L’abbé Gravel, un vrai catholique?

Raymond Gravel
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Raymond Gravel

Un texte d’opinion publié le 13 août dernier dans ce journal sous le titre Raymond Gravel (1952-2014). Un reflet de nous-mêmes ? me suggère certaines réflexions sur ce qui est advenu du catholicisme québécois. Les auteurs suggèrent que l’admiration manifestée envers ce prêtre, à l’occasion de sa mort, témoignerait d’une attitude équivoque à l’égard de ses convictions et de son engagement sacerdotal. On l’aurait eu en très haute estime simplement parce qu’il reflétait notre propre image et nous aurait permis de faire la « morale à l’Église ». Donc, nous aurions eu du respect et même de l’affection pour lui non pas parce qu’il était catholique, mais plutôt malgré cela.

 

Ce qui voudrait dire que les valeurs défendues par ce prêtre et ses prises de position courageuses dans des dossiers controversés seraient étrangères au catholicisme. Il y aurait donc une version authentique du catholicisme, qui serait sans nul doute celle de l’aile conservatrice de l’Église, tandis que les convictions de notre abbé relèveraient de la dissidence. Je pense, au contraire, que l’ouverture et la liberté d’esprit, le respect des personnes, la tolérance, l’humilité et le courage — en somme, l’humanisme qui l’a caractérisé — découlent en ligne directe de la tradition religieuse qui a formé une part essentielle de notre identité nationale. Ce sont des attitudes en parfaite consonance avec l’enseignement évangélique et, en les adoptant, l’abbé Gravel n’a fait que témoigner de la vigueur de l’esprit que nous avons hérité de nos ancêtres.

 

Il est évident qu’un vent de liberté particulièrement puissant a soufflé sur nos terres depuis une cinquantaine d’années. On ne s’embarrasse plus de beaucoup de scrupules au sujet des articles compliqués de la théologie officielle et l’on se comporte de façon un peu irrévérencieuse à l’égard de l’autorité d’un clergé qui nous inspirait jadis un profond respect. On a une façon nouvelle de vivre notre catholicisme. Même un prêtre s’est permis de paraître très peu conventionnel dans ses opinions. Mais il avait un coeur pétri de la charité et de la grandeur d’âme de son Maître Jésus. Et c’est pour cela que nous nous sommes attachés à lui. Était-il moins catholique que ceux qui évitent la controverse ? S’il est vrai que le premier commandement de Jésus était de nous aimer les uns les autres, il me semble que l’abbé Gravel constituait un bon modèle de religion à proposer aux générations montantes.

  

L’âme du catholicisme

 

Tous les indignés de ce monde — et l’abbé Gravel figurait en première ligne parmi eux — sont d’authentiques héritiers de l’esprit évangélique. S’il est quelqu’un qui a donné avec éclat l’exemple de l’indignation quant aux injustices de son temps, c’est bien Jésus de Nazareth. Il ne s’est surtout pas gêné pour critiquer ceux qui se présentaient comme les dépositaires officiels de la tradition religieuse et prétendaient faire la loi au reste du peuple. Alors il faut faire attention avant d’accuser ceux qui critiquent l’Église d’être « hypocrites » et malveillants. Il se pourrait bien que ce soit plutôt eux qui assurent la survie de ce qui constitue l’âme véritable de notre catholicisme […].

 

L’abbé Gravel était un homme simple, simplement humain. Il ne sera sûrement pas canonisé. Mais qu’importe : il reste pour moi une bonne raison d’espérer dans l’avenir de l’humanité. Et si l’Église a des raisons de croire qu’elle n’est pas vouée à l’extinction, c’est probablement sur ce genre de catholiques qu’elle pourrait compter.

Le déclencheur

« Le personnage de l’abbé Gravel est un miroir dans lequel la société québécoise se contemple : ses positions politiques sont les nôtres, ses combats sont les nôtres, ses idéaux sont les nôtres. Ce n’est pas l’homme qu’on admire, c’est sa capacité à nous représenter malgré sa différence. Ses engagements ne nous parlent autant que dans la mesure où ils sont le fait étrange d’un catholique. »

Jean-Philippe Nadeau Marcoux et Michaël Fortier, Raymond Gravel (1952-2014). Un reflet de nous-mêmes ?, Le Devoir, 13 août 2014.
20 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 21 août 2014 02 h 33

    Merci...

    Merci Monsieur Valois d'avoir posé un texte sur un sentiment.
    Le nôtre, je crois...

  • Pierre Labelle - Inscrit 21 août 2014 06 h 04

    Respect ou peur....

    Dans votre troisième paragraphe vous parlez du respect que nous imposait l'église. Vous confondez respect et peur. J'ai fais partie des jeunes garçons qui ont été "stationnés" dans les orphelinats à l'époque de Duplessis. Tout comme ce dernier tenait le clergé sous la menace des coupures de subventions, le clergé nous tenais sous la menace de l'enfer. Tout devenait prétexte à la commission d'un péché, véniel ou mortel, mais péché il y avait. Peur d'être excommunier pour telle ou telle raison, peur d'aller en enfer etc..., c'est cela que vous appelez "respect", nous n'avons pas la même définition de ce mot monsieur. Tout comme Duplessis abusait de son autorité, des membres du clergé abusaient de la leur, et ce de plusieurs façons dont certaines à caractère sexuels. Je vous inviterais monsieur à lire certains et certaines auteures qui ont écrit plusieurs ouvrages sur l'histoire du Québec du vingtième et dix-neuvième siècle, ouvrages sérieux et appuyés sur des milliers d'heures de recherches. La philosophie est une chose, la réalité peut en être une autre.

    • Yvette Lapierre - Inscrite 21 août 2014 12 h 36

      Cher Monsieur Labelle,

      je suis entièrement d'accord avec vous, nous avons côtoyé plusieurs "enfants de Duplessis" par le passé - dont le cher et regretté Bruno Roy - chacun portant les séquelles de son "stationnement" dans les orphelinats dans l'âme et dans le corps. C'est inoubliable et impardonnable...

      On est loin du respect dans cette réalité.

  • michel lebel - Inscrit 21 août 2014 08 h 14

    Plus de confusion!

    En se prononçant publiquement et continûment contre certains points majeurs de la doctrine morale de l'Église, l'abbé Gravel se situait de facto en dehors de cette même Église. Par exemple, sur l'euthanasie, il disait une chose et l'Église, dont son évêque, disait le contraire! Il faut bien conclure que l'abbé Gravel a ajouté, à certains égards, plus de confusion chez les catholiques pratiquants. Ce qui n'enlève rien cependant aux qualités humaines du prêtre de Joliette.


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 août 2014 10 h 16

      Monsieur Lebel,
      Qui êtes-vous pour oser vous substituer à l'Église en affirmant qui en fait ou n'en fait pas partie? Seriez-vous plus catholique que le pape?

    • michel lebel - Inscrit 21 août 2014 11 h 16

      @ Sylvain Auclair,

      Je ne me substitue à personne! Je dis seulement ce qui, selon moi, me paraît une évidence. Chacun son point de vue!

      M.L.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 21 août 2014 08 h 21

    Les religions inutiles

    Si on regarde attentivement les diverses religions, on ne peut accepter leur doctrine car elles prêchent le contraire du message évangélique. Pierre Labelle l'explique bien dans son commentaire. Le passé de l'Eglise ne nous inspire pas une confiance. Heureusement que même jeune, je ne croyais pas à l'Eglise et ses enseignements que je trouvais niaiseux. Je n'appartiens à aucune religion et je m'en porte très bien. La morale universelle est plus utile que toutes ces religions inventées par des illuminés.
    On devrait arrêter d'enseigner dans nos écoles le cours sur ce sujet qui n'apporte rien de positif mais le remplacer par un cours de morale universelle.

    J'ai une grande admiration pour M. Raymond Gravel qui a osé dire ce qu'il pensait mais la mort aura mis fin à la suite car il aurait eu beaucoup plus à dire.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 21 août 2014 11 h 25

      Ce que la généralité de tes semblables admet, voilà ce qu'il faut croire comme vrai; la raison aprticulière ne peutêtre juste qu'autant qu'elle se conforme à la raison générale.
      C'est le catholicisme réformé, le droit collectif.

      Extrait de "Les paroles d'un croyant" de
      "Félicité Robert de Lamennais"

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 août 2014 15 h 41

      En effet, le cours Éthique et culture religieuse n’a pas sa place à l’école. Le programme d'Éthique et culture religieuse (ECR) est un autre avatar du multiculturalisme à la Trudeau. Il vise à confirmer les différences de ce qu’on appelle les communautés culturelles. Il faut éliminer ce programme et le remplacer par un vrai cours d’éthique humaniste.

      Avec ce cours d’ECR, on commence dès le primaire à raconter des sornettes pendant ONZE (11) ANS aux enfants, en rapport avec les idiosyncrasies de quelques-unes des 40 000 religions qui sévissent sur la terre!

      On ne devrait pas parler de religion(s) aux enfants âgés de moins de 14 ans. On n'a pas le droit de laver le cerveau des enfants qui n'ont pas encore développé suffisamment leur pensée propre, leur jugement ni leur sens critique.

      L'école primaire et secondaire doit se concentrer sur autre choses que des croyances (farfelues dans la plupart des cas). Par exemple, l’école doit enseigner: la langue, les mathématiques, les sciences, l'histoire, l'éthique (c’est différent de la religion), le savoir-vivre, les habiletés artistiques, manuelles, sportives.

      L'étude de la sociologie des religions et des différents courants philosophiques pourra venir plus tard au niveau collégial ou universitaire, pour ceux qui en ressentent le besoin comme adultes. On pourrait aussi en profiter alors pour aborder d'autres croyances comme l'astrologie, la chiromancie, l'ésotérisme, et autres béquilles utilisées par ceux qui ont peine à assumer leur condition humaine en et par eux-mêmes.

      Il est incroyable de constater que l’on accorde une telle valeur aux croyances le plus souvent farfelues des quelques 40 000 religions. L’humanité n’est pas sortie du bois. L’angélisme des chartes et le gouvernement des populations par les juges y sont pour quelque chose.

  • Jacques Morissette - Inscrit 21 août 2014 08 h 34

    Séparé le bon grain de l'ivraie.

    On peut avoir une certaine foi, indépendamment d'une Église donnée. La morale peut faire du bien au moral, humainement parlant.