Lettres: Où va-t-on ?

Je tiens à féliciter Claude Bariteau, anthropologue à l'Université Laval, pour son article paru en deux segments dans Le Devoir les 17 et 18 septembre et intitulé «Où va le Québec?».

Fin observateur, il déplore en des termes justes et percutants notre indifférence politique, notre apathie tragique face à notre destin et notre inertie devant l'essentiel. Ceci conduit à notre lente disparition comme peuple. C'est un bien triste constat, une malheureuse réalité que ce quotidien qui nous tue.

J'ajouterai que nous mourons quand nous élisons des administrateurs asservis au lieu de bâtisseurs de pays. Nous mourons quand nous laissons l'occupant agiter le veau d'or pour mieux nous bouffer. Nous mourons quand nous craignons la division et la chicane en affirmant notre foi souverainiste. Nous mourons quand, sans nous indigner, nous laissons proches et amis nous ridiculiser et nous museler si nos arguments risquent de les ébranler. Nous mourons quand nous massacrons le français et nommons mal les choses. Il nous exhorte à «tuer la mort pour construire nos repères». Voilà qui est bien dit!

Puissent les intellectuels de son calibre, par leur plume éclairée, entraîner les Québécois dans la voie essentielle du pays à naître. Quand le phare percera la brume et que nous nous débarrasserons de la chape du silence, de la sujétion et du leurre, la place sera nette pour «construire ensemble nos repères».

La phrase du poète Claude Péloquin incrustée dans le béton du Grand Théâtre de Québec — «Vous êtes pas écoeurés de mourir, bande de caves?» — n'a jamais été aussi pertinente et actuelle.