La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical

Des membres de La Meute manifestent à Québec. L’une des caractéristiques de la montée de la droite identitaire est qu’elle paraît, aux yeux de plusieurs, plus « acceptable » dans ses débuts.
Photo: Alice Chiche Agence France-Presse Des membres de La Meute manifestent à Québec. L’une des caractéristiques de la montée de la droite identitaire est qu’elle paraît, aux yeux de plusieurs, plus « acceptable » dans ses débuts.

Depuis trop longtemps, la complaisance de nos dirigeants gouvernementaux envers les discours haineux a permis la montée au Canada, mais particulièrement au Québec, d’un danger plus conséquent que l’islam radical : la montée de la droite raciste et xénophobe. L’Ouest canadien n’est pas en reste, mais le phénomène est différent. En ce qui a trait au Québec, d’un point de vue de la sécurité nationale et sur le plan du maintien de l’ordre social, la montée de la droite identitaire est plus pernicieuse et plus préoccupante pour les services de sécurité que la menace terroriste des islamistes radicaux, et ce, pour deux raisons importantes : son emprise sur la population générale et le temps que la société prendra pour s’en défaire.

L’emprise sur la population générale

L’une des caractéristiques de la montée de la droite identitaire est qu’elle gagne beaucoup plus rapidement des adeptes et paraît, aux yeux de plusieurs, plus « acceptable » dans ses débuts. L’étude de la montée de la droite en Europe, que ce soit avant les grandes guerres ou dans les années 1980 et 1990, a permis aux chercheurs et aux historiens de découvrir un point crucial et commun à toutes les époques : l’insécurité. Quand le peuple se sent menacé à cause de l’insécurité économique, des dangers à sa sécurité physique avec des attaques terroristes en son sol, de l’incertitude provoquée par des vagues d’immigration qui arrivent rapidement et qui semblent mal contrôlées (à tort ou à raison), alors il montre un besoin impératif d’entendre des paroles fortes et de voir des actions concrètes de nos leaders gouvernementaux. Quand cela n’est pas fait, le vide est comblé par des éléments plus conservateurs et plus radicaux qui profitent de l’insécurité pour gagner émotionnellement l’appui de la population.

Le discours des groupes de la droite identitaire contient des zones grises à plusieurs niveaux, qui favorisent une adhésion à divers niveaux. On n’a pas besoin de devenir un membre en règle, mais quand on entend des phrases comme « Ils n’ont pas tout à fait tort » ou « Au moins, eux prennent notre défense… », là, on a un sérieux problème.

Et le problème va durer longtemps. Tous les experts s’entendent pour dire que le phénomène de l’idéologie de l’islam radical va tôt ou tard, dans un avenir somme toute rapproché, finir par s’estomper. Si on compare leur discours à l’idéologie perverse de l’islam radical, force est de constater que cette dernière ne gagnera jamais une grande partie de la population, car elle demeure trop loin de nos valeurs et de nos fondements moraux. Même si le nombre de jeunes ayant rejoint les rangs du groupe État islamique demeure important (entre 20 000 et 30 000 à l’échelle mondiale), cela n’a rien à voir avec les estimations policières qui, juste au Québec, chiffrent entre 50 000 et 55 000 le nombre de sympathisants de la droite identitaire dans 15 groupes différents.

Déraciner son emprise

En ce qui concerne la droite identitaire, une fois qu’elle a gagné une certaine acceptation au sein de la population générale, elle nécessite des générations de travail constant et à divers niveaux de la société pour qu’on déracine son emprise. Si elle s’installe dans l’esprit des gens, ce sera un recul de plusieurs décennies pour la société civile. C’est une forme de contamination de l’esprit qui entraînera des troubles sociaux allant des crimes haineux à des agressions contre la personne, voire jusqu’au terrorisme. L’histoire regorge de ce type de situations et le contexte politique mondial est des plus propices pour cette montée.

Ces deux facteurs ne doivent pas être sous-estimés dans l’évaluation de la menace. Ce qui se présente comme des exemples de la liberté d’expression peut facilement dériver vers la violence et même le terrorisme. Il n’y a pas de compromis à faire. Le discours de la droite doit être dénoncé et neutralisé par un contre-discours de la part de la population et des leaders gouvernementaux.

Encore une fois, sur le plan de la sécurité nationale, les enjeux sont cruciaux. Le faux discours évoquant la liberté d’expression, scandé à outrance par les organisations xénophobes ou des agitateurs publics de tout acabit (mais certes pas dénués d’intérêt), contribue largement à cette dégradation du tissu social. Bien sûr, on doit pouvoir critiquer et débattre, mais à partir des faits… éléments qui, justement, brillent souvent par leur absence au sein de ces déclarations populistes.

En cette ère de cybercommunication, la propagation de ce mal se fait à la vitesse grand « V ». Il faut donc revoir notre façon de voir et d’agir. S’il faut revoir les définitions que l’on attribue aux discours haineux et violents, faisons-le, et vite. Il est temps que l’on retourne aux leçons enseignées par l’histoire. Cette dernière a déjà commencé à se répéter.

84 commentaires
  • Marc Tremblay - Abonné 14 septembre 2017 00 h 46

    Combattre la droite identitaire par un contre-discours?

    C'est ce que les gouvernements européens ont fait et l'extrême-droite ne cesse de croître.
    Non, ce qu'il faut, ce sont des actions, comme mieux intégrer les immigrants tout en cessant de leur offrir des accommodements religieux.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 septembre 2017 10 h 38

      La situation en Europe et la nôtre sont complètement différents. Elles ne sont pas comparables.

      Ce qui constibue en Europe à la montée de la haine antimusulmane, ce sont les attentats à répétition perpétrés par des convertis à la violence islamiste.

      Les citoyens renoncent à leurs droits civils et acceptent d'être sujets à de puissants moyens d'espionnage qui, d'attentat en attentat, s'avère totalement inefficaces à prévenir des attentats autres que ceux en préparation par ceux qui viennent d'en commettre un premier.

      Devant l'impuissance des États, les citoyens s'organisent en milices d'auto-défense.

      Ici, le QQQ est alimenté par le délire paranoïaque de leadeur d'opinion haineux.

  • Jean Gadbois - Inscrit 14 septembre 2017 00 h 51

    Ah, oui?

    Plus dangereuse? Questionnez la foi, monsieur, de l'une ou l'autre de ces factions et on s'en donnera des nouvelles dans un an. C'est un r.d.v.?

    • Cyril Dionne - Abonné 14 septembre 2017 16 h 53

      Bien d’accord avec vous M. Gadbois.

      « L’étude de la montée de la droite en Europe, que ce soit avant les grandes guerres ou dans les années 1980 et 1990, a permis aux chercheurs et aux historiens de découvrir un point crucial et commun à toutes les époques : l’insécurité. »

      Non. Ce n’est pas l’insécurité qui a permis au Parti national-socialiste des travailleurs allemands d’un certain petit barbu de monter en puissance, mais bien le Krach de 1929 et le Traité de Versailles. Après avoir tout essayé, les gouvernements n’étaient pas à l’écoute de leur population et donc le peuple s’est dit, pourquoi pas eux. Ce même phénomène est présent dans nos société parce qu’une certaine élite politique et économique, qui carbure aux dogmes de la mondialisation et du néolibéralisme, fait des décisions sans consultation au préalable. Qu’est-il arrivé au gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Ah! C’est vrai. Nous vivons dans une monarchie constitutionnelle.

      Et encore non, la droite islamofasciste est le cancer du siècle. On peut diaboliser comme on veut nos énergumènes de la droite, mais ils sont des enfants de cœur si on les compare à ce mouvement politico-religieux qui sème partout, mort et destruction. Peut-être que c’est parce que les forces de l’ordre sont incapables de les maîtriser ou qu’ils veuillent les ignorer.

      On imagine aussi que les services de contre-espionnage aiment bien se trouver quelque chose à faire durant cette époque passablement pacifique. Rien de mieux et de plus facile que de diaboliser son voisin. Vous voyez, c’était la même technique durant les années 30 en Europe. C’est « ben » pour dire.

  • Marie Nobert - Abonnée 14 septembre 2017 01 h 19

    «[...] l’islam radical.» (!)

    Les «mahométans(!)» sont... Bref. C'est quoi la «droite» identitaire? C'est quoi la «gauche» identitaire? Quant à l'«Histoire», vous avez raison. Elle se répète. Mais quand on coiffe votre «idée» avec «La droite identitaire, plus dangereuse que l’islam radical», je trempe 7 fois ma plume dans l'encrier avant de ne pas exprimer plus loin ma pensée. De toute(s) façon(s), ce serait impossible parce qu'il y a de la craie dans tous les «encriers». (!)

    JHS Baril

  • Denis Paquette - Abonné 14 septembre 2017 01 h 23

    de tout temps les peuples n'ont-ils pas chercher a se différencer

    n'est-ce pas de ce phénomène dont est né le facisme enfin n'est ce pas depuis toujours la grande tentation des peuples

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 septembre 2017 02 h 26

    En effet, le QQQ est une menace extrêmement sérieuse

    Michel Juneau-Katsuya écrit : "Le discours de la droite doit être dénoncé et neutralisé par un contre-discours de la part de la population et des leaders gouvernementaux."

    Je suis totalement d'accord avec M. Juneau-Katsuya.

    Dans l'analyse de la haine antimusulmane que j'ai publié il y a deux semaines, j'écrivais :

    "M. Couillard ne sait pas gouverner. Mais il sait comment en donner l’impression. (...)

    L'inaction absolue du gouvernement Couillard dans ce dossier est responsable de l’apparition et de la montée de groupuscules d’extrême Droite au Québec. Ces groupes n’existaient pas avant lui. (...)

    Tout comme le KKK tuait des Noirs ou brulait leurs maisons afin de les intimider, le QQQ — appellation générique de l’extrême Droite québécoise — tue des Québécois musulmans en prière et brule leurs biens. Voilà où nous a conduits l’immobilisme narcissique du premier ministre."

    • Claude Saint-Laurent - Abonné 14 septembre 2017 10 h 22

      Je crois qu'on dérape là, vous ne croyez pas???? Et je me retiens au risque d'avoir "l'air Extrèmement" sensé. Complètement capoté!!!

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 septembre 2017 11 h 58

      À Claude Saint-Laurent :

      Lisez attentivement le discours type de M. Couillard à chaque fois qu’il est question d’islamophobie : « Le Québec est accueillant. Nous, les Québécois, sommes un peuple tolérant. Et ce sont ces valeurs d’humanisme, de tolérance et de respect des autres qui sont au cœur de ce que défend le Parti libéral.»

      Tout ceci glorifie l’image d’un chef d’État noble et généreux.

      Mais lorsqu’une majorité se croit à tort menacée, la dernière chose qu’elle veut entendre, c’est que l’État ne fera rien pour la protéger. Or c’est précisément ce à quoi se résume ce message dans l’esprit des gens inquiets. D’où l’idée, pour eux, de se faire justice.

      Au contraire, il faut rassurer. Et pour ce faire, il faut dire trois choses :
      • prouver que la menace est exagérée,
      • qu’aussi faible soit-elle, l’État la combattra,
      • et que par ailleurs, l’État est garant du droit à la différence (et, entre autres, du droit des femmes de porter le foulard musulman si elles le veulent).

      Voilà les trois choses essentielles que doit dire et répéter au neauséam un _vrai_ chef d'État. Ce que n'a pas fait M. Couillard.