Eco-Niobium, une compagnie racoleuse

«Avons-nous besoin de toute la pollution que nous offre une mine?» demande Francine Allard.
Photo: iStock «Avons-nous besoin de toute la pollution que nous offre une mine?» demande Francine Allard.

La population okoise touchée a voté à 62 % contre l’exploitation de la mine par la NIOCAN qui est toujours propriétaire des lieux. La mémoire trop courte de certains ingénieurs miniers fait que mes concitoyens et moi sommes de nouveau aux prises avec cet enjeu que je qualifie de destructeur : Eco-Niobium, une autre compagnie minière, récemment constituée (2015), a convaincu le conseil municipal d’Oka et le chef du territoire mohawk de Kanesatake, à force de promesses pour la population de chacun des camps, de laisser ses exploiteurs miniers reprendre les travaux. Transport lourd, dynamitage, empoisonnement ou assèchement des nappes phréatiques, réveil de matières dangereuses, sans parler du réveil des cauchemars anciens.

Eco-Niobium rejoue la scène de Jacques Cartier avec ses cadeaux, ses miroirs, en échange de la paix avec les Premières Nations. On vous prend votre quiétude en échange de votre territoire. C’est une image, bien sûr. Depuis le début, les Okois de tendance écologiste, qui sont de plus en plus nombreux, peuvent compter sur leurs concitoyens autochtones pour protéger l’âme des ancêtres. Voici que Michel Gaucher et ses collègues ont commencé à rencontrer en groupes spécifiques, donc potentiellement embobinés selon les tactiques proposées par Pierre Bouchard, spécialiste en communications travaillant pour Eco-Niobium. Ils tentent de convaincre la population d’Oka de les laisser forer, à coups de millions, dans une plaie encore ouverte, afin de s’enrichir. Ils promettent que le projet de la mine ne sera possiblequ’avec l’acceptation sociale, donc sans opposition majoritaire. Brillant. Eco-Niobium veut l’assentiment général des citoyens, mais envoie son armada pour convaincre, offrir des cadeaux, des pots-de-vin, des bonnes paroles pour s’assurer que la population lui accordera son aval.

Il y aura trois autres rencontres (en plus d’une rencontre à Kanesatake) la semaine prochaine, et déjà, un groupe de citoyens se mobilise pour s’opposer à la mine Eco-Niobium. Non, nous ne sommes pas des ingénieurs, mais des gens qui ont choisi Oka pour y déposer leurs valises, élever leurs enfants, respirer de l’air sain, entendre les oiseaux, vivre assez loin du tohu-bohu de la ville, boire de l’eau pure, aller au village, voir arriver la traverse remplie de touristes s’émerveillant de la beauté de l’église aussi blanche que la paix.

Avons-nous besoin de toute la pollution que nous offre une mine qui promet du travail à 250 Okois en leur assurant des salaires de 80 000 $ et même une formation minière ? Mais surtout, comme Kanesatake et Oka forment deux entités, me semble-t-il, qu’arrivera-t-il si le grand chef et ses conseillers acceptent les propositions mirobolantes d’Eco-Niobium, mais que les citoyens blancs d’Oka refusent la mine ? Que faut-il craindre ? Que cette paix entre les deux camps nécessite une autre raison de s’affronter. Le grand chef Simon est un pacifiste. Mais dans sa lettre envoyée aux Okois, il explique à quel point Eco-Niobium a promis une meilleure éducation pour leurs enfants, de meilleures conditions de vie, et le paradis à la fin de leurs jours. Il semblerait que notre voisin dans-le-tipi-d’à-côté cessera d’être le protecteur de la terre d’Oka. Pour la première fois, les Premières Nations risquent d’accepter le miroir en échange de leur territoire. Je suis très inquiète. Plusieurs citoyens d’Oka font des pieds et des mains pour ouvrir le dialogue avec Kanesatake, et je m’excuse d’avance au grand chef Simon si jamais un projet de forage minier venait de nouveau brouiller notre dialogue.

Comme l’a écrit la poète Sylvie Sicotte, fille de Gratien Gélinas, qui a vécu à Oka :

Oui notre territoire se venge

Il disparaîtra sans laisser trace

Si les jeunes le délaissent

Il coulera comme amante à la dérive

Si les jeunes le trahissent

(Femmes de la forêt, Leméac, 1975)

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 30 mars 2016 06 h 13

    A quoi sert le gouvernement

    En fait, que fait le gouvernement, les compagnies ont elles préséances sur les citoyens , meme si ca compromet leurs vies, faut-il attendre qu'il y ait mort d'hommes comme dans le cas de l'amiantose pour que le gouvernement réagisse

  • Marie-Claude Delisle - Inscrite 30 mars 2016 12 h 15

    Merci Mme Allard !

    Bien des gens se préoccupent d'idées politiques de l'ordre de l'identité, de la souveraineté, de la justice entre nations autochtones et fondatrices modernes, d'éducation, de langue commune, bref, de tout ce qui peut constituer un pays mais beaucoup trop peu de personnes s'occupent du territoire qu'il faut habiter, protéger, cultiver et cesser d'exploiter à l'os.
    Non seulement vous êtes de ceux-là, mais vous nous rappelez à l'ordre avec toute la sensibilité de l'artiste, toute la rigueur de la citoyenne.
    Vous m'avez apporter beaucoup de douceur et de joie ce matin, avec votre bon sens bien incarné, Madame.