Au nom de Jacques Parizeau, merci!

Lisette Lapointe et Jacques Parizeau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lisette Lapointe et Jacques Parizeau

Déjà plus de trois mois qu’il nous a quittés et je suis encore profondément remuée par tous les témoignages de reconnaissance, d’admiration et même d’affection qui ont entouré le départ de mon compagnon de vie. Rarement aura-t-on vu pareil concert d’éloges, sans la moindre fausse note, à l’endroit d’une personnalité politique. Comme si tout à coup, on avait mis de côté les différends passés pour ne voir que le legs de l’homme d’État qu’était Jacques Parizeau.

En ce sens, le recueil publié par Le Devoir, intitulé Jacques Parizeau, l’homme de l’État québécois, nous a fait chaud au coeur. Magnifiquement illustré de photos de Jacques Nadeau, on y trouve des textes marquants de journalistes, chroniqueurs, anciens collaborateurs, collègues, amis de toutes les générations… Des mots de Lise Payette à ceux de Gabriel Nadeau-Dubois en passant par les très beaux témoignages en paroles et en musique livrés à l’église Saint-Germain d’Outremont lors des funérailles d’État, ce recueil révèle toute l’ampleur de l’homme qui a consacré sa vie au développement du Québec et au mieux-être de ses citoyens. Au nom de nos familles, en particulier son frère Robert, ses enfants Bernard et Isabelle, ses petits-fils, Alexandre et Hadrien, et mes enfants, Natalie et Hugo et leurs conjoints, un grand merci au Devoir pour ce document riche d’enseignement qui saura rappeler à nos petits-enfants et aux leurs qui était Jacques Parizeau !

Par ailleurs, je n’ai pas eu l’occasion, depuis, d’offrir mes remerciements aux milliers de personnes qui m’ont fait parvenir cartes, lettres ou courriels, ni à toutes celles qui se sont déplacées pour lui rendre hommage lors des chapelles ardentes tenues à Montréal, dans l’immeuble de la Caisse de dépôt ainsi qu’à Québec, au Salon rouge de l’Assemblée nationale et qui ont eu la gentillesse de laisser un mot dans le registre de condoléances. Je me permets d’utiliser cette tribune pour vous remercier de tout coeur. Je lis tous vos messages ; ils sont touchants et souvent bouleversants. Que dire de tant d’appréciation, d’amour et de délicatesse… sinon qu’il aurait été tellement ému et fier en vous lisant.

J’aimerais aussi souligner le très beau geste du premier ministre du Québec qui, dès le lendemain de son décès, a annoncé que l’immeuble abritant la Caisse de dépôt à Montréal porterait désormais le nom de Jacques Parizeau. Je ne me souviens pas qu’un tel geste ait été posé auparavant, aussi rapidement. Cette décision du gouvernement, appuyée par tous les membres de l’Assemblée nationale, nous a profondément touchés et je suis persuadée qu’il en fut de même pour de nombreux Québécois. Enfin, je tiens à saluer le grand professionnalisme de notre Service du protocole pour le décorum, la dignité et le respect qui ont caractérisé les cérémonies officielles.

Les semaines ont passé, la douleur reste vive et l’absence très lourde, mais ces souvenirs tout comme les témoignages qui continuent d’affluer apportent courage et réconfort. Et à tous ceux et celles qui ont fait un détour pour me saluer ou venir me consoler, arrivant parfois avec victuailles et petites gâteries, sachez que vous m’avez offert des moments précieux de répit, de bonheur même…

Je n’ai qu’un voeu, c’est que son oeuvre se poursuive. C’est le plus bel hommage qu’on pourrait lui rendre.

7 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 9 septembre 2015 05 h 43

    Pardon mais...

