Marie-Ève, elle, ne peut pas se défendre

L’auteure demande au cabinet de la ministre Lucie Charlebois qu’il « utilise le “gros bon sens” » et « fasse preuve d’empathie ».
Photo: Getty Images L’auteure demande au cabinet de la ministre Lucie Charlebois qu’il « utilise le “gros bon sens” » et « fasse preuve d’empathie ».

Madame la Ministre Lucie Charlebois,

Fin janvier, votre gouvernement, soucieux de poursuivre ses politiques d’austérité budgétaire, a décidé, encore une fois, de couper. Cette fois-ci, ce sont ces résidences pour personnes handicapées, les « ressources intermédiaires », qui ont été ciblées. Et encore une fois, les coupes toucheront et touchent déjà les personnes les plus vulnérables, des handicapés mentaux ou physiques, qui n’ont pas la capacité ou le lobby pour faire des moyens de pression comme ceux qu’ont les médecins spécialistes.

Je vous écris aujourd’hui au nom de ma cousine, Marie-Ève, qui ne peut pas vous écrire elle-même. Voyez-vous, Marie-Ève a 39 ans et est multihandicapée, ce qui est lourd de conséquences. Ne pouvant ni parler, marcher ou manger seule, et ayant un retard mental, sa qualité de vie est directement proportionnelle aux soins qu’elle reçoit. La résidence intermédiaire qu’elle habite maintenant subvient parfaitement à ses besoins fonctionnels et émotionnels. Cette résidence emploie huit préposées fantastiques qui s’occupent des sept résidents, requérant tous des soins spécialisés. Si tout se passe comme prévu, la maison qui l’héberge verra son budget coupé de 8200 $ par mois, et son propriétaire se verra dans l’obligation de fermer les lieux et congédier son personnel. Je ne peux exprimer et même comprendre l’angoisse que ma tante vit en ce moment, alors qu’elle craint qu’on envoie sa fille Marie-Ève dans un CHSLD, où, pour cause de manque d’argent là aussi, elle ne recevra pas les soins requis, ce qui diminuera totalement sa qualité de vie.

Je ne comprends pas du tout la logique derrière ces coupes. Ce qui transparaît, c’est un avantage financier à court terme. Les troubles supplémentaires engendrés par ces coupes seront, sans équivoque, plus élevés (sur les plans monétaire et social) : les frais de réorganisation et le transfert des résidents à de nouveaux endroits, le stress causé aux handicapés et leur famille (absentéisme au travail pour gérer la situation), le paiement du chômage pour les préposées qui perdent leur emploi après fermeture, etc. On ne peut pas seulement « placer » les gens dans un nouvel endroit et les laisser à eux-mêmes végéter, en attendant que le temps passe. Ce n’est pas une façon de traiter sa société.

Ma demande est fort simple : que votre cabinet utilise le « gros bon sens », réfléchisse un peu, fasse preuve d’empathie et se mette dans la peau de ma tante, qui, seule à porter cette charge depuis la mort de mon oncle, n’a pas les moyens de s’occuper de Marie-Ève à temps plein. Pour moi, il est clair que si vous aviez une personne handicapée dans votre famille, vous verriez les choses différemment et je n’aurais pas eu besoin d’écrire cette lettre.

Démontrez-nous, Mme la Ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, que vous et votre gouvernement, comprenant deux médecins spécialistes ayant prêté le serment d’Hippocrate, êtes capables de maintenir une société équilibrée et en santé. Finalement, je me dis que, malgré tout ça, Marie-Ève est chanceuse, car elle a encore sa famille pour s’inquiéter d’elle.

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