La gouvernance titubante du centre Mélaric

Le centre Mélaric a fermé ses portes mardi après 32 ans d'activités.
Photo: Centre Mélaric Le centre Mélaric a fermé ses portes mardi après 32 ans d'activités.

C'est en raison de « problèmes de liquidités » que le conseil d’administration du centre d’intervention en dépendance Mélaric aurait fermé ses portes, bouleversant la vie de 75 personnes engagées sur le chemin de la réinsertion ; lesquelles ont pu heureusement trouver un nouveau milieu. Une vingtaine d’employés ont aussi été touchés par cette décision prise dans un contexte de gouvernance très particulier.

Mélaric est un organisme à but non lucratif supervisé par un conseil d’administration de seulement quatre personnes, présidé par la directrice générale adjointe. Toujours selon le site Internet de Mélaric, deux des quatre membres sont entrés au conseil au cours des derniers mois. Ce cumul de fonctions de la présidence du conseil et du principal cadre supérieur n’est pas une bonne pratique de gouvernance.

La haute direction (qui inclut la présidente du conseil) ne compte que trois cadres, qui, selon le Registre des entreprises, sont aussi des administrateurs de Mélaric. On navigue ainsi en pleine confusion des rôles. La décision de fermer ce centre a donc été prise dans un contexte de faible gouvernance impliquant un très petit nombre de personnes.

Voilà un organisme qui, depuis 32 ans, fournit des services à Saint-André-d’Argenteuil à même les fonds publics et qui décide tout d’un coup de cesser ses activités, sans en informer préalablement les responsables au gouvernement du Québec.

Imputabilité

Selon la ministre Lucie Charlebois, on aurait offert de l’aide à Mélaric, comme aux autres centres touchés par des mesures de financement de l’aide sociale. Des montants auraient été proposés à Mélaric, mais inférieurs aux 350 000 $ demandés par l’organisation. Donc, tout le monde dehors !

Sans restreindre la nécessaire autonomie dont doivent jouir des organismes similaires, il n’est pas normal que le processus de reddition de comptes permette qu’une décision majeure comme la fermeture du centre ne soit pas discutée avec les bailleurs de fonds et qu’une période minimale de préavis soit nécessaire avant de changer la mission d’un tel établissement.

Tirant profit de l’élimination de subventions importantes, les ministères concernés à Québec ont la partie facile en disant ne pas être impliqués dans la décision. On se lave les mains en blâmant la gouvernance locale !

Qui décidera maintenant du sort de la superbe propriété de Mélaric, de ses bâtiments majestueux et de son lac privé ?

Les détenteurs du pouvoir politique ne se gênent pas pour intervenir dans la gouvernance des organismes publics, mais il faudrait réfléchir à une imputabilité plus resserrée de la part des organismes dits « privés », dont les fonds proviennent pour plus de 80 % des deniers publics.

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