultations d’experts pour mesurer les risques et soulignent le durcissement des sanctions. L’approche se veut équilibrée, avec des objectifs définis, des personnes tenues de rendre compte et des données vérifiables. L’expérience de terrain permettrait des ajustements, voire le retour d’interdictions ciblées. À défaut d’être « beau », ce risque serait bien calculé, possiblement pour ceux qui sont le plus à risque : nos jeunes.

La contrepartie offerte par les promoteurs du bitcoin est aux antipodes, soit la déréglementation et la protection des individus contre l’intrusion de l’État dans leurs affaires privées. Ils dénoncent l’accumulation de données personnelles par des détaillants et la fluctuation des taux de change des monnaies traditionnelles au gré de politiques monétaires et de crises géopolitiques. Ils font miroiter la baisse des coûts du commerce en ligne et rappellent que l’humain s’est toujours réservé la possibilité de commercer dans l’anonymat avec du cash.

Or, contrairement au cannabis, aucune mesure spécifique n’est offerte pour faire accepter le bitcoin sur la base d’une gestion des risques qui y sont associés, dont la fraude, le vol, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Si le bitcoin est un prolongement du cash, il en amplifie les effets indésirables à l’échelle planétaire et l’actualité témoigne des dangers de la cybercriminalité. Alors que la légalisation du cannabis cherche à affaiblir un marché criminalisé, le bitcoin pourrait en fortifier d’autres.

Le grand public et les marchands qui le servent n’adhéreront au bitcoin que s’il inspire confiance et reçoit l’assentiment d’une masse critique d’institutions financières. Pour les États, la voie politique est déjà tracée bien que foulée à petits pas. Une majorité s’est engagée à réprimer la cybercriminalité. Comment ces États pourraient-ils agir avec crédibilité sans s’intéresser à un moyen comme le bitcoin favorisant ces crimes, surtout parce qu’il concurrence leur propre monnaie ?

Une action réglementaire concertée de grandes puissances et de leurs régulateurs s’impose. Pour l’heure, le Canada se contente d’informer des dangers, comme il le fait pour des voyageurs téméraires. Mais l’Union européenne, la Chine, la Russie et la Corée du Sud sont à pied d’oeuvre. Des lois et règlements sont annoncés. Les régulateurs de marchés font des mises en garde chaque semaine. À défaut d’être voulue, une forme de réglementation pourrait être salvatrice pour ceux qui y sont le plus opposés : les promoteurs du bitcoin.

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2 commentaires
  • victoire Debers - Inscrit 18 avril 2018 08 h 50

    De l’acceptabilité du pot et des bitcoins

    Je pense que l’on doit trouver des mesures strictes visant à interdire et pourquoi pas sanctionner tous ceux qui utilisent le Bitcoin pour la fraude, le vol, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Sinon, bitcoin fortifiera la prolifération des marchés criminalisés comme celui de la vente de cannabis par exemple. Eh oui, une action réglementaire concertée de grandes puissances et de leurs régulateurs s’impose à cet effet. Moi, je ne souhaite en aucun cas que le bitcoin s’effondre un jour en raison de la prolifération de ces activités illicites. Puisque, j’effectue le trading de cette crypto-monnaie sur btimarket, et cela me rapporte gros.

  • Serge Lamarche - Abonné 18 avril 2018 17 h 50

    Une monnaie électronique, c'est correct

    Une monnaie mondiale électronique est un grand plus, surtout si ça élimine les frais inutiles des banques et des pays pour les transferts d'argent. Tant que la monnaie est stable et sécuritaire est un gros avantage et peut propulser l'humanité en avant encore plus.
    Je ne vois pas le rapport avec le pot. Le pot n'a pas beaucoup d'utilité.
    Le bitcoin est une bonne idée et a prouvé son utilité. Cependant, la manière dont il fonctionne implique des frais inutiles qui augmenteront sans arrêt. Alors le bitcoin lui-même est condamné à disparaître. Il y aura d'autres monnaies électroniques qui le remplaceront.