Surenchère électorale

Avec la résurgence de l’inflation, qui est devenue un enjeu électoral majeur, il fallait s’attendre à ce que les partis politiques rivalisent d’imagination pour « remettre de l’argent dans les poches des contribuables », comme le veut l’expression consacrée. Même Québec solidaire promet de devenir le « parti du portefeuille des Québécois ». C’est dire.

Après le Parti conservateur du Québec, c’est à ce jour le Parti libéral du Québec qui s’est engagé à procéder à l’allègement fiscal le plus lourd de conséquences pour les coffres de l’État, avec ce que Dominique Anglade a appelé sans rire le « Plan portefeuille ».

Les engagements libéraux totalisent déjà près de 4 milliards par an, et un autre milliard s’ajoutera plus tard au cours de la campagne.

Le PLQ propose de réduire de 1,5 point de pourcentage le taux de chacun des deux premiers paliers d’imposition. Pour les plus démunis, le crédit d’impôt pour solidarité serait haussé de 25 %. Dominique Anglade a aussi promis de geler les tarifs d’électricité pour au moins un an et d’abolir la taxe de vente du Québec (TVQ) sur la première tranche de 4000 $ de la facture des clients résidentiels d’Hydro-Québec. La TVQ serait aussi éliminée sur les produits de première nécessité, comme le savon, le dentifrice et les médicaments sans ordonnance. Or, si abaisser les impôts de la classe moyenne peut stimuler l’économie, jouer avec la TVQ n’est pas une bonne idée.

La cheffe libérale avait à peine terminé son point de presse que François Legault annonçait de son côté la réduction de 1 % des mêmes paliers. C’est la première des quatre mesures de son « bouclier anti-inflation ». Le chef caquiste n’a pas peur de se projeter dans l’avenir puisqu’il entend poursuivre l’objectif de réduire de 0,25 % par an ces taux d’imposition lors du troisième mandat de son parti et jusqu’en 2032.

Il est déjà acquis qu’un gouvernement caquiste ferait parvenir aux Québécois un chèque d’ici décembre et, plus tard cette semaine, François Legault annoncera une mesure pour soutenir les familles à faible revenu.

Non seulement l’engagement libéral est plus onéreux que celui de la Coalition avenir Québec, mais la façon d’absorber le coût des allègements fiscaux est différente. Sur la durée du mandat, les libéraux priveraient l’État de quelque 15 milliards, soit plus du double de la promesse caquiste. Dominique Anglade a reconnu qu’une partie de cette somme viendrait alourdir la dette publique et repousserait l’atteinte de l’équilibre budgétaire. C’est une approche qui contraste avec l’obsession de l’austérité budgétaire à laquelle le dernier gouvernement libéral s’est livré. Mais le PLQ — le nouveau et l’ancien, pourrait-on dire — n’est pas à une contradiction près.

La solution concoctée par Eric Girard est beaucoup plus élégante. Il s’agit de diminuer les versements annuels au Fonds des générations de 39 %. Pas besoin d’augmenter la dette ni les intérêts à payer. La capacité de l’État de financer les services publics demeure intacte.

Cela influerait toutefois sur les ratios dette-PIB qu’encadre la Loi sur la réduction de la dette. Mais le vérificateur général, dans son analyse du rapport financier préélectoral, confirmait qu’une des deux cibles serait déjà atteinte tandis que l’autre pourrait l’être avant l’échéance de 2026. Contrairement à ce que prétend Force Jeunesse, qui s’oppose à ce plan, s’endetter au lieu de réduire les versements au Fonds des générations produit le même effet sur les ratios.

En gonflant les revenus de l’État, l’inflation crée en grande partie cette manne destinée à aider les familles à affronter l’inflation. Toutefois, remettre maintenant de l’argent aux contribuables est paradoxal puisque la Banque du Canada va dans la direction inverse en tentant de ralentir les dépenses des ménages. Il faut croire que la politique, surtout en période électorale, a d’autres impératifs.



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