    Mes plus profonds respects Madame Lapointe.
    Pardonnez-moi toutefois d'être moins optimiste que vous sur le geste de Monsieur Couillard à l'endroit de l'honneur qu'il paraît rendre à Monsieur votre époux...
    A la vitesse où je vois que vont les choses en matière de détricotage sauvage du Québec, j'en suis à me demander combien de temps encore faudra-t-il à ce gouvernement-là pour justifier l'abolition pure et simple de la CDP par un transfert des fonds à un organisme ou des organismes de responsabilité fédérale ?
    Parce que de ces gens qui le forment et qui sont amoureux de l'extinction définitive de notre peuple et de sa soumission à ceux qui se définissent comme ses maîtres, comme plus rien ne peut me surprendre, je m'attends au pire.
    Mais en souhaitant sincèrement à chaque hypothèse de ma part, qu'ils n'iront pas jusque-là dans leurs tentatives d'abaissement.
    Que ma déception constante de l'évidente et volontaire gestion régressive de notre Etat par ce gouvernement vous donne à tolérer, s'il-vous-plaît, mon manque d'enthousiasme personnel à ce qui ne me paraît pouvoir être qu'un éphémère et très peu sincère hommage.
    Soyez certaine que ma fidélité dans notre projet commun de pays libre vous accompagne, Madame.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 septembre 2015 08 h 31

    Un humanisme profond d'abord

    Parizeau... puisque ce nom est un titre en soi, avait le sens de l'État, une connaissance de l'économie autant globale qu'au ras du sol, et malgré les apparences une humilité qui inspirait le respect.

    Ce ne sont pas seulement ses paroles précises et vraies, mais son approche volontariste et ouverte qui m'ont impressionné depuis 40 ans. C'est lui que j'ai suivi dans ma démarche indépendantiste. La clarté de son raisonnement, sa simplicité qui jamais n'a fait la moindre concession à la complexité, coulent vers une évidence aussi nette qu'elle est soucieuse de tous. Faut le faire!

    Oui, un très grand humaniste, pas élitiste mais sachant qu'une élite doit exister tant en économie ou en culture qu'en sport ou ailleurs, pas démagogue du tout, du tout, du tout. Un homme que j'aurais aimé imiter.

    En fait j'ai toujours été ébahi par Parizeau. Ce qui me frappe encore, c'est que ses mouvements d'humeur, nombreux, n'ont fait que précéder ce que je vis actuellement, et en ceci je le prends encore pour modèle.

    La colère.

    Merci.

  • Bernard Plante - Abonné 9 septembre 2015 14 h 38

    Maître à penser

    Jacques Parizeau fût à l'origine de ma pensée politique. En 1988, lors d'une grève étudiante, M. Parizeau était venu prononcer une allocution à mon Cégep. En l'entendant j'ai immédiatement su que ce dont il parlait résonnait au plus profond de moi. Je venais de trouver ma voie politique.

    Depuis ce temps, je n'ai jamais cessé de croire en son projet. Je n'ai jamais cessé de croire que ceux qui réussissent à long terme sont ceux qui maintiennent le cap contre vents et marées. Je n'ai jamais cessé de croire que pour parvenir à convaincre les autres il fallait d'abord être profondément convaincu soi-même.

    M. Parizeau était le phare dans la tempête. Et même de son emplacement actuel, sa lumière continuera de guider, j'en suis persuadé, de nombreux Québécois déterminés à mener à bien le projet.

    Merci madame Lapointe pour ce message et pour votre indéfectible appui.

    Bernard Plante

  • Lucien Cimon - Abonné 9 septembre 2015 14 h 52

    Si...

    Si nous décidions une fois, une seule fois, de nous hisser collectivement à sa hauteur!
    Oh! Que nous pourrions voir loin! Et y aller!

    • Yves Côté - Abonné 10 septembre 2015 04 h 05

      Pour moi, vos mots sont très touchants par leur justesse, Monsieur.
      Mais pour se hisser, pour accepter de mettre une énergie considérable et un franc courage à l'effort qui nous est dorénavant obligé, il faut d'abord avoir de quoi de solide auquel s'accrocher.
      De quoi de solide et qui émane entièrement de nous, de nous qui refusons de plier l'échine en disant merci.
      Donc, d'un projet de société concret, qui dépasse les grandes déclarations d'intention et les promesses solenelles auxquelles les politiciens nous ont habituées. Quelque chose qui non seulement ressemblerait au projet de société que nous avons eu pour accepter les contraintes qu'il nous a fallut surmonter pour faire notre dite Révolution tranquille, mais qui encore plus qu'alors, nous donnerait à tous, à tous et pas qu'à nous indépendantistes, envie de nous faire mal pendant un petit temps pour arriver à nous faire du bien pour toujours.
      Je ne connais personne qui construit sa maison sans se faire quelques ampoules ou se tordre un ou deux doigts... Pourtant, qui de nous ne veut pas se donner une maison qui lui ressemble ?
      Ce gouvernement nous le montre à tous les jours qu'il est commandé par ce qu'il détermine comme plus puissant que lui. Et pour lui, ce n'est pas le peuple du Québec... Voilà pourquoi des Etats Généraux nous sont si nécessaires. Ecouter nos gens me semblent l'unique et la salutaire, donc l'urgente, action à prendre.
      De vrais Etats Généraux, et pas des bien arrangés pour leur faire dire ce que les organisateurs veulent bien qu'ils disent... Des vrais où tout le monde, du plus petit et humble au plus ambitieux et célèbre, pourrait s'exprimer sans crainte d'être perçu comme un(e) intru(e) ou un(e) ignorant(e).
      Nous avons aujourd'hui devant un gouvernement qui plus que tout autre avant, n'a eu de cesse de s'abaisser en sujétion; dans le but de nous remettre "à notre place", rêve "trudeauesque" du passé comme du présent, notre place étant là où deux seaux d'eau et un joug nous attend.

    • Lise Bélanger - Abonnée 10 septembre 2015 08 h 31

      Quelles belles phrases M. Cimon!

      Il faut aussi cesser de toujours croire que nos échecs sont la faute des autres (Canada, anglophones, Couillard etc...).

      Si nous ne sommes pas indépendants c'est uniquement dû au fait que nous ne prenons pas les moyens nécessaires pour y arriver.

      Il faut être assez intelligents et organisés pour prévoir les coups illégaux ou frauduleux (mesures de guerre, comité du non etc) que le Canada nous servira éventuellement.

      Avons-nous réellement perdu le referendum en 1995? Si on compte tous les votes illégaux..... Mais c'est ce qu'on a voulu nous enfoncer dans le crâne: un échec. Courbez-vous québécois!

      Pour moi, la publicité d'esprit de colonisé vaincu qu'on nous ramène tout le temps a été plus nocive que si on s'était relevé les manches et travaillé tout de suite à refaire un referendum pour cause de vices de forme et de gestes du Canada.

      Cessons de nos croire vaincus et agissons, seuls ceux qui persistent gagnent.

      Et soyons lucides, le Québec est le seul pays où les immigrants lui sont hostiles autant à sa langue qu'à sa culture.

      M. Parizeau a toujours été à la hauteur et même plus.

      Il a et aura toujours toute mon admiration.

  • Pierre Brosseau - Abonné 9 septembre 2015 23 h 53

    L'IMPUISSANCE DES MOTS À LUI RENDRE JUSTICE

    Encore aujourd'hui et ce sera ainsi jusqu'à la fin de mes jours, la seule évocation du nom de Jacques Parizeau m'émeut.

    On le sentait tellement sincère et entier dans tout ce qu'il disait et tout ce qu'il faisait, qu'il en était probablement vulnérable, beaucoup plus qu'on le pense.
    Combien de fois a-t-il été blessé par des attaques mesquines, injustes, lui, un humaniste de la plus haute intelligence.

    Mes mots ne peuvent rendre compte de toute l'admiration qu'il m'inspirait et mInspire encore.

    Je me suis rendu au Salon rouge de l'Assemblée nationale pour rendre un dernier hommage à Monsieur. La dignité de Mme Lapointe, le regard franc de Robert Parizeau, l'attention que tous les membres de la famille portaient à chacun des individus qui défilaient respectueusement sont un souvenir gravé à jamais dans ma mémoire et mon coeur.