Le mammouth de la Matawinie

Le mammouth incarne l’appétit sans cesse grandissant des entreprises forestières pour cette matière première.
Photo: Yanick Macdonald Le mammouth incarne l’appétit sans cesse grandissant des entreprises forestières pour cette matière première.

La bête est déjà là, bien installée dans la forêt Ouareau, un parc régional dont la faune a perdu ses repères et où la flore est portée disparue. Imaginé par l’artiste Yanick MacDonald et construit à partir des arbres jonchant le sol de la forêt, Le mammouth incarne l’appétit sans cesse grandissant des entreprises forestières pour cette matière première qui pendant longtemps a été un moteur économique majeur au Québec. Or, en 2016, dans Lanaudière, le secteur forestier ne représentait plus que 7,4 % du secteur primaire, soit 3 % des emplois de la région.

Depuis quelques années, la MRC de Matawinie est le théâtre d’une bataille qui oppose les acteurs de la foresterie, du tourisme, de la villégiature et de la protection de l’environnement. Le motif ? Des pratiques et des modes de coupe qui ne cadrent plus avec la réalité économique d’aujourd’hui.

Le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) a déposé un « livre vert » qui établit ses orientations en matière d’acceptabilité sociale. Nous pouvons y lire : « L’acceptabilité sociale dans les communautés d’accueil s’avère incontournable », ainsi que : « [La participation des communautés d’accueil] relève également de la responsabilité du MERN qui consiste à créer les conditions nécessaires à une réelle consultation publique, à analyser les répercussions et les retombées des projets, à alimenter et à veiller à la qualité du dialogue entre le promoteur et les acteurs de la communauté d’accueil par la diffusion d’information pertinente, claire, transparente et accessible. »

Les consultations publiques se succèdent. Aussi, les plans de coupe dont il est question sont décrits dans des documents au vocabulaire technique inaccessible à monsieur et madame Tout-le-Monde. La réalité, c’est que peu importe ce qu’en pensent les citoyens, les entreprises forestières coupent là où elles le veulent, un point c’est tout ! Même dans les zones de villégiature. La destruction des paysages, les pertes foncières pour les citoyens, les pertes économiques pour les autres secteurs d’activités et conséquemment les pertes de revenus pour les municipalités ne sont pas considérées dans l’analyse. D’ailleurs, même les maires élus n’y peuvent, semble-t-il, rien du tout. Ils sont obligés d’avoir recours aux moyens du bord, notamment aux nombreuses pétitions qu’ils ont déjà fait circuler sur le sujet et qui ont connu des nombres élevés de signataires.

En ce qui a trait à l’analyse transparente des répercussions du projet, rien de tel ne s’est produit en mars 2016 lors de l’étude du plan de coupe dans la région des grands lacs de Chertsey. Aucun chiffre, aucune donnée validée sur le terrain pour appuyer ce plan. Par contre, une reconnaissance unanime de la part des élus présents de l’absence d’acceptabilité sociale. Pourtant, le projet continue.

Allons plus loin. Dans le Rapport du Vérificateur général du Québec à l’Assemblée nationale pour l’année 2017-2018, déposé au printemps dernier, il est expliqué que « le processus menant au choix des travaux sylvicoles ne permet pas de prendre les meilleures décisions afin de maximiser les retombées de ces travaux ». Encore pire, « le MFFP [ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs] ne sait pas si les investissements sylvicoles des dernières décennies ont donné les résultats escomptés ». Ce que l’on peut en déduire, c’est que les analyses du MFFP quant à la rentabilité globale des projets de coupes forestières semblent consister en un processus décisionnel frôlant l’arbitraire, qui ne tient pas compte des répercussions réelles à long terme sur les communautés.

Seulement 9,35 % du territoire du Québec est protégé. Or, la barre du 17 % doit être atteinte d’ici 2020, selon l’engagement que le Canada a pris envers le G7. Le contexte actuel des coupes forestières de la MRC de Matawinie serait une belle occasion pour agir ! Pourquoi ne pas prendre acte du fait que la foresterie n’est plus un vecteur de développement mais plutôt une activité qui doit se réinventer et s’adapter ?

Pendant ce temps, le mammouth de la forêt Ouareau continue de grossir, se faisant de plus en plus imposant, prêt à tout saccager sur son passage…