«Heureux comme journaliste»

Claude Sylvestre, réalisateur
Photo: Source Radio-Canada Claude Sylvestre, réalisateur

Sa témérité consciente et son penchant naturel le portaient vers la couverture de sujets qui touchaient les gens simples. Quand on faisait une émission sur une grève, il allait d’abord vers les ouvriers, avant d’aller ensuite vers les patrons.

Quand il a couvert la guerre de Corée, les journalistes américains l’adoraient et le trouvaient très efficace. Lui-même se sentait tout à fait à l’aise avec eux. Par contre, il trouvait les Français très compliqués, toujours emmêlés dans leur dentelle. Je crois qu’il aurait pu aller travailler pour un réseau américain, ce qui lui aurait rapporté un salaire faramineux.

Je réalisais des documentaires quand la direction du réseau m’a offert de travailler à la télévision avec Lévesque. J’ai accepté sans le connaître personnellement. J’ai appris mon métier de journaliste à ses côtés. Je me suis mis à son service et je trouvais que c’était un privilège.

Nous n’étions que trois à travailler pour Point de mire : Lévesque, une scripte assistante et moi. Nous choisissions le sujet et nous en informions un superviseur. M. Lévesque était extrêmement méticuleux et rigoureux. On travaillait quasiment jour et nuit.


Il m’appelait « Claude », je l’appelais « René », mais nous nous sommes toujours vouvoyés. Nous ne nous sommes pratiquement jamais revus après son entrée en politique active. Rétrospectivement, je pense qu’il était heureux comme journaliste, alors que l’action politique lui a laissé une part de malaise. Les règles de parti, du Parti québécois en particulier, lui ont particulièrement pesé.


Claude Sylvestre, réalisateur

Propos recueillis par Stéphane Baillargeon