Lettres: Une question de dignité

Est-il raisonnable d'envoyer à la ferraille un morceau d'architecture, même s'il est réduit à un état élémentaire? Supprimer ce qui reste, n'est-ce pas enlever une épaisseur culturelle qui a contribué à faire la ville? Le dilemme se pose avec la façade, sauvée in extremis de la démolition, de l'église Saint-Vincent-de-Paul, située dans l'arrondissement historique de Québec. Ce territoire, administré par la Ville et le ministère de la Culture, on le croyait protégé. L'est-il vraiment?

Venons-en aux faits. Il y a une myriade de façons de faire pour mettre en valeur un élément, même brisé, d'architecture. Le façadisme n'est pas une religion, car ce vestige, si on le veut, peut devenir un atout du renouveau du futur bâtiment avec lequel il composera. La relique architecturale peut se révéler étrangement captivante si elle est entourée par un jeu de formes dans l'assemblage de volumes et de reliefs du nouvel édifice, tel un écrin. La ruine réhabilitée demeurera un repère visuel familier, à la condition qu'elle soit traitée avec grande sensibilité. Cela, c'est l'affaire d'un architecte de talent. Dans son habit de metteur en scène du paysage urbain, il en fera un joyau en conférant à cet espace, avec esprit et intelligence, la beauté d'un bijou serti dans un environnement construit mais délicatement dessiné. Ainsi contextualisée dans une démarche neuve, la façade monumentale resplendira sur son éperon rocheux avec encore plus de grandeur [...]

Aujourd'hui, la façade dépenaillée nous regarde tel un défi! Celui-ci peut être relevé. Que les responsables de ce gâchis paient la facture de l'équipe d'architectes chargés de concevoir la composition et l'esthétique de la construction en prenant appui sur la ruine comme point de départ d'une oeuvre qui magnifiera le paysage. [...